Société

Un an après, des hommages nécessaires à Aboubakar Cissé, un grand non lancé à l'islamophobie

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 23 Avril 2026

Le meurtre brutal d'Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard le 25 avril 2025 avait bouleversé les musulmans de France. Un an après, des hommages sont rendus en mémoire du jeune Malien, érigé depuis en symbole d'une haine contre les musulmans appelée plus que jamais à être combattue en France.



Aboubakar Cissé n'avait que 22 ans lorsque la mort l'a fauché le 25 avril 2025, sous les coups de couteau d'Olivier Hadzovic. Son meurtre, d'une violence inouïe, commis au sein même de la mosquée Khadidja de Trescol, à La Grand-Combe, avait suscité une vive émotion et une vague d'indignation parmi les musulmans de France. Un an après, l'inquiétude n'est pas retombée : les actes islamophobes ont fortement progressé en un an, sans que les autorités ne mettent encore sérieusement les moyens pour lutter contre ce phénomène.

L'heure est aujourd'hui aux hommages, à commencer par ceux rendus par la municipalité de La Grand-Combe. Début avril, elle a annoncé la création d'un square portant le nom du défunt en sa mémoire. Une cérémonie d'hommage sera organisée dimanche 3 mai à 11h.

Un important moment de recueillement à Lyon

Bien avant, des commémorations seront organisées à travers la France par des associations samedi 25 avril, date marquant le premier anniversaire de l’assassinat d’Aboubakar Cissé. Le Conseil des mosquées du Rhône (CMR) organisera, ce jour-là, à 16h, une cérémonie à la Grande Mosquée de Lyon en présence de responsables religieux, d’élus, d’acteurs associatifs et de citoyens. A cette occasion, « un arbre du souvenir et de la fraternité sera planté, symbole de paix et de vie en hommage à Aboubakar Cissé et à toutes les victimes de l’islamophobie ».

Cet événement se veut « apaisé, digne et rassembleur », souligne le CMR. Dans son « appel à la mémoire, à la dignité et à la fraternité » lancé mi-avril, l'instance rappelle combien ce crime « symbolise la souffrance de tant de nos concitoyens confrontés à la haine, au racisme, et à la peur dans leurs lieux de culte ». La cérémonie sera donc « un moment de recueillement mais aussi un appel à la conscience collective, pour que de tels drames ne se reproduisent jamais » car « honorer la mémoire d’Aboubakar Cissé, c’est défendre la dignité humaine et les valeurs de la République ».

Les mosquées incitées à entreprendre une démarche « mémorielle et fraternelle »

C'est dans ce même état d'esprit que l'Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (ADDAM) a invité les mosquées et les associations gestionnaires de lieux de culte à prévoir « un temps de recueillement et de prières en marge de la prière du vendredi 24 avril ». « Ce moment sobre et digne permettrait d’honorer sa mémoire ainsi que celle de toutes les victimes de la haine antimusulmane, de refuser l’oubli et de rappeler collectivement notre attachement à la dignité, à la fraternité et à la paix », fait savoir Bassirou Camara, président de l’ADDAM.

Ce moment pourrait être « l’occasion de rappeler à nos fidèles le refus de toute banalisation de la haine, la nécessité de la dénoncer avec responsabilité, l’importance de signaler les faits et de porter plainte », souligne-t-on.

Une manifestation est prévue samedi 25 avril à Paris, Place de la République, en présence de la famille, a annoncé la militante associative Assa Traoré. « Comment accepter qu’en France, on puisse être tué pour ses croyances ? Nous refusons de nous taire. D’autres ont aussi perdu la vie à cause de la haine raciale et du racisme. (...) Nous continuerons de dénoncer la haine raciale et toutes les injustices », affirme-t-elle. « Soyons unis. Soyons nombreux. Rassemblons-nous pour Aboubacar. Pour sa mémoire. Pour que cela ne se reproduise plus jamais. »

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