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Vivre ensemble

Jeûner et dialoguer

Par Mustapha Cherif*

Rédigé par Mustapha Chérif | Lundi 1 Octobre 2007



Jeûner et dialoguer
Le jeûne durant le mois de Ramadhan est un des cinq piliers de l’Islam. C’est le pilier le plus pratiqué, car il implique une abstention et une relation secrète, intime et profonde avec Dieu. S’abstenir sur le plan physique, de manger, de boire, et de toute relation qui satisfait le corps et les désirs, de l’aube au coucher du soleil. Mais aussi et surtout sur le plan moral s’abstenir de mauvaises pensées et se maîtriser, vivre un état d’intériorité spirituel, plus que les autres périodes de l’année est un bel acte de croyant. Ceux qui ne le pratiquent pas, sauf pour raison de santé, sont en flagrante situation de désobéissance.

Le Ramadhan est le mois de la communauté, dit un hadith du Prophète. Il s’agit de faire halte un mois, ensemble, pour prendre du recul par rapport au vertige de la vie mondaine et terrestre. Il s’agit de se souvenir du temps béni de la descente du Coran pour la première fois durant ce noble mois. Il s’agit aussi de se souvenir des pauvres et des déshérités. Il s’agit de s’élever et d’apprendre le dépassement de soi.

Jeûner, c’est, avec la prière, l’acte religieux par excellence, l’acte de confiance, qui lie le croyant à son Créateur, de manière particulière. Il est aussi, en conséquence, un acte culturel, car il produit des pratiques et des traditions sociales et culturelles de communion et d’entraide.

Le jeûne durant le mois de Ramadhan est un acte fondamental de témoignage spirituel relatif au fait que l’on croit et que l’on atteste que la vie sur Terre est éphémère et la vraie vie est celle de l’au-delà. Ni refuser le monde ici bas, ni s’y noyer et s’y perdre, mais surtout se préparer à l’autre monde. C’est un droit humain.

La communauté musulmane pratique ce jeûne conformément à sa foi et à la prescription claire et limpide du Coran, pour faire acte de piété. Sans l’ombre d’un doute, c’est une pratique religieuse majeure. Et non un point facultatif dont on peut se passer. Même les plus grands mystiques ou les esprits croyants les plus libres ne l’ont jamais ignoré. Les Prophètes d’Adam à Jésus, en passant par le Patriarche Sidna Ibrahim, tout comme évidemment le Sceau des Prophètes, tous ont pratiqué le jeûne.

Sans oublier les sages des cultures religieuses d’Asie et d’ailleurs. Les personnes qui s’imaginent s’en passer tout en restant musulmans sont en contradiction avec l’esprit et la lettre de la religion.

Le jeûne, chemin de l'élévation

Le temps du jeûne devrait être celui du dialogue avec soi-même et les autres, afin d’apprendre à vivre ensemble. Pour dialoguer, il faut apprendre à écouter, à donner et à recevoir. Avoir le désir et la volonté sincère de partager avec l’autre, sans rien lui imposer, ce que l’on croit être vrai, juste et beau.

Pour dialoguer, il faut au préalable savoir d’où l’on tient et d’où l’on vient soi-même. Avoir à la fois la conscience et la fierté d’être ce que notre foi, notre parcours, notre histoire et notre terre ont fait de nous.

Des gens qui méprisent la religion ou l'autre différent, sans mémoire, déracinés, sans repères, auront des difficultés à dialoguer. On doit avoir la passion de l’étonnement, du questionnement, de son identité et l’humilité de se laisser transformer, de recevoir, de rester fidèle aux principes cardinaux de sa foi et de sa religion.

Une identité est la synthèse de valeurs multiples et évolutives. Une conjugaison entre les sources pérennes et les données évolutives. Dialoguer, c’est reconnaître, sans syncrétisme ni relativisme, que l’autre a une part de vérité et que nul n’est monolithique. On ne dialogue pas pour convertir par la ruse ou la force l’autre différent, ni prétendre lui faire la leçon.

Il s’agit de témoigner, d’aider l’autre à me comprendre et de m’ouvrir à d’autres angles de vue pour le comprendre. Un dialogue n’est pas seulement un face-à-face entre deux étrangers, deux adversaires, ou deux êtres différents, il est aussi un dialogue avec soi-même. J’ai besoin de l’autre pour avancer, rester vigilant et garder l’horizon ouvert. Il y va de l’avenir de tous.

Jeûner, c’est affirmer sereinement sa foi, sans exclure la nécessité du dialogue pour que l’autre me comprenne et respecte la différence. Il est dur de jeûner dans une société majoritairement non croyante ou non musulmane, mais cela peut être stimulant. Il est légitime d’expliquer à tous que c’est dans la tolérance et dans le respect que chacun doit évoluer et que la vie commune doit se passer.

Quant aux délires de ceux qui souhaitent mettre fin à ce pilier de la foi, au nom de la vie moderne ou d'autres prétextes, ils ne ridiculisent qu’eux-mêmes.Tout comme sont ridicules ceux qui jeûnent de manière mimétique et superficielle avec un esprit d’énervement et de fermeture sur soi. La lumière de la foi si haute et si profonde se moque de leurs dérives et agitations à tous. Jeûner est un chemin ouvert de l’élévation sereine.


* Mustapha Chérif est un penseur algérien
www.mustapha-cherif.com







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