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Points de vue

Le trafic d’âmes

Rédigé par Aurélien Soucheyre | Mercredi 16 Août 2006

Chaque minute dans le monde, un homme meurt par balle. 16 milliards de munitions sont produites chaque année. 500 000 personnes sont tuées tous les ans uniquement avec des armes légères. Quinze de ces armes sont fabriquées à la minute sur la planète, soit huit millions par an. 639 millions d’entre elles circulent librement sur la planète. 85% sont produites légalement. En Afrique, il est possible de s’acheter une kalachnikov pour 10 euros.



Affiche du film Lord of War
Affiche du film Lord of War
Le film Lord of War, d’Andrew Niccol, démontre l’ascension vertigineuse d’un trafiquant d’armes interprété par Nicolas Cage. Cette fiction se déroule au lendemain de la chute de l’URSS. Des millions d’armes étaient alors disponibles à bas prix. Elles circulent et tuent encore aujourd’hui.

Une séquence de ce long-métrage montre différents trafiquants d’armes se réunissant lors d’un salon tout à fait officiel sur les armes. Ils y débattent des prix et des potentiels clients. La vie ne sort pas d’une salle de cinéma. Pourtant, un tel salon de l’armement existe bel et bien.

Le dernier en date a eu lieu en France. Intitulé Eurosatory, il a fermé ses portes le vendredi 16 juin 2006 à Villepinte. Près de 1080 exposants ont présenté leurs produits. Plus de 47 pays étaient représentés. 120 délégations officielles, dont 10 ministres, ont fréquenté le salon. 50 000 visiteurs de 144 pays ont visité ce marché.

Le salon mondial de l’armement se veut le plus grand rendez-vous de la sécurité et de la défense du globe. Ce rassemblement est organisé par le France tous les deux ans. D’une durée de 5 jours, le salon a proposé environ 3000 équipements réservés aux armées de terre. Parmi les nouveautés en technologie militaire de pointe, plusieurs drones, robots i-tech et combinaisons électroniques ont été présentés et testés.

Le nombre d'enfants soldats est estimé à 300 000 dans le monde
Le nombre d'enfants soldats est estimé à 300 000 dans le monde

Des armes légères, responsables de destructions massives

Par «armes légères», l’alphabet militaire entend classifier une catégorie d’armes qui se transportent et s’utilisent facilement. Les mitraillettes, fusils d’assaut, pistolets automatiques et revolvers en font partie. Elles présentent l’avantage d’être bon marché et praticables par des enfants-soldats. Ainsi en Afrique, il est possible de trouver un AK-47 (kalachnikov) pour 10 euros.

Si 85% de ces armes sont conçues légalement, il est impossible de déterminer leur utilisation finale… Ou plutôt leur utilisateur final. Il n’existe pas d’ateliers clandestins de production en Afrique. La plupart des armes qui circulent sont répertoriées. Elles disposent toutes d’une matricule. Il devrait donc être possible de les pister. Mais leurs traces s’estompent peu à peu.

L’Europe apparaît comme l’une des plaques tournantes de ce trafic. La France est le 3e exportateur d’armes au monde. Elle est spécialisée dans les avions, les chars, les hélicoptères et les missiles. Les Etats-Unis et le Royaume Unis occupent le haut du pavé. Selon plusieurs ONG et association humanitaires, il semblerait que les commerces licites et illicites d’armes se mélangent et s’interpénètrent régulièrement. Certains trafiquants sont protégés par des Etats. Depuis plusieurs années, Amnesty International dénonce cette nébuleuse. L’ONU a commencé en 2001.

La kalachnikov est l'arme légère la plus répandue sur terre
La kalachnikov est l'arme légère la plus répandue sur terre

Vers une nouvelle législation ?

La toute première conférence sur le commerce illicite d’armes légères s’est déroulée en 2001. Dirigé par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, ce rendez-vous a marqué un tournant. Les Nations Unies ont élargi ce jour là leur champ d’action. Elles ne s’intéressaient auparavant qu’aux armes de destructions massives, nucléaires, bactériologiques ou chimiques.

Il existe une réglementation européenne sur le commerce des armes. Elle classifie les acheteurs potentiels en trois catégories : les pays où la vente peut se faire librement, ceux réputés sensibles où la vente s’étudie pour chaque cas, et ceux pour qui il est interdit de commercer. La Chine est sous embargo en ce qui concerne la vente d’armes.

Amnesty International, ainsi que Oxfam et le Réseau d’action international contre les armes légères, ont lancé en 2003 la campagne : «contrôlez les armes». Cette dernière vise à obtenir un nouveau traité international pour contrôler de manière stricte le commerce d’armes. Ce projet est soutenu par plus de 50 pays, dont la France. Les Etats-Unis et la Russie s’y opposent.

La deuxième conférence sur le commerce illicite des armes légères a eu lieu le 26 juin 2006. Le texte d’Amnesty International est en discussion. La lutte contre ce trafic est devenu le nouveau cheval de bataille de plusieurs associations humanitaires et internationales. Ces dernières insistent pour que les armes soient marquées, pour que les contrôles aux frontières soient renforcés, pour que des registres spécifiques aux stocks d’armes soient tenus et pour la coopération des douanes. Mais aussi pour le rassemblement et la destruction totale des armes illicites ainsi que de celles qui restent inutilisées.