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Sur le vif

Cyberharcèlement : tempête contre la « Ligue du LOL », ce groupe Facebook qui ne fait pas rire

Rédigé par Lina Farelli | Lundi 11 Février 2019



Cyberharcèlement : tempête contre la « Ligue du LOL », ce groupe Facebook qui ne fait pas rire
Cyberharcèlement, usurpation d’identité, canulars, intimidations… de graves accusations planent sur les membres du groupe privé Facebook « La Ligue du LOL » fondé en 2008. Aujourd’hui fermé, il était principalement actif entre 2009 et 2013. C’est pendant le weekend du 9 février, après la parution d'un article de Checknews, qu’une dizaine de témoignages des victimes de ce groupe ont envahi Twitter sous le hashtag #liguedulol.

« Il y avait au départ une quinzaine de mecs et deux ou trois filles », a fait savoir Vincent Glad, journaliste pour Libération et créateur de ce groupe qui comptait des journalistes, des communicants, des photographes et des graphistes principalement parisiens et qui jouissaient, pour certains, d'une forte notoriété sur les réseaux sociaux.

S’attaquant à des figures féminines et des personnes LGBTQI, le groupe compte au moins des dizaines de victimes. Lucile Bellan, journaliste à Slate, dit avoir souffert « des années de harcèlement, une usurpation d’identité, des attaques basses et gratuites ». « Aujourd’hui, j’ai une confiance en moi proche du néant. J’ai eu l’impression pendant des années que je ne méritais même pas d’exister parce que si j’existais, c’était pour être le jouet d’autres personnes », a-t-elle indiqué.

Il en est de même pour Mélanie Wanga, fondatrice de la newsletter « Quoi de meuf ». « Imaginez être une jeune journaliste noire, parler de blackface, d’apartheid et se prendre de trucs x20 par des ‘confrères’ pendant plusieurs jours », a-t-elle posté sur Twitter. « À force de lire des saletés sur moi partout sur les réseaux, j’ai été convaincue que je ne valais rien », déplore Capucine Piot, une ex-journaliste du web, victime des membres de ce groupe.

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité homme-femme, a exprimé son soutien et sa « solidarité aux bloggeuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la #LigueDuLol ». Autre membre de l’exécutif à avoir réagi sur cette affaire, le secrétaire d’État au numérique Mounir Mahjoubi, a déclaré sur BFMTV, dimanche 10 février, que « ces moqueries ont eu un impact dans le réel. Les victimes de cyberharcèlement doivent pouvoir s’exprimer, et eux (les auteurs, ndlr), j’espère qu’ils ont honte ».

À la suite de ces révélations, Libération a suspendu « à titre conservatoire » Vincent Glad et Alexandre Hervaud, son chef de service web, et une enquête interne a été ouverte. Bien que le quotidien ait insisté sur le fait qu’il ne s’agissait « pas de sanctions », cette mise à pied occasionne une suspension du contrat de travail et du salaire. Ces derniers, comme d'autres membres du groupe, ont présenté des excuses publiques mais leurs justifications n’ont guère convaincu parmi les victimes.

Les cyberharceleurs risquent, si la justice est saisie à leur encontre, un an de prison et 15 000 € lorsqu’ils ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours. Au-delà et si des circonstances aggravantes sont relevées comme le racisme, la peine peut aller jusqu’à deux ans de prison et 30 000 € d’amende.

Mise à jour : David Doucet, rédacteur en chef des Inrocks, a aussi été mis à pied à titre conservatoire, rapporte L'Express. Une procédure de « licenciement pour faute grave » a été engagée. « Cette libération de la parole m'a surtout fait prendre conscience que je comptais parmi les bourreaux. Durant cette période, j'ai en effet réalisé deux canulars téléphoniques dont celui raconté courageusement par Florence Porcel, où je me faisais passer pour un recruteur de la télé, confirmait-il. Je mesure aujourd'hui la dégueulasserie de ces actes et je n'ai pas d'excuses pour cela », a-t-il indiqué.

Les producteurs de podcasts Nouvelles Écoutes ont annoncé avoir mis fin, avec effet immédiat, à leur collaboration avec Guilhem Malissen, tandis que le rédacteur en chef du webzine Le Tag Parfait, Stephen des Aulnois, a décidé de suspendre les activité de la publication dédiée à la culture porn et de quitter son poste. La direction de la rédaction d'Usbek & Rica, « le magazine qui explore le futur », a aussi annoncé que Guillaume Ledit était mis pied à titre conservatoire.