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Sur le vif

Incendie de la synagogue de Rouen : ce que l'on sait de l'attaque qui suscite l'émoi au-delà des juifs de France

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 17 Mai 2024 à 20:30

           


La synagogue de Rouen a été la cible, vendredi 17 mai, d’une attaque. © Google Maps
La synagogue de Rouen a été la cible, vendredi 17 mai, d’une attaque. © Google Maps
La synagogue de Rouen (Seine-Maritime) a été la cible d’une attaque par un homme qui tentait d’y mettre le feu, vendredi 17 mai, à la veille de Shabbat. Selon les premiers éléments de l’enquête, les pompiers, venus sur place vers 7h du matin après avoir été alertés par un début d’incendie, ont constaté la présence d’un individu sur le toit de l’édifice. Il était armé d’un couteau et d’une barre de fer lorsque, après avoir sauté du toit, il a menacé un agent de police. Se sentant menacé, ce dernier a alors fait usage de son arme, abattant ainsi l’individu.

« A Rouen, les policiers nationaux ont neutralisé tôt ce matin un individu armé souhaitant manifestement mettre le feu à la synagogue de la ville. Je les félicite pour leur réactivité et leur courage », a indiqué sur X le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a annoncé sa venue à Rouen.

Les dégâts matériels sont importants à l’intérieur du lieu de culte juif, assurent les responsables de la synagogue. Le parquet antiterroriste n'a pas été saisi à ce stade dans cette affaire, mais une enquête a été ouverte par la police nationale, aux motifs d’incendie volontaire en raison de la religion et violences volontaires avec armes sur personne dépositaire de l’autorité publique. Une autre enquête a été ouverte par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour déterminer les circonstances du décès de l’individu. Toutefois, la garde à vue du policier a été levée, le procureur de la République de Rouen, Frédéric Teillet, ayant confirmé que « le code de sécurité intérieure autorise l’usage de son arme par le fonctionnaire de police ».

Si les motivations de l'attaque restent encore floues, l'identité de l’assaillant se précise. Il est présenté par Gérald Darmanin comme un « citoyen d’origine algérienne » qui n’était « ni connu des services de police, ni des services de justice », qui n’était « pas fiché S » et qui s'est vu refuser un titre de séjour en 2023. Faisant alors l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), il l'avait contestée par un recours qui avait été rejeté en janvier 2024.*

L’émoi est grand du côté de la communauté juive, sous le choc. « Dans le climat d’antisémitisme exacerbé que nous connaissons depuis quelques mois, cet acte très grave et assez unique crée un sentiment de grande inquiétude. Mais nous sommes aussi soulagés de voir avec quelle rapidité et efficacité les forces de l’ordre sont intervenues grâce aux mesures de sécurisation mises en place ces derniers temps », a réagi Elie Korchia, président du Consistoire central.

Des réactions émues après l'attaque

Les personnalités politiques, de droite comme de gauche, ainsi que des responsables religieux ont témoigné massivement leur soutien aux juifs de France. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a ainsi condamné « avec la plus grande vigueur » l’attaque « abjecte » dirigée contre la synagogue de Rouen, exprimant ainsi « son soutien total et sa pleine solidarité avec les fidèles et les responsables de la synagogue ». « La Grande Mosquée de Paris condamne fermement la tentative d’incendie d’une synagogue de Rouen par un individu armé, survenue ce matin. La protection des lieux de culte et de leurs fidèles, par nos forces de l’ordre et par l’engagement de chacun contre la haine intolérante, est une priorité », a signifié l’institution. La fédération Musulmans de France (MF) s’est aussi exprimée pour condamner fermement « l'acte criminel » et faire part de sa solidarité avec la communauté juive : « L’antisémitisme doit être combattu. »

Pour Latifa Ibn Ziaten, fondatrice de l'association Imad pour la jeunesse et la paix, l’assaillant « n’a pas touché que les personnes de confession juive, mais également toutes les rouennaises et tous les rouennais, dont je suis fière de faire partie. (…) Restons unis face à ces attaques et continuons d’œuvrer pour un monde où chacun peut pratiquer sa foi librement ».

« La synagogue de Rouen après la mosquée de Cherbourg est agressée. En France, la liberté de conscience a gagné à partir de la lutte pour la liberté du culte. Il faut cesser toutes les stigmatisations religieuses. Seule une République vraiment laïque peut garantir la liberté de foi des juifs, des musulmans et des chrétiens », a réagi le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

« A travers cette agression et cette tentative d'incendie de la synagogue de Rouen, ce n'est pas seulement la communauté israélite qui est touchée. C'est toute la ville de Rouen qui est meurtrie et sous le choc », a fait savoir le maire (PS) de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui a appelé à un rassemblement républicain ce vendredi à 18h devant l'Hôtel de Ville. Quelques centaines de personnes ont répondu à l'appel de l'édile, autant aussi qu'à Paris où un rassemblement contre l'antisémitisme a été organisé à l'appel de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF).

*L'article a été mis à jour avec de nouveaux éléments de l'enquête et des réactions.





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