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Points de vue

M. Obama s’adresse à un Proche-Orient débarrassé de ses peurs

Par Dalia Mogahed*

Rédigé par Dalia Mogahed | Samedi 28 Mai 2011



Abu Dhabi - En 2009, lors d’un déjeuner à l’ambassade américaine du Caire, peu après le célèbre discours du président Obama, un éminent militant égyptien des droits de l’homme exprimait en ces termes sa réaction à ce discours : “C’était mieux qu’on ne craignait, mais moins qu’on espérait.”

Il faisait allusion à ce que de nombreux défenseurs de la démocratie en Egypte voyaient comme une position hésitante de Barack Obama sur la démocratie, en soulignant que le président avait soigneusement évité, en 50 minutes de discours, de prononcer ce mot fatal, “démocratie”. En 2009 Obama parlait à un Moyen-Orient où la peur laissait le champ libre à la répression, et où les militants de la démocratie attendaient de l’Occident que celui-ci presse leurs régimes d’entreprendre des réformes.

Avance rapide sur 2011: dans un discours consacré tout entier à confirmer le soutien des Etats-Unis à une gouvernance autonome au Moyen-Orient, Barack Obama emploie neuf fois le mot “démocratie”: En effet, c’est à une tout autre région qu’il parle – une région où le défi a remplacé la terreur, et dont les citoyens se considèrent comme les paladins du changement. A coup sûr, ces sociétés nouvelles ont bien aimé ce que disait le président. Cependant, ayant tout juste recouvré leur sens de la justice, elles ont dû avoir du mal à avaler certaines affirmations de M. Obama.

Côté positif, M. Obama a eu raison de relever que les manifestants pacifiques en Egypte et en Tunisie ont réalisé en quelques semaines ce que les kamikazes d’Al-Qaïda n’avaient pas réussi sur plusieurs décennies. Se démarquant d’une politique américaine vieille de plusieurs dizaines d’années dans le monde arabe, le président a également reconnu que les régimes autocratiques ne pouvaient plus garantir la stabilité et que, pour reprendre ses termes, “le statu quo ne saurait durer”. Tout compte fait, la démocratie, avec tous les risques qu’elle comporte, offre plus de stabilité que la dictature et toutes ses fausses certitudes.

Le président affirmait ensuite qu’un de ses premiers engagements serait de soutenir les aspirations des gens ordinaires, en s’armant de puissants outils politiques. Dans le même temps, il prenait soin de rassurer une région où, selon les sondages Gallup, une majorité des habitants craint que les Etats-Unis ne s’ingèrent dans son avenir politique, promettant que la nation la plus puissante du monde “agirait avec humilité”. Il soulignait que, de même que les peuples de Tunisie et d’Egypte se sont frayé eux-mêmes une voie vers la démocratie, il appartiendra à eux seuls d’en déterminer les finalités.

Evoquant la soif d’indépendance de ces peuples fiers, M. Obama a su trouver les mots justes, disant qu’il appartient au peuple de conduire sa destinée, ce peuple dont le talent constitue “une richesse encore inexplorée du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord“. Il a eu raison de privilégier le partenariat plutôt que le paternalisme, le commerce plutôt que l’assistanat, comme outils du développement. Sa promesse chiffrée d’un milliard de dollars en allègement de la dette pour l’Egypte et d’un milliard en garanties de crédits a concrétisé cet engagement. Ce ne fut dans ce discours qu’une ligne, lapidaire, mais la promesse de débusquer les biens mal acquis est sans doute allée droit au cœur de tous les Egyptiens qu’écœure la corruption de leur ancien régime.

Il n’empêche, à mesure que ces sociétés mûrissent en intégrant les aspirations démocratiques de leurs populations, il sera plus difficile d’ignorer le traitement discriminatoire des citoyens en fonction de leur religion ou de leur appartenance sectaire. A juste titre, le président a rappelé qu’il est essentiel de protéger les droits des minorités religieuses en Egypte et à Bahreïn, omettant cependant d’en dire autant des droits des minorités d’Israël et d’Arabie saoudite.

Enfin, si la référence du président aux frontières de 1967, avec des échanges de territoire, comme point de départ des négociations entre Israël et les Palestiniens, a fait couler beaucoup d’encre, peu de commentateurs ont contesté sa façon de poser le problème. Et pourtant, s’il a souligné a juste titre le besoin de sécurité d’Israël, évoquant les menaces de haine et de violence qui pèsent sur “ses enfants”, il n’a rien dit du besoin de sécurité des Palestiniens, ni de la crainte des violences israéliennes, comme si le conflit ne faisait de victimes civiles que parmi les Israéliens.

Maintenant que les citoyens de ces pays ont pris leurs destinées en mains, il faudra que leurs dirigeants, comme ceux de la communauté internationale, se préparent à rendre des comptes. Ainsi que le reconnaît M. Obama, pour que ces pays accèdent à la stabilité, il faut désormais que “des millions de gens, et pas seulement quelques dirigeants”, croient que la paix — avec une nouvelle politique américaine — est possible.


* Dalia Mogahed dirige le Gallup Center d’Abu Dhabi ainsi que le Gallup Center for Muslim Studies. Avec John L. Esposito, elle a publié Who Speaks for Islam? What a Billion Muslims Really Think. En 2009 le président Obama l’a nommée au Faith-based and Neighborhood Partnerships Advisory Council de la Maison Blanche.