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Société

Affaire de la jupe courte et du bus 60 : une polémique, deux versions et des questions

Rédigé par Lina Farelli | Samedi 11 Mai 2019

Que s’est-il réellement passé cette soirée du 30 avril à la station Botzaris du bus 60, dans le 19e arrondissement de Paris ? Est-ce vraiment à cause de leurs jupes « courtes » que deux femmes ont été empêchées d’entrer dans le bus 60 ? En attendant le résultat de l’enquête diligentée par la Régie autonome des transports parisiens (RATP), un véritable emballement médiatique s’est formé autour de cette affaire. Une polémique qui a tout l’air de faire pschitt. Explications.



Affaire de la jupe courte et du bus 60 : une polémique, deux versions et des questions
Tout part d'une publication sur Facebook, supprimée depuis car jugée incitatrice à la haine. Kamel Bencheikh, un écrivain algérien, a raconté publiquement comment un chauffeur du bus 60 aurait refusé à sa fille de 29 ans et son amie l’entrée dans le bus 60 le soir du 30 avril, à la station parisienne Botzaris : ce serait à cause de leurs jupes estimées « trop courtes » par le conducteur.

Quand le bus est arrivé à l’arrêt, le machiniste aurait refusé d’ouvrir la portière et aurait redémarré pour s’arrêter environ 30 mètres plus loin à un feu rouge. « Ma fille court et se présente de l’autre côté du bus pour parler au conducteur », a-t-il raconté. « À la question de savoir pourquoi il n’ouvre pas la porte, le conducteur répond : "T’as qu’à bien t’habiller !" Ma fille était en jupe. »

Kamel Bencheikh, qui « revendique (son) islamophobie », avait alors décrit le conducteur comme un « barbu de type maghrébin ». Cet écrivain avait alors annoncé son intention de porter plainte dans la même publication mais rien n’a été entrepris en ce sens.

Le conducteur ne reconnait pas les faits dont il est accusé

La version du conducteur du bus, qui a tenu à rester à l’écart de la presse, est tout autre. Il a répondu aux questions de la RATP en affirmant qu’il « ne reconnait pas les faits tels qu’ils ont été présentés dans la presse ». Il a seulement avoué, selon un communiqué de l’entreprise, une « faute de service, notamment avec le non-respect des règles d’exploitation en ayant refusé d’ouvrir les portes à deux jeunes filles, à une heure tardive, à la station Botzaris ».

La RATP a fait savoir que les vidéos à bord du bus utilisé le soir de l'incident ne pouvaient plus être exploitées car hors délai. Par ailleurs, le conducteur « n’a aucun antécédent dans son dossier » et « n’a jamais eu à faire l’objet d’observation ou de sanction quant à son comportement ». Ses missions de conduite lui ont tout de même été retirées en attendant la fin de l’enquête interne.

Sur RMC, Olivier Terriot, délégué du personnel de la Confédération générale du travail (CGT) de la RATP, a livré la version de l’histoire rapportée par le conducteur concerné : « Cet agent se serait arrêté sur l’arrêt du 60, arrêt commun avec une autre ligne, et les deux jeunes filles qui étaient en train de fumer n’auraient prêté aucune attention à ce chauffeur de bus. Il a donc décidé de repartir. C’est une fois arrivé 30 mètres plus loin, au feu, qu’il s’est retrouvé avec ces deux personnes à vouloir rentrer hors de l’arrêt et c’est là qu’il a refusé. »


Des messages de haine qui inquiètent des chauffeurs

« On est peut-être du service public, mais on n’est pas des larbins », explique Olivier Terriot, pour expliquer le refus du conducteur de laisser entrer les deux jeunes femmes qui, avant, auraient ignoré le bus à l’arrêt. Il évoque « une part de manque de respect » des filles qui aurait joué dans la décision du conducteur.

« Pour quelle raison, un gars qui a plus de quatre ans de régie, sans histoire et qui rend service, pourquoi il lui refuserait de monter dans son bus ? On dit partout que c'est un musulman radical, ce n'est pas du tout vrai », a appuyé Olivier Davois, secrétaire général de la CGT RATP Bus, qui relève les messages de haine sur les réseaux sