L'annonce est tombée dimanche 25 octobre. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a fait savoir qu'un examen psychiatrique, mené la veille au soir, a conduit à lever la garde à vue de Kévin T. L'assaillant a été transféré à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, à Paris.
Cette période d'observation pourra durer jusqu'à 48h. Elle doit permettre aux médecins de dire si l'état mental de l'homme âgé de 39 ans pourrait permettre de reprendre ses auditions. Le Pnat, de son côté, reste saisi du dossier, ouvert pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, qui plus est « à raison de l’appartenance vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ».
Dans la foulée, une source proche de l'enquête a confirmé à l'AFP une information de LCI : le suspect avait été diagnostiqué schizophrène et suivait un traitement médical. Les analyses toxicologiques ont par ailleurs révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang.
Cette période d'observation pourra durer jusqu'à 48h. Elle doit permettre aux médecins de dire si l'état mental de l'homme âgé de 39 ans pourrait permettre de reprendre ses auditions. Le Pnat, de son côté, reste saisi du dossier, ouvert pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, qui plus est « à raison de l’appartenance vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ».
Dans la foulée, une source proche de l'enquête a confirmé à l'AFP une information de LCI : le suspect avait été diagnostiqué schizophrène et suivait un traitement médical. Les analyses toxicologiques ont par ailleurs révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang.
Des éléments troublants qui s'accumulent contre le suspect
Le profil qui se dessine est celui d'un homme connu de la justice, notamment pour des délits routiers, mais pas des services de renseignement.
Les éléments matériels plaident pour une forme de préparation des attaques. Selon le Pnat, avant de passer à l'acte, Kévin T. avait piégé son logement, situé à Plaisir, toujours dans les Yvelines, avec des bouteilles de gaz reliées par des fils électriques à un minuteur. Dans sa Renault Clio, les enquêteurs ont saisi un pistolet-mitrailleur et une bombe lacrymogène. Chez lui a été retrouvé un exemplaire du tristement célèbre Mein Kampf.
Interpellé à Coignières une vingtaine de minutes après les premiers tirs, il se serait rendu sans résistance. Il aurait par la suite expliqué aux enquêteurs avoir voulu s'en prendre aux Noirs et aux Arabes pour « venger » des commerçants pillés en marge de la mobilisation du 17 octobre.
Quatre proches, issus de son entourage familial et amical, dont son père et sa mère, restaient en garde à vue dimanche.
Les éléments matériels plaident pour une forme de préparation des attaques. Selon le Pnat, avant de passer à l'acte, Kévin T. avait piégé son logement, situé à Plaisir, toujours dans les Yvelines, avec des bouteilles de gaz reliées par des fils électriques à un minuteur. Dans sa Renault Clio, les enquêteurs ont saisi un pistolet-mitrailleur et une bombe lacrymogène. Chez lui a été retrouvé un exemplaire du tristement célèbre Mein Kampf.
Interpellé à Coignières une vingtaine de minutes après les premiers tirs, il se serait rendu sans résistance. Il aurait par la suite expliqué aux enquêteurs avoir voulu s'en prendre aux Noirs et aux Arabes pour « venger » des commerçants pillés en marge de la mobilisation du 17 octobre.
Quatre proches, issus de son entourage familial et amical, dont son père et sa mère, restaient en garde à vue dimanche.
Le racisme tue
La victime décédée s'appelait Pengo Bossio Wangi. Ce Français de 26 ans, de confession chrétienne et d'origine congolaise, était un espoir des arts martiaux mixtes (MMA). Il s'entraînait dur à l'Atch Academy d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et travaillait dans la sécurité.
L'avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, décrit un jeune homme travailleur, toujours prêt à rendre service. Dimanche 25 octobre, plusieurs centaines de personnes ont défilé à Aubervilliers lors d'une marche blanche en mémoire du défunt. « Pengo avait la niaque de ceux qui s'ouvrent le chemin de la réussite. C'est ce chemin que la lâcheté du terrorisme est venue barrer vendredi. Il n'avait qu'un tort: être au mauvais moment, au mauvais endroit, avec la mauvaise couleur de peau », a fait part le maire de la commune, Sofienne Karroumi.
Cinq autres personnes ont été blessées, dont au moins quatre portant des noms à consonance africaine ou maghrébine, selon une source policière. Parmi elles, une fillette de 12 ans, grièvement touchée par huit balles. Elle était sortie de la piscine avec un foulard sur la tête ; possible, au regard des circonstances, qu'elle ait été visée par l'individu en la croyant musulmane.
L'avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, décrit un jeune homme travailleur, toujours prêt à rendre service. Dimanche 25 octobre, plusieurs centaines de personnes ont défilé à Aubervilliers lors d'une marche blanche en mémoire du défunt. « Pengo avait la niaque de ceux qui s'ouvrent le chemin de la réussite. C'est ce chemin que la lâcheté du terrorisme est venue barrer vendredi. Il n'avait qu'un tort: être au mauvais moment, au mauvais endroit, avec la mauvaise couleur de peau », a fait part le maire de la commune, Sofienne Karroumi.
Cinq autres personnes ont été blessées, dont au moins quatre portant des noms à consonance africaine ou maghrébine, selon une source policière. Parmi elles, une fillette de 12 ans, grièvement touchée par huit balles. Elle était sortie de la piscine avec un foulard sur la tête ; possible, au regard des circonstances, qu'elle ait été visée par l'individu en la croyant musulmane.
L'avocat de la famille du défunt monte au créneau
C'est de la famille de la victime décédée qu'est venue la réaction la plus vive s'agissant de la levée en garde à vue du suspect. Dans un communiqué publié dimanche, Me Yassine Bouzrou, dit sa surprise : la décision, écrit-il, « ne manque pas de nous étonner car en pratique ces levées de garde à vue pour motif psychiatrique sont très rares ».
L'avocat dénonce surtout ce qu'il appelle « une récurrence préoccupante » : « Lorsque l'attentat émane de l'extrême droite, la question psychiatrique s'impose très vite - l'auteur serait "forcément un déséquilibré". Cette question, en revanche, ne se pose pratiquement jamais avec la même insistance lorsque l'attentat est de motivation islamiste. »
Me Bouzrou prend soin de préciser qu'il ne s'agit « pas de contester l'expertise psychiatrique ni l'article 122-1 du code pénal sur l'irresponsabilité pénale, qui sont des principes fondamentaux de notre droit ». Mais, insiste-t-il, « la symétrie doit être la règle : mêmes expertises, mêmes délais d'appréciation, quel que soit le profil idéologique du mis en cause ». Et de prévenir : « Que l'expertise psychiatrique ne devienne jamais, dans les crimes racistes et terroristes, un raccourci commode pour éviter de nommer l'idéologie qui arme les bras. »
Les familles, conclut-il, attendent un traitement identique à celui de tout autre attentat : « ni plus indulgemment, ni plus sévèrement, mais identiquement ». L'avocat vise aussi le statut du Pnat, qui n'est « pas une juridiction indépendante » et exerce ses poursuites sous l'autorité du ministre de la Justice. Il rappelle que l'actuel garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a, par le passé, jugé Marine Le Pen « "trop molle" sur les points mêmes où celle-ci stigmatise certaines minorités », et invite chacun à mesurer « ce que cette dépendance au pouvoir exécutif peut impliquer dans une affaire d'une telle gravité ».
