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Points de vue

Assises nationales de la diversité culturelle : « La diversité est un cadeau et non un fardeau »

Par Fadila Mehal*

Rédigé par Fadila Mehal | Mercredi 16 Novembre 2011



Aujourd’hui, pour beaucoup de nos concitoyennes issues de la diversité et notamment du monde arabo-musulman, leur visibilité se résume à deux images imposées : femmes soumises, voire battues, ou mères courage. Au-delà de ces représentations convenues, il leur a été difficile de faire reconnaître des figures de femmes inscrites dans la citoyenneté et la modernité et de nourrir un autre imaginaire au travers de figures féminines positives.

Ces femmes diverses d’aujourd’hui, chacun l’oublie, sont les dignes héritières des Marie Curie, Simone Signoret, Édith Piaf, Joséphine Baker, Marie Diagne, Assia Djebar ou de Marguerite Yourcenar. Toutes exemplaires à bien des égards, par leur talent incontestable mais aussi parce qu’elles sont devenues françaises par choix et par volonté. Elles ont aimé la France et sa langue par-dessus tout et ont contribué, par leurs compétences et leurs mérites, à en enrichir son identité, au-delà de nos frontières. Elles ont souvent subi le double handicap d’être femmes et d’être filles d’immigrées. Elles ont payé le prix fort de cette double appartenance mais, en définitive, elles ont imposé l’idée que le mérite de notre République est de juger les citoyens sur ce qu’ils font et non pas sur ce qu’ils sont.

Ces femmes ont incarné la France que nous aimons quand elle est ouverte à l’altérité et généreuse avec les plus faibles. Ces « femmes venues d’ailleurs » sont une ode à la diversité et un hymne à l’intelligence. C’est l’histoire de républicaines convaincues, militantes d’une République ouverte, non pas désincarnée et abstraite, oublieuse des identités personnelles et des histoires, mais respectueuse des mémoires et des cultures, qu’il faut aujourd’hui raconter.

C’est une urgence civique. Malgré des exemples emblématiques, pour beaucoup de femmes issues de la diversité, le sentiment d’appartenance à la nation s’affaiblit et l’idée de construire ensemble une communauté de destin ne fait plus rêver. Les discriminations conjoncturelles et structurelles, directes et indirectes, le chômage et les inégalités ont rétréci leur horizon et ravalé leurs ambitions. Au-delà du périphérique, le doute s’installe.

Alors, beaucoup d’entre elles se protègent et trouvent refuge dans leur diversité, en exigeant de la République plus de reconnaissance. C’est le crédo du « droit à la différence », qui, poussé à sa logique ultime, peut se transformer en différence des droits, si nous n’y prenons pas garde.

De ce point de vue, les choses doivent être dites : si la différence et la singularité sont des chances pour notre démocratie et notre République, elles peuvent être aussi un danger pour notre unité et notre communauté de destin.

C’est une chance si notre diversité nous permet de construire une culture partagée et un avenir solidaire. C’est une chance si elle permet l’expression de nos histoires particulières qui bâtiront à leur tour notre histoire commune… Cette diversité est un cadeau, si elle nous permet de mieux vivre ensemble, et notamment dans nos cités.

Mais elle peut être aussi un fardeau, si cette diversité exalte les particularismes et atomise notre culture commune. Elle devient un danger quand elle met en scène la surenchère mémorielle, en exacerbant la face sombre de notre Histoire et en nous enfermant dans ce passé douloureux.

Cette vision de la diversité n’a pas notre préférence, nous, Marianne de la diversité, car elle nous enferme dans une approche « essentialiste », alors qu’en tant que féministes nous misons davantage sur un horizon d’égalité, qui rendrait les femmes et les hommes non pas identiques, mais indifférents à leur différence, au sens où celle-ci serait inopérante à créer de l’inégalité sociale et politique.

Le « droit à l’indifférence », comme le proclamait déjà Françoise Giroud dans les années 1970, pourra même, logique suprême, revendiquer le droit à la médiocrité. En cela, nous pensons que la cause des femmes et celle de la diversité sont intimement liées, c’est la force « du droit à l’indifférence » que de pouvoir transcender cette « égalité sous conditions » dans laquelle sont enfermées trop de femmes.

Alors, comment changer le regard porté sur elles, diverses ou pas ? Albert Einstein prophétisait qu’il était plus facile de briser un atome qu’un préjugé. Ce travail de déconstruction des inconscients collectifs, des imaginaires, des représentations sexistes prendra du temps et il doit être accompagné par une éducation à l’égalité et à l’interculturalité dès le plus jeune âge. C’est à ce prix que nous sortirons des stéréotypes racistes et machistes, qui nous rendent la vie si dure et qui ont la vie si longue.

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Fadila Mehal est présidente-fondatrice des Marianne de la diversité. Elle participera aux premières Assises nationales de la diversité culturelle organisées par Témoignage chrétien en partenariat avec Salamnews, samedi 19 novembre, à Paris. Thème de son intervention : « Les femmes dans la diversité culturelle. »