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Points de vue

L’eau dans le Coran : quand la vie ruisselle

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Mardi 14 Avril 2015

Affirmation aujourd’hui largement corroborée par la science, l’eau est d’emblée présentée dans le Coran comme étant source de toute vie : « Nous avons tiré toute matière vivante de l’eau » (s. 21, v. 30).



L’eau dans le Coran : quand la vie ruisselle
Du 12 au 17 avril se tient la 7e édition du Forum mondial de l’eau, à Daegu et à Gyeongbuk (Corée du Sud). Plus de 20 000 personnes (une dizaine de chefs d’Etat, quelque 120 ministres, des représentants de collectivités locales et d'ONG ainsi que des dirigeants d’entreprises privées ou publiques) sont attendues pour cet événement qui a lieu tous les trois ans, avec pour thème, cette année, « L’eau pour notre avenir ».

Sous l’égide des Nations unies s’était également tenue, le 22 mars dernier, comme chaque année la Journée mondiale de l’eau. Le thème en a été le développement durable, autrement dit, envisagé plus généralement, le rapport de l’eau au caractère pérenne de la vie.

Ce rapport à la vie est assurément l’idée maîtresse qui gouverne l’évocation de l’eau dans le Coran. La seconde idée est celle de la purification, fonction essentielle de cet élément premier.

Affirmation aujourd’hui largement corroborée par la science, l’eau est d’emblée présentée dans le Coran comme étant source de toute vie : « Nous avons tiré toute matière vivante de l’eau » (s. 21, v. 30). Elle figure quatre fois dans le texte coranique. Elle est posée comme étant valable tant pour le paradis, espace de la vie éternelle, que pour le monde ici-bas : hommes, bêtes et végétaux.

De par sa nature même, ce lieu de la félicité suprême qu’est le paradis suppose l’eau : il est jardins (jannât), le pluriel soulignant ici l’abondance. De fait, l’eau y coule à flots : fleuves, fontaines et sources, dont certaines parfumées au camphre, y abondent. Près de 40 occurrences désignent les premiers, dont 33 dans la célèbre formule « des jardins sous lesquels coulent des fleuves » (jannât tajrî min tahtihâ al-anhâr).

L'eau, la source du Paradis

Un même mot, ‘ayn, abondamment cité, désigne fontaines et sources. Il existe ainsi deux fontaines au paradis, qui portent des noms propres : Salsâbîl (s. 76, v. 18) et Tasnîm (s. 83, v. 27-28). A l’image du paradis, figé dans sa perfection éternelle, cette eau est « inaltérable » (ghayr âsin, s. 47, s. 15).

Plus encore, elle participe de l’essence du paradis, comme le souligne le parallélisme de ces trois formules où l’eau et le bonheur sont donnés pour équivalents : « Les pieux seront dans des jardins au sein de la félicité/de sources/des fleuves » (na‘îm, s. 52, v. 17 ; ‘uyûn, s. 15, v. 45 ; et nahr, s. 54, v. 54). Expression de la miséricorde divine enfin, à la multitude des sources paradisiaques s’oppose l’unique source de l’enfer (qui est « bouillante », s. 88, v. 5).

Dans un mouvement vertical qui n’est pas sans rappeler celui de la Révélation, la pluie représente ici-bas l’eau paradisiaque : elle est eau fertilisante que Dieu fait descendre du ciel. L’idée de fécondité devient dès lors prégnante. De la terre, Dieu a ainsi fait surgir « l’eau et les pâturages » (s. 79, v. 31), ainsi que des sources (s. 26, v. 134). Il y a aménagé des fleuves (s. 18, v. 33 ; s. 13, v. 3) qu’il a mis au service des hommes.

Enfin, Il a « fait confluer les deux mers, dont l’une est douce et agréable, l’autre est salée et saumâtre » (s. 25, v. 53), qui, sans doute, figurent ici-bas la contiguïté du bien et du mal, entre lesquels « une barrière infranchissable » est pourtant établie (s. 25, v. 54).

Détruire et purifier, les deux vertus de l'eau

Bienfait, l’eau est aussi signe de la miséricorde divine. Dès lors, celui qui invoque les idoles plutôt que Dieu l’Unique le fait-il « en pure perte », car « l’homme assoiffé qui se contente de tendre les deux mains vers l’eau ne réussira jamais à la faire parvenir à sa bouche ».

C’est pourquoi l’eau est promesse d’abondance ici-bas avant de l’être dans l’au-delà : Noé promet à son peuple « jardins et rivières » (s. 71, v. 13), dans l’espoir qu’il croira en Dieu et soit ainsi sauvé. Lors même que l’eau est puissance destructrice, elle est, en dernière analyse, l’instrument d’une purification.

Pharaon et son armée ont été engloutis par les eaux, mais Moïse et son peuple, sauvés. Le Déluge, en supprimant toute forme de vie à la surface de la terre, a permis néanmoins de la purifier et de la régénérer : humains meilleurs et animaux choisis pourront de nouveau y croître et multiplier.

C’est ainsi que, cinq fois par jour, la purification rituelle des ablutions rappelle au musulman qui l’effectue l’élévation spirituelle vers laquelle il doit inlassablement tendre.

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Première parution de cet article dans Zaman, le 24 mars 2015.