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Arts & Scènes

Les arts de l’islam à l’honneur en France : les fruits d'une union entre la politique et la culture

Rédigé par | Mercredi 17 Novembre 2021 à 11:00

           

Une opération nationale qui se décline en une série d’expositions visant à faire rayonner les arts islamiques à travers la France est inaugurée en novembre. Durant quatre mois, le grand public est invité à découvrir des œuvres d’exception témoignant de siècles d’échanges entre l’Orient et l’Occident. Un hymne à un dialogue interculturel fécond qui enrichit nos sociétés et favorise une meilleure cohésion sociale.



Panneau de revêtement à la joute poétique, daté du XVIIe siècle, en provenance d'Ispahan, dans l'actuel Iran. © 2012 Musée du Louvre / Raphaël Chipault
Panneau de revêtement à la joute poétique, daté du XVIIe siècle, en provenance d'Ispahan, dans l'actuel Iran. © 2012 Musée du Louvre / Raphaël Chipault
C’est une opération culturelle d’une ampleur inédite que le musée du Louvre et la Réunion des musées nationaux - Grand Palais lance du 20 novembre 2021 au 27 mars 2022. « Arts de l’islam. Un passé pour un présent » se décline en 18 expositions simultanées dans 18 villes de France : Angoulême, Blois, Clermont-Ferrand, Dijon, Figeac, Limoges, Mantes-La-Jolie, Marseille, Nancy, Nantes, Narbonne, Rennes, Rillieux-la-Pape, Rouen, Saint-Denis, Saint-Louis (La Réunion), Toulouse et Tourcoing.

Pour l’ensemble des sites d’exposition, ce sont 210 chefs d’œuvre, exclusivement issus des collections nationales et régionales, qui ont été minutieusement choisis pour être des témoins matériels tant de la richesse du patrimoine français que de la réalité plurielle des arts de l’islam. Ces œuvres, qui viennent superbement incarner la diversité culturelle, confessionnelle et géographique des mondes musulmans sur une séquence de 13 siècles, sont, pour les porteurs de ce projet novateur, « le reflet de la circulation des idées et des hommes mais aussi de l’héritage pluriel du patrimoine français ». Car, rappelait la ministre de la Culture Roselyne Bachelot lors de la conférence de présentation de l’opération en septembre, « l’islam n’est pas une civilisation lointaine mais une civilisation proche, intimement liée à la nôtre depuis des siècles ».

Une opération tant culturelle que politique

L’initiative s’inscrit, plaide le gouvernement, dans la continuité du discours des Mureaux prononcé en octobre 2020 par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, contre les séparatismes lors duquel il déclarait alors vouloir « faire émerger une meilleure compréhension de l’islam » en France. « Face aux fanatismes religieux et aux a priori, la culture se doit d’être sans relâche un rempart et un levier pour transmettre, ouvrir à l’autre, redonner des clés de compréhension de passés croisés pour construire un avenir partagé », signifient, en ce sens, le Louvre et la RMN – Grand Palais. L’opération est, pour le Premier ministre Jean Castex, « une réponse directe à tous les discours de haine et les tentations anxiogènes, dans la mesure où elle rappelle que le dialogue des cultures n’a jamais cessé dans notre histoire et doit nous inspirer pour le temps présent, tant il est indispensable à la compréhension mutuelle ».

Avec un investissement – communicationnel – conséquent de l’Etat, des plus utiles notamment pour redorer l’image de la France à l’étranger, « Arts de l’islam. Un passé pour un présent » s’inscrit bel et bien dans une démarche éminemment politique qu’Emmanuel Macron veut mettre à son crédit avant la fin de son mandat en apparaissant aussi, au cours de la campagne électorale, comme le meilleur rempart face à une extrême droite toujours plus menaçante.

L’initiative n’en est pas moins salutaire dans un contexte où les questions d’islam sont régulièrement génératrices de débats anxiogènes et clivants en France. « Alors que l’actualité française et internationale, du procès des attentats du 13-Novembre à la prise de Kaboul, en passant par les commémorations des 20 ans du 11-Septembre, brouille trop souvent la perception de l’islam, l’objet de ce projet est au contraire de s’extraire des pièges de l’immédiateté pour réhabiliter le temps long et porter un regard dépassionné sur le legs de la civilisation islamique », fait valoir Laurence des Cars, présidente-directrice du musée du Louvre. « Nous croyons qu’en montrant la beauté des œuvres anciennes ou contemporaines, profanes ou sacrées, toutes nées dans le contexte de la civilisation islamique, et qu’en en donnant les clés de compréhension, le visiteur va pouvoir prendre conscience de ce que le patrimoine mondial doit à l’islam. »

Astrolabe du XVIIIe siècle. © Musée Champollion – Les Écritures du Monde (Figeac) / Meravilles photo
Astrolabe du XVIIIe siècle. © Musée Champollion – Les Écritures du Monde (Figeac) / Meravilles photo

Des expositions orientées vers la jeunesse

Les expositions, dont le commissariat général a été assuré par la directrice du département des Arts de l’islam du Louvre Yannick Lintz, mettent en valeur entre 10 et 12 œuvres par ville seulement. Mais, comme le dit l’adage, ce n’est pas le nombre qui fait la qualité, si tant est que les visiteurs parviennent à prendre le temps d’admirer et de capter la force qui se dégage des pièces, pour certaines inédites et jamais exposées au public jusque-là.

Celles-ci sont insérées dans un espace scénographié conçu pour immerger les visiteurs dans une ambiance apaisante, capable de leur offrir une échappée dans les pays d’origine des œuvres mais aussi de générer des échanges dans un état d’esprit constructif. En ce sens, une programmation culturelle riche et variée, avec des conférences, des débats, des spectacles vivants et des ateliers, est associée à l’exposition dans chaque site.

L’accès aux expositions est gratuit pour tous. L’opération est ainsi destinée à un très large public, et aux jeunes générations en particulier. A cet égard, le ministère de l’Education nationale a travaillé de concert avec le ministère de la Culture pour mettre sur pied un dispositif à visée pédagogique. « La médiation culturelle a fait l’objet d’un soin particulier, avec des outils pédagogiques nombreux, une scénographie qui ménage des espaces de discussions et de rencontres qui sont adaptés à des publics scolaires », indique Jean-Michel Blanquer, pour qui l’initiative peut concourir à une meilleure connaissance des faits religieux, sous l’angle culturel, à l’école. « La laïcité, en aucun cas, ne signifie nier l’existence des religions et encore moins à aller vers une faible connaissance de celles-ci. Trop souvent, nos problèmes viennent d’une méconnaissance, y compris d’ailleurs de la part des fanatiques sur leur propre religion », précise-t-il.

Voir aussi la vidéo de La Casa del Hikma : La laïcité, un outil contre les religions en France ?

Un plan national de formation, décliné dans chacune des académies d’accueil des expositions, a été mis sur pied pour, selon le Louvre et la RMN-GP, « accompagner les professeurs dans l’appropriation des œuvres présentées et les aider à construire des séquences pédagogiques pluridisciplinaires, associant notamment éducation artistique et culturelle et éducation morale et civique ». Pour Roselyne Bachelot, cette initiative « peut être un élément de fierté pour nos compatriotes originaires à un degré ou à un autre de ces régions du monde (musulman). Je pense en particulier aux jeunes dont l’attachement à la France peut sortir renforcer de cette reconnaissance, de ce sentiment que la culture de leurs ancêtres est non seulement une belle et grande culture mais qu’elle a aussi partie liée avec l’histoire de France ». Les expositions, loin des discours caricaturaux sur l’islam, offrent un chemin d’apaisement et de réconciliation pour la société à travers la culture.

En partenariat avec le magazine Salamnews.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



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