L'avocat dénonce surtout ce qu'il appelle « une récurrence préoccupante » : « Lorsque l'attentat émane de l'extrême droite, la question psychiatrique s'impose très vite - l'auteur serait "forcément un déséquilibré". Cette question, en revanche, ne se pose pratiquement jamais avec la même insistance lorsque l'attentat est de motivation islamiste. »
Me Bouzrou prend soin de préciser qu'il ne s'agit « pas de contester l'expertise psychiatrique ni l'article 122-1 du code pénal sur l'irresponsabilité pénale, qui sont des principes fondamentaux de notre droit ». Mais, insiste-t-il, « la symétrie doit être la règle : mêmes expertises, mêmes délais d'appréciation, quel que soit le profil idéologique du mis en cause ». Et de prévenir : « Que l'expertise psychiatrique ne devienne jamais, dans les crimes racistes et terroristes, un raccourci commode pour éviter de nommer l'idéologie qui arme les bras. »
Les familles, conclut-il, attendent un traitement identique à celui de tout autre attentat : « ni plus indulgemment, ni plus sévèrement, mais identiquement ». L'avocat vise aussi le statut du Pnat, qui n'est « pas une juridiction indépendante » et exerce ses poursuites sous l'autorité du ministre de la Justice. Il rappelle que l'actuel garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a, par le passé, jugé Marine Le Pen « "trop molle" sur les points mêmes où celle-ci stigmatise certaines minorités », et invite chacun à mesurer « ce que cette dépendance au pouvoir exécutif peut impliquer dans une affaire d'une telle gravité ».
De La Grand-Combe à Puget-sur-Argens, des précédents en mémoire
Ce soupçon ne naît pas de rien. Me Bouzrou défendait déjà la famille d'Aboubakar Cissé, ce jeune Malien de 22 ans tué de 57 coups de couteau le 25 avril 2025, dans la salle de prière de la mosquée Khadidja de La Grand-Combe (Gard). Juste après les faits, le meurtrier s'était filmé en insultant la religion de sa victime. Le parquet antiterroriste ne s'était pas saisi, et la famille avait réclamé en vain une requalification en « assassinat terroriste ». Une première expertise psychiatrique a ensuite conclu à l'abolition du discernement de l'auteur, et une seconde a été ordonnée. Dans son communiqué, l'avocat relève que l'auteur a été « très rapidement présenté comme pénalement irresponsable ».
Un mois plus tard, le 31 mai 2025, Hichem Miraoui, coiffeur tunisien de 45 ans, était abattu par son voisin à Puget-sur-Argens (Var). Le tireur avait diffusé des vidéos racistes sur Facebook avant de passer à l'acte. Pour la première fois, le Pnat s'était saisi d'un meurtre raciste attribué à l'ultradroite. L'attentat à Trappes s'inscrit désormais dans cette série, qui pose avec insistance la question de la qualification de ces crimes.
Un mois plus tard, le 31 mai 2025, Hichem Miraoui, coiffeur tunisien de 45 ans, était abattu par son voisin à Puget-sur-Argens (Var). Le tireur avait diffusé des vidéos racistes sur Facebook avant de passer à l'acte. Pour la première fois, le Pnat s'était saisi d'un meurtre raciste attribué à l'ultradroite. L'attentat à Trappes s'inscrit désormais dans cette série, qui pose avec insistance la question de la qualification de ces crimes.
Une condamnation générale, des lectures opposées
Dès le soir des attaques, Emmanuel Macron s'est rendu sur place. Le chef de l'État a très vite dénoncé « un acte terroriste et raciste » qui constitue un « tournant pour notre pays ». Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a aussi fait le déplacement pour témoigner du soutien du gouvernement.
Si la condamnation a été générale dans le monde politique, les interprétations, elles, divergent nettement. Dès vendredi, le maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.s), a dénoncé devant la presse « un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe ». Après la visite présidentielle, il n'a pas caché sa déception : « Il n'a pas dit acte islamophobe. J'ai serré les dents, je lui avais répété. (...) Emmanuel Macron a été élu il y a 10 ans pour nous protéger du Rassemblement national, et la parole raciste n’a jamais été aussi présente », a-t-il confié à Libération.
Auprès du Monde, il estime que les discours d'extrême droite ont « fini par pénétrer l'inconscient collectif ». Ali Rabeh, qui est allé jusqu'à Orléans pour rejoindre, samedi 24 octobre, la manifestation organisée contre le congrès du Rassemblement national (RN), vise aussi des responsables se disant républicains qui auraient repris le vocabulaire et certaines orientations législatives de l'extrême droite.
Si la condamnation a été générale dans le monde politique, les interprétations, elles, divergent nettement. Dès vendredi, le maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.s), a dénoncé devant la presse « un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe ». Après la visite présidentielle, il n'a pas caché sa déception : « Il n'a pas dit acte islamophobe. J'ai serré les dents, je lui avais répété. (...) Emmanuel Macron a été élu il y a 10 ans pour nous protéger du Rassemblement national, et la parole raciste n’a jamais été aussi présente », a-t-il confié à Libération.
Auprès du Monde, il estime que les discours d'extrême droite ont « fini par pénétrer l'inconscient collectif ». Ali Rabeh, qui est allé jusqu'à Orléans pour rejoindre, samedi 24 octobre, la manifestation organisée contre le congrès du Rassemblement national (RN), vise aussi des responsables se disant républicains qui auraient repris le vocabulaire et certaines orientations législatives de l'extrême droite.
Un climat en accusation
Sur le plan judiciaire, tout dépend désormais des conclusions médicales attendues d'ici mardi. La question du discernement du suspect relèvera, elle, d'expertises ultérieures. Mais à Trappes, le débat a déjà dépassé le seul cas de Kévin T. De La Grand-Combe à Puget-sur-Argens, puis aux Yvelines, élus locaux, associations et familles de victimes dessinent la même ligne : des Noirs, des Arabes, des musulmans tués parce qu'ils l'étaient, ou paraissaient l'être. Et derrière chacune de ces attaques, un même bruit de fond.
Ce bruit de fond, ils l'attribuent d'abord à l'extrême droite, qui a fait de l'immigration et de l'islam des obsessions de son discours depuis des décennies. Mais ils visent aussi ses alliés objectifs : ces responsables et personnalités qui, tout en prétendant la combattre, ont repris ses mots et ses thèmes. De très nombreux responsables associatifs, acteurs de la société civile et élus, principalement de gauche, préviennent que Trappes pourrait ne pas être le dernier attentat de ce type.
La justice dira ce qui relève, chez l'assaillant, de la maladie ou de l'idéologie. Elle ne se prononcera en revanche pas sur le contexte qui a mené à l'attentat. Ce point précis, Trappes l'exposera vendredi 30 octobre, place des Mérisiers, à tout le pays : Ali Rabeh appelle le plus grand nombre à se retrouver « pour un grand rassemblement populaire contre le racisme et l'islamophobie ». Avant, d'autres mobilisations similaires sont annoncées, et ce dès lundi 26 octobre à travers la France.
Lire aussi :
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Les Yvelines sous le choc après « un attentat terroriste raciste », ce qu'il faut savoir, les réactions
La France xénophobe et sa soif de « victimes expiatoires »
Ce bruit de fond, ils l'attribuent d'abord à l'extrême droite, qui a fait de l'immigration et de l'islam des obsessions de son discours depuis des décennies. Mais ils visent aussi ses alliés objectifs : ces responsables et personnalités qui, tout en prétendant la combattre, ont repris ses mots et ses thèmes. De très nombreux responsables associatifs, acteurs de la société civile et élus, principalement de gauche, préviennent que Trappes pourrait ne pas être le dernier attentat de ce type.
La justice dira ce qui relève, chez l'assaillant, de la maladie ou de l'idéologie. Elle ne se prononcera en revanche pas sur le contexte qui a mené à l'attentat. Ce point précis, Trappes l'exposera vendredi 30 octobre, place des Mérisiers, à tout le pays : Ali Rabeh appelle le plus grand nombre à se retrouver « pour un grand rassemblement populaire contre le racisme et l'islamophobie ». Avant, d'autres mobilisations similaires sont annoncées, et ce dès lundi 26 octobre à travers la France.
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