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Sur le vif

Kenya: 11 personnes accusées de sorcellerie brûlées vives

| Mercredi 21 Mai 2008



Au moins 11 personnes, dont 8 femmes, ont été brûlées vives mardi soir dans un village de l'ouest du Kenya par une foule en colère qui les accusait de sorcellerie, dans une région où des dizaines de personnes ont été tuées pour les mêmes motifs dans les années 90.

«Le nombre total est de onze personnes, huit femmes et trois hommes», a déclaré à l'AFP le porte-parole adjoint de la police kényane, Charles Owino, précisant que dix des victimes étaient âgées de 70 à 90 ans.

«Jusqu'à présent, nous avons confirmé 11 morts et nous fouillons encore les maisons incendiées au cas où l'on trouve d'autres corps», a précisé à l'AFP Anthony Kibuchi, chef de la police de la province de Nyanza (ouest).

Un bilan établi par un responsable local et des habitants du village de Nyakeo fait état de quinze femmes brûlées vives.

Une centaine de personnes en colère ont fait du porte à porte dans le village de Nyakeo, ligotant les victimes avant de les brûler, avaient indiqué plus tôt à un correspondant de l'AFP un responsable local et des villageois.

Cette région, située à environ 300 km au nord-ouest de Nairobi, est essentiellement peuplée de membres de l'ethnie Kisii.

Selon M. Kibuchi, une réunion a eu lieu mardi dans le village pour tenter de dissuader les villageois de s'en prendre à ceux accusés de sorcellerie.

Cinq des personnes brûlées vives ont avoué pratiquer la sorcellerie au cours de la réunion et ont demandé pardon, a-t-il raconté.

«C'est inacceptable. Les gens ne peuvent pas se faire justice eux-mêmes juste parce qu'ils soupçonnent quelqu'un. Nous ferons la chasse aux suspects», a assuré le responsable local du district, Mwangi Ngunyi.

Des dizaines de personnes soupçonnées de sorcellerie ont été tuées dans l'ouest du Kenya dans les années 1990, alors que couraient des rumeurs de mauvais sorts jetés qui rendaient les gens cannibales, sourds, muets ou somnambules, donnant à cette région la réputation d'être une «zone de sorciers».

Jusqu'ici, les autorités kényanes ne sont pas parvenues à maîtriser ces groupes d'auto-défense villageeois.

«Je n'arrive pas à croire que mon épouse si âgée ait été tuée si brutalement par des gens qui ne peuvent pas justifier leur acte, même devant Dieu», s'est lamenté auprès de l'AFP Enoch Obiero, un pasteur.

«Ma mère a toujours été un modèle dans tout le village et la raison pour laquelle la foule l'a tuée restera toujours un mystère pour moi», a renchéri une autre villageoise, Emily Monari, 32 ans.

Selon le porte-parole de la police kényane, «les villageois ont affirmé que les sorciers présumés avaient dressé une liste de personnes auxquelles ils avaient jeté des sorts».

Selon ces villageois, les personnes dont les noms avaient été cochés sont décédées récemment, a-t-il ajouté.

«Nous avons déployé plus de policiers pour empêcher des actes de vengeance», a-t-il précisé.

Plusieurs cas de sorcellerie ont été également rapportés récemment en Tanzanie voisine, poussant le chef de l'Etat Jakaya Kikwete à mettre en place une protection spéciale pour les albinos, dont certains ont été assassinés et mutilés ces derniers mois par des guérisseurs, dans des rituels de sorcellerie.





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