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Points de vue

L’éthique de la solidarité humaine

Rédigé par Renée Hattar | Vendredi 1 Janvier 2021 à 11:00

           


L’éthique de la solidarité humaine
Dans l’esprit des valeurs humaines en leur qualité de moteur de l’éthique de la solidarité humaine tout en mettant l’accent sur la lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape François sur la fraternité et l'amitié sociale, Son Altesse Royale (SAR), le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie, président du Conseil d’administration de l’Institut royal d’études interconfessionnelles, a présidé le webinaire « L’éthique de la solidarité humaine ».

Modéré par Nayla Tabbara, vice-présidente de la Fondation Adyan au Liban, le webinaire qui a eu lieu le 10 novembre 2020, a réuni des représentants du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et du Conseil pontifical de la culture, tous deux reliés au Saint-Siège (Vatican), des membres du Comité supérieur pour la fraternité humaine et de l’Université Al-Azhar, ainsi que des dignitaires religieux, des universitaires tant chrétiens que musulmans.

Le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie a affirmé alors la nécessité de travailler ensemble pour relancer un système d’éthique commune basé sur la solidarité humaine en vue de renforcer les concepts de pluralisme, de l’acceptation et du respect d’autrui ; et de rejeter les actions destructives qui propagent la haine afin que nous puissions vivre dans l’harmonie et la paix. Il a également réaffirmé le besoin de solidarité morale, comme le pape François l’a indiqué dans sa récente lettre encyclique « Fratelli Tutti ».

Lire aussi : Fratelli Tutti : Vivre la fraternité, « un défi que nous devons relever ensemble dans la diversité de nos croyances et de nos cultures »

De même, pour SAR, les événements tragiques en cours dans le monde ne doivent pas nous faire douter de l’importance de la religion et de la foi. Au contraire, ils doivent plutôt nous rappeler leur rôle important dans la réaffirmation du caractère sacré de la vie de chaque être humain.

Humaniser les chiffres

Concernant le dialogue interreligieux, le Prince a souligné l’importance d’être en capacité de communiquer avec les autres. « La solidarité interconfessionnelle nécessite l’existence des politiques pratiques et concrètes qui renforcent la dignité humaine, la croissance et le développement aspirés », a-t-il ajouté.

Il a également évoqué la promotion de la responsabilité sociale, et du rôle de la communication, des médias et des institutions de la société civile en tant que forces du changement positif qui vise à rapprocher les gens, augmenter la conscience, et diffuser le savoir. Par la même, le Prince a souligné l’importance du rapprochement culturel, de l’instauration de la confiance et de l’autonomisation afin d’aboutir à la citoyenneté inclusive.

Le Prince a insisté sur l’importance d’humaniser les chiffres, de déployer les efforts tout en adoptant une méthodologie basée sur une vision claire afin de prévenir et d’atténuer les souffrances des groupes vulnérables, et de mettre en place un système humanitaire mondial pour faire face à la migration et au déplacement forcé des gens des quatre coins du monde, qui mettra en œuvre le droit international humanitaire pour en faire une loi en vigueur en faveur de la paix intérieure et extérieure qui a des effets tangibles dans notre monde d’aujourd’hui et de demain.

La construction des ponts de fraternité en tant que moyen pour bâtir un monde meilleur

Mgr Khaled Akasheh, du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a souligné l’importance de la solidarité et du soutien mutuel, en particulier en temps de crises, de même que l’importance de gérer les affaires de manière judicieuse et bien réfléchie, et d’aider les groupes vulnérables et marginalisés.

Pour sa part, Dr. Mohammad Abdel Fadeel, de l’Université Al-Azhar, a signalé l’importance du message papal Fratelli Tutti, et les dimensions religieuses et de vie qu’il contenait, tout en insistant sur la construction des ponts de fraternité et d’amitié sociale en tant que moyen pour bâtir un monde meilleur. D’autant que l’encyclique a également appelé à prendre soin de l’autre, et a rappelé la nécessité de l’écouter, et de partager ses problèmes.

Mgr Carlo Maria Polvani, du Conseil pontifical de la culture, a évoqué l’importance d’un dialogue sérieux, approfondi et efficace basé sur des fondements, des règles et des faits clairs. D’ailleurs, le professeur Wajih Kanso, de l’Université Libanaise, a appelé à passer de la question de la vérité de la valeur morale à la manière de l’atteindre et à l’autocritique sans se battre.

Tous les peuples doivent écrire leur conception religieuse d’une fraternité humaine universelle

De même, Mgr Yoannis Lahzi Gaid, du Comité supérieur pour la fraternité humaine, a signalé que la lettre nous invite à faire un autre pas : en plus de considérer que mon frère est mon frère en religion ou en famille, il est aussi on frère en humanité. D’autre part, Mgr William Shomali, Vicaire patriarcal pour la Jordanie, a déclaré que tous les peuples du monde doivent écrire leur conception religieuse d’une fraternité humaine universelle. Il espère qu’il y ait une réponse islamique à « la fraternité humaine », et une réponse bouddhiste et hindoue aussi, car toute l’humanité a besoin d’être frères, puisque ce concept n’est pas exclusif au christianisme et à l’islam.

A ce titre, Dr. Abdalla Kilani, de l’Université de Jordanie, a mis l’accent sur la nécessité de respecter la particularité des sociétés au lieu de leur imposer un modèle prédéfini, tandis que Dr. Majida Omar, de l’Université de Jordanie, a porté l’attention sur la comparaison éthique religieuse en indiquant que l’éthique de la vertu comparative nous montre que nous devons nous appuyer sur une variété de perspectives, et de contextes disciplinaires pour que nous travaillions tous à renforcer l’éthique religieuse.

Passer de l’amour de l’Homme pour Dieu à l’amour de l’Homme pour ce que Dieu a mis en lui

Quant au professeur Amer El Hafi, de l’Institut royal d’études interconfessionnelles, il a insisté sur le besoin de passer d’une spiritualité individuelle à une spiritualité de groupe. Il a expliqué que la grande insistance dans le Saint Coran sur l’amour de l’homme pour Dieu, nous a fait oublier l’amour de l’Homme pour l’Homme. Pour lui, nous devions passer de l’amour de l’Homme pour Dieu à l’amour de l’Homme pour ce que Dieu a mis en lui.

Dr. Renée Hattar, également membre de l’Institut royal d’études interconfessionnelles, a exprimé son espoir de pouvoir passer de la théorie du dialogue à l’application sur le terrain, d’un dialogue qu’elle a décrit, en utilisant les paroles du Pape François, « patient de tant de personnes généreuses qui ont maintenu unies familles et communautés. Le dialogue persévérant et courageux ».

Une question fut posée en toute fin : comment passer de la substance de la valeur morale à la réalisation de cette valeur dans la réalité humaine ? Pour le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie a appelé à établir un « consensus international » par le biais de l’aide aux groupes vulnérables, aux pauvres, aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux peuples autochtones, qui sont la pierre angulaire de cette idée.

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Renée Hattar est la directrice des recherches et des programmes internationaux à l’Institut royal pour les études interreligieuses (au RIIFS), fondé par le Prince El Hassan bin Talal en 1994.

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