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Points de vue

Les Ouïghours en ordre de bataille à Paris pour exiger justice face à la Chine

Rédigé par Gianguglielmo Lozato | Jeudi 24 Novembre 2022 à 17:00

           


Les Ouïghours en ordre de bataille à Paris pour exiger justice face à la Chine
Les 11, 12 et 13 novembre s’est tenu le 9e Congrès animé par l’Union internationale des Ouïghours notamment au CEDIAS-Musée Social, à Paris, près de l’Assemblée nationale. Cet événement, en présence d’invités membres de la diaspora ouïghoure et extérieurs à la communauté, visait à soulever les questions qui se présentent de façon urgente à l’attention internationale quant à la situation des droits humains en Chine et à tenter d’agir face à ce qui s’apparente à un génocide de masse.

Les Ouighours, établis aux confins de la Chine et de l’Asie centrale, résident officiellement en Chine, qui les a annexés, et représentent le dernier peuple turcique à l’extrémité est de l’espace turcophone. Ils sont en très grande majorité musulmans sunnites, ce qui leur vaut principalement d’être accusé de terrorisme par l’Etat chinois. Un argument opportuniste en vogue depuis le 11 septembre 2001, et appuyé par la proximité de la région avec l’Afghanistan, le Pakistan, le Kirghizistan et le Kazakhstan. Objet de persécutions, ce peuple ne peut plus compter que sur les alertes de ses exilés et sur les relais, mais trop rares, relais médiatico-politiques.

Au congrès, une nouvelle alerte lancée

Le grand espoir de ce congrès présidé par les membres du gouvernement ouighour en exil est de sauver les Ouighours en alertant au maximum le grand public et en interpellant les politiciens. Ainsi, plusieurs invités d’horizons divers ont été invités : la députée Maud Petit et l’élu Philippe Bouriachi, l’eurodéputé islandais Birgir Thorarinsson, le président de Justice Sans Frontières François Deroche, accompagné de ses collaborateurs Youssef Chihab et Abdelmadjid Mnari, tous deux à l’Agence française de développement (AFD), le médecin chercheur Enver Thoti basé à Londres, le journaliste exilé Irfan Anka. Le tout orchestré par Erkin Ablimit, désigné président du gouvernement du Turkestan oriental, aidé de son proche collaborateur Talip Atajan, face à une assistance des plus attentives face à la gravité des faits reprochés à l’Etat chinois.

Méditons sur la présence au congrès de deux rescapées Gulbahar Haitiwaaji et Gulbahar Jalilova. Deux Gulbahar dont l'une est musulmane et l'autre d'obédience chrétienne. Deux confessions différentes mais un prénom identique qui a suffi à les faire interner en camp de concentration.

« Vive le peuple ouïghour ! »

Aux exposés emprunts de sérénité mais néanmoins fermes d'Enver Tohti et de la militante venue d’Australie Nur Sawoud ont succédé des envolées plus passionnées à l’image du « Vive le peuple ouïghour ! » de Philippe Bouriachi, qui a présenté un plan d’attaque politique et économique passant par le boycott des produits chinois et la fin de la collaboration politique avec la Chine.

Lire aussi : Persécution des Ouïghours : la démocratie, « le meilleur outil de lutte » pour défendre les droits des opprimés

Pour conclure ces journées studieuses et basées sur la concertation, Erkin Ablimit a rappelé certains faits tout en les agrémentant de précisions ou en leur associant des nouveaux éléments comme de développement de la sous-nutrition chez les enfants de son ethnie et l’expérimentation de substances médicamenteuses à haute toxicité sur ses compatriotes coincés au Turkestan oriental.

La maltraitance de son ethnie sur son propre sol ne date pas d’hier, rappelle Erkin Ablimit. C’est depuis 1949 que les choses sont allées crescendo, insidieusement, avec des pics débouchant sur un climat insurrectionnel face aux injustices en 1997 et en 2009. Aujourd’hui, ils seraient des millions de personnes incarcérées dans des camps dits de « rééducation », les moyennes oscillant entre un adulte sur six et un adulte sur trois selon la taille des communes. Pour Erkin Ablimit, la situation des Ouïghours est un avertissement pour le monde quant à la façon d'agir de Xi Jinping vis-à-vis de tout ce qui n’est pas issu de l’ethnie Han.

Un œcuménisme fédérateur

Le dernier aspect développé par Erkin Ablimit relevait plus d’un plan technique puisque le haut responsable, en compagnie de Talip Atajan jouant le rôle d’un efficace maître de cérémonie, a annoncé l’organisation de comités à travers les pays où sont recensés les exilés ouighours. Ces comités viseront à mieux centraliser les initiatives et à élire des députés et des collèges d’électeurs référents en vue de l’élection du président prévue dans un an.

Son discours a déclenché un torrent d’applaudissements parmi le public qui comptaient des Ouighours croyants, pratiquants ou laïcs, des Asiatiques, des Occidentaux... Cet éclectisme a participé à créer une ambiance empreinte d’un esprit œcuménique. Les Ouïghours sont, il est vrai, connus comme musulmans. Ils le sont en très grande partie mais ils comptent aussi des chrétiens, des chamanistes, des athées. Ce qui produit comme message subliminal que tout le monde est concerné et que la fraternité interconfessionnelle existe.

La diaspora ouïghoure, après sa réunion à Paris, réfléchit déjà à la prochaine destination de son congrès pour ne pas relâcher ses efforts. Souhaitons-lui qu’elle puisse un jour se réunir à nouveau sur ses terres ancestrales. Les autorités politiques et spirituelles devront s’employer à tracer un itinéraire commun afin de contrer une injustice d’Etat.

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Gianguglielmo Lozato est professeur d'italien et auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société. Il est auteur de l'essai Free Uyghur (Editions Saint-Honoré, mai 2021).

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