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Points de vue

Football : et si le Maroc talonnait l'Algérie dans son leadership ?

Rédigé par Gianguglielmo Lozato | Mercredi 30 Décembre 2020 à 11:05

           


Football : et si le Maroc talonnait l'Algérie dans son leadership ?
La grande puissance continentale du moment en matière de football en Afrique, c'est l'Algérie. Depuis dix ans, nous avons pu assister à deux qualifications d'affilée en Coupe du monde (avec une participation héroïque en 2014 au Brésil), et malgré une occasion manquée pour celle de 2018 organisée en Russie, une Coupe d'Afrique des Nations a été remportée en 2019. Un collectif marqué par la volonté, l'expérience et bénéficiant en plus d'une relève intéressante.

Le Maroc, quant à lui, semble un peu plus en retrait. Pourtant, il s'était qualifié pour la Coupe du monde en Russie en 2018 et y avait laissé entrevoir de belles choses. Les tout derniers agissements des Lions de l'Atlas pourraient nous tenter à les ériger en tant que sérieux concurrents pour les Fennecs en termes de représentativité du ballon rond maghrébin et africain.

Que dire de l’équipe marocaine ?

Deux ans sont passés depuis la dernière Coupe du monde. A présent, c'est le temps des phases de qualifications pour la CAN 2021 – reportée à 2022 – au Cameroun. L'Algérie n'a pas failli à sa réputation. La Tunisie poursuit tranquillement son petit bonhomme de chemin tandis que le Maroc s'est pratiquement qualifié pour la phase finale, en brillant lors de sa confrontation aller-retour l'ayant opposé à l'équipe nationale de la République centrafricaine. Le moment rêvé pour faire un point sur l'équipe du Royaume, que ce soit sur sa physionomie de jeu, ses forces, ses faiblesses. Puis de la confronter à l’équipe algérienne.

La double confrontation avec l'équipe centrafricaine a mis en lumière plusieurs facettes de l'équipe nationale marocaine. Un épisode soldé par deux victoires (4-1 à domicile, 2-0 à l'extérieur). Cette étape a été abordée par un ensemble aux compétences variées, plus marquées par la créativité et l'adaptabilité que par le simple pragmatisme ou l'attentisme. A domicile comme en déplacement, les hommes entraînés par Vahid Halilhodzic ont donné satisfaction.

Football : et si le Maroc talonnait l'Algérie dans son leadership ?
La première manche jouée au Maroc a vu une composition juste, équilibrée, dynamique. Juste avec un onze de départ homogène et méritant. Equilibrée entre les phases de possession de balle et celles liées au jeu sans ballon. Dynamique dans la construction offensive, dans le jeu en contre s'appuyant dans le cadre du répondant défensif. Le score final flatteur réussi lors du match aller a été obtenu en grande partie grâce à l'excellent Hakim Ziyech buteur et passeur décisif. Le match retour a vu un Maroc savoir gérer une situation et un score, les scoreurs du jour (à nouveau Ziyech, puis En-Nesiry en fin de rencontre).

La jonction avec le secteur défensif a trouvé son éclaireur en la personne de Achraf Hakimi, passé par les plus grands clubs, un défenseur qui sait tout faire : couvrir, colmater des brèches, relancer et même construire aux avant-postes. Bien aidé par l'arrière Romain Saies (récupérations et jeu en soutien), bien relayé dans l’entre-jeu par Taarabt et surtout Amrabat. Un ensemble technique mais plus vigilant qu'il y a deux ans, un groupe qui sait s'imposer physiquement même si le jeu de tête reste à parfaire.

Enfin, pour compléter ce tour d'horizon de l'effectif des rouges, remarquons que le poste de gardien est bien pourvu avec le sobre Yassine Bounou, secondé par Mohand Munir Mohammedi. Cette stabilité à ce poste si sensible manquait depuis le départ de Zaki il y a fort longtemps. Il s'agit là d'une évolution stratégique vitale, un peu comme lorsque l'Italie avait vu le départ de Dino Zoff et qu'elle a dû hésiter longtemps entre plusieurs gardiens, ou comme quand l'Angleterre avait été tributaire de « Calamity » James en attente d'un digne successeur à ses anciens portiers.

Qu’en est-il de l’équipe algérienne ?

A propos du poste de goal, la transition est toute trouvée avec l'équipe d'Algérie. Les verts peuvent compter depuis une décennie sur un excellent Rais M'Bolhi, secondé par quelques jeunes prometteurs. Les comparaisons ne s'arrêtent pas là entre les deux entités sportives.

Les deux sont en mesure de produire régulièrement du beau jeu et ont exporté beaucoup plus de leurs ressortissants dans les championnats étrangers que la Tunisie, la Libye ou l'Egypte. Si l'on procède à une sectorisation des départs en transfert, on s'aperçoit que plus on se dirige vers la partie orientale de l'Afrique du Nord et moins les candidats à l'expatriation ont été nombreux.

L'Algérie et le Maroc sont donc en première position de cette forme de balance commerciale. Des temps reculés de Larbi Ben Barek à Riyad Mahrez de nos jours. Le footballeur marocain est depuis toujours capable de jouer dans un autre pays arabe (Aboucherouane avait fait le bonheur de l'Espérance de Tunis, d'autres ont monnayé leurs talents dans les pays du Golfe) qu'en Occident (Krimau finaliste dans une compétition européenne avec Bastia en 1978 ; Neqrouz à Bari ; Chaouch et El Haddaoui à Saint-Etienne et à l'OGC Nice ; Benattia en Italie et au Maroc...).

Deux prétendants au titre pour la CAN

D'un point de vue tactique, les deux pays peuvent actuellement se différencier, le Maroc ayant fortement tendance à privilégier le 3-4-3. Alors que l'Algérie peut adopter passer du 4-3-3 au 3-5-2, ce qui dénote un profil un peu plus complet pour le moment. Il y a fort à parier que nous avons deux prétendants au titre suprême de la prochaine CAN. Laquelle compétition peut ressembler à la répétition d'une « World Cup » où, pourquoi pas, les deux équipes nationales maghrébines pourraient provoquer un affrontement inédit au second tour entre deux nations africaines, avec tout le retentissement que l'on peut imaginer sur le plan médiatique.

Enfin, au niveau du management, la fédération marocaine a eu l'intelligence de miser à la fois sur des joueurs locaux et sur des expatriés, exactement comme l'avaient prôné les instances algériennes vis-à-vis de Soudani et Slimani en vue du Mondial 2014.

Le Maroc est premier de son groupe de qualifications. Au-delà de la satisfaction purement comptable, la qualité de son jeu donne un aperçu enthousiasmant de ce que son effectif est en mesure de proposer. Sans aucun doute, l'Algérie est la référence incontestable de la décennie. Néanmoins, le pays voisin pourrait tout à fait passer d'un statut d'apprenant à celui de rival ou de collaborateur. Une sage émulation est à souhaiter entre les deux nations.

Le Maroc du football se porte mieux. Sur sa lancée, le grand rassemblement Qatar 2022 pourrait lui servir à nous faire revivre des moments équivalents voire supérieurs à ceux vécus lors de l'épopée de Mexico 86. La péninsule arabique sera alors un lieu d'affrontements sportifs mais aussi idéologiques. En plus, le coach Vahid est là, déjà auréolé de ses résultats algériens. Le tour du Maroc est venu.

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Gianguglielmo Lozato est professeur d'italien et auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société.

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