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Points de vue

Côte d'Ivoire, fin de la politique des voyous ?

Rédigé par Amara Bamba | Vendredi 3 Décembre 2010

Les Ivoiriens ont choisi Alassane Ouattara (54,1 %) contre Laurent Gbagbo (45,9 %), selon la la Commission électorale indépendante (CEI). Onze années passées dans une atmosphère de guerre ont profondément éprouvé le pays. A la tête de l'Etat, des efforts et des concessions ont-ils permis de sortir de la crise ? Le travail reste à faire au niveau de la population, car des habitudes de voyous se sont installées dans les mœurs politiques.



Côte d'Ivoire, fin de la politique des voyous ?
Ce 1er décembre 2010, un délégué de la majorité présidentielle a agressé le porte-parole de la commission électorale indépendante pour lui arracher les feuilles des résultats avant de les déchirer. « Incroyable », « surréaliste », commentent les journaux présents. Mais le geste ne surprend pas celui qui connaît les usages politiques depuis l'ère Houphouët Boigny, premier président de Côte d'Ivoire. En langage ivoirien, on parle de voyousie politique.

Au milieu des années 1980, on parlait de « loubards ». C'étaient des jeunes gens peu instruits et sans culture politique. Ils avaient cependant deux atouts : une propension à la violence et un dévouement inconditionnel au PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, du Rassemblement démocratique africain), parti unique à l'époque.

Officiellement, le loubard était membre du service d'ordre du MEECI, Mouvement des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire, la jeunesse du PDCI-RDA. Mais le courage de Laurent Gbagbo, avec le Front populaire ivoirien (FPI), eut raison de l'absolutisme du PDCI-RDA. M. Gbagbo lança son mouvement de jeunesse sous forme de syndicat d'étudiants : FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire).

Sur le schéma des mouvements gauchistes, la FESCI emprunte aux loubards leurs méthodes de voyous et y ajouta un saupoudrage idéologique marxiste. Unie dans l'adversité, elle est divisée en interne, au bonheur des leaders du FPI qui savent tirer partie de l'animosité entre leurs jeunes. Ainsi, certains Fescistes sont des patriotes convaincus et d'autres de véritables malfrats politiques.

Avant de devenir porte-parole de rébellion armée, puis Premier ministre et enfin « arbitre » des présidentielles, Guillaume Soro fut d'abord Secrétaire national de la FESCI, avec le surnom de « Che ». A la suite de M. Soro, le siège fut occupé par Charles Blé Goudé, dont la seule évocation du nom donne des sueurs froides à certains de ses compatriotes. Victime de la tradition Fesciste ou partisan des usages de violence politique gauchiste, Blé Goudé est, depuis 2006, sous le coup d'une condamnation de l'ONU, qui lui interdit de sortir de Côte d'Ivoire. Il fut le directeur de la campagne de Gbagbo, en charge de la jeunesse.

C'est par voyousie politique que Konan Bédié inventa le concept de l'ivoirité pour empêcher Allassane Ouattara de se présenter contre lui. Devenu président, Laurent Gbagbo a perfectionné les techniques de voyousie politique. Ses « escadrons de la mort » sont des éléments de l'armée nationale mandatés pour liquider certains citoyens sans intention de procès. En janvier 2003, lorsque les partis du conflit se réunissent à Marcoussi, en région parisienne, un accord est signé. A Paris, ils approuvent l'accord devant les médias. Une fois à Abidjan, les voyous organisent la contestation populaire contre leurs propres engagements.

Le départ prochain de Gbagbo Laurent marquera certes la fin d'une gestion calamiteuse de la Côte d'Ivoire. Il marquera aussi la fin de la politique de voyous. Le dernier baroud d'honneur est en cours avec un couvre-feu inutile, une interdiction des médias étrangers et la fermeture des frontières. Le tout pour « contester » les résultats de la commission électorale indépendante. Le jeudi 25 novembre dernier, lors d'un débat qualifié d'historique, Ouattara et Gbagbo se sont engagés publiquement à respecter le verdict des urnes. Mais en voyousie, on ne respecte ses paroles et les règles que quand elles nous arrangent.