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Le pape Léon XIV à Metz : faire vivre le dialogue pour refuser la fatalité de la division

Rédigé par Azzedine Gaci | Vendredi 2 Octobre 2026

           


Les quatre jours que le pape Léon XIV a passés en France ont fait du bien à notre pays. Ils ont touché les croyants de toutes confessions, mais aussi les non-croyants et tous ceux qui reconnaissent à la spiritualité une place essentielle dans la vie de l’homme et de la société. Tout au long de son voyage, le pape a placé au cœur de son message trois questions essentielles : le respect de la diversité religieuse, la protection de la vie et la relation entre la religion et la laïcité.

A Metz, devant les représentants des différentes traditions religieuses, il a rappelé que le dialogue ne constitue ni un renoncement à ses convictions ni un affaiblissement de son identité : « Dialoguer ne diminue pas notre identité, mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. »

Cette parole mérite d’être entendue bien au-delà des cercles religieux. Dialoguer ne signifie pas abolir les différences, mais apprendre à les connaître et à les respecter. Le dialogue interreligieux n’est ni une naïveté ni une faiblesse. Il exige simplement que nul ne transforme sa propre vérité en instrument de domination, de mépris ou d’exclusion.

Le pape a également rappelé : « Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. » Dans un monde marqué par les guerres et les radicalités, cette parole souligne la responsabilité des croyants : désarmer les cœurs et les mots plutôt que nourrir la peur et la haine. Ainsi, plutôt que de déclarer la guerre au monde et à ceux qui sont différents de lui, l’homme devrait d’abord apprendre à combattre en lui-même la haine, la peur et le désir de domination.

Léon XIV a aussi affirmé que « les religions sont gardiennes de la vie ». Une société se juge à la manière dont elle protège les plus vulnérables et accompagne les personnes fragilisées. La grandeur d’une civilisation ne réside pas seulement dans ses réussites matérielles, mais dans la manière dont elle considère la personne humaine, en particulier lorsqu’elle est faible, isolée ou confrontée à l’épreuve.

« Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam », dit le Coran. Cette exigence de dignité nous concerne tous. Protéger la vie, c’est aussi refuser l’indifférence envers les plus fragiles, accompagner les personnes isolées, soutenir les familles en difficulté et préserver la dignité de chacun, quelles que soient ses convictions ou sa situation.

Permettre à chacun de rester différents, tout en partageant l’essentiel avec la société

C’est toutefois sur la laïcité que son message pourrait avoir l’effet le plus durable. Au fil de notre histoire, la laïcité a parfois été interprétée comme une volonté de cantonner les religions à la seule sphère privée, au risque de confondre la neutralité de l’État avec l’effacement des convictions religieuses dans la société.

Les musulmans ont trop souffert, et continuent de souffrir, d’une conception dévoyée de la laïcité. Trop souvent, l’expression visible de leur foi a été regardée avec suspicion, comme si être musulman et être pleinement français relevaient de deux appartenances qu’il faudrait réconcilier. Cette confusion est profondément injuste. Elle nourrit la défiance, fragilise le sentiment d’appartenance et contribue à installer l’idée dangereuse que certains citoyens devraient constamment démontrer la réalité de leur attachement aux principes de la République.

La laïcité ne demande pas aux croyants d’abandonner leur foi, pas plus qu’elle ne demande aux non-croyants d’adhérer à une vision religieuse du monde. Elle garantit à chacun le droit de croire, de ne pas croire ou de changer de conviction, dans le respect de la loi et de la liberté d’autrui. C’est précisément ce qui fait de la laïcité non pas un mur entre les citoyens, mais un cadre permettant leur coexistence.

À Metz, le pape a souligné que « la laïcité suppose une véritable conversation entre les parties prenantes ». Cette conception peut devenir un socle commun : elle protège à la fois la liberté religieuse et l’autonomie de la République.

La rencontre de Metz prend toute sa portée dans une période marquée par les guerres, les crispations identitaires et les violences commises au nom de prétendues vérités absolues. La présence de responsables de plusieurs cultes autour du pape a constitué un signal fort : malgré les désaccords et les tensions, nous pouvons encore nous parler, nous écouter et construire ensemble.

À quelques mois de l’élection présidentielle, cette visite adresse également un message aux responsables politiques. La France a besoin de débats et de confrontations démocratiques, mais aussi de hauteur. Un pays ne se construit pas en désignant sans cesse des adversaires ; il se construit en créant des espaces de dialogue et en reconnaissant la dignité de chacun.

Le dialogue entre les religions n’est pas seulement l’affaire des croyants. Il participe au bien commun et à la paix civile. Dans une période où la peur prend trop souvent le dessus sur la raison, faire vivre le dialogue, c’est refuser la fatalité de la division.

Notre pays n’a pas besoin de choisir entre ses différences et son unité. Il doit apprendre à faire de ses différences une richesse, à faire de la laïcité un espace de liberté partagé et de la République un cadre dans lequel chacun puisse trouver sa place, quelles que soient son origine, sa foi ou son absence de foi.

C’est cela, au fond, le véritable défi : ne pas demander aux Français d’être semblables pour vivre ensemble, mais leur permettre de rester différents, tout en partageant l’essentiel. Un chemin de dialogue, de respect et de paix. Un chemin vers un destin commun, InchaAllah.

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Azzédine Gaci est recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne.

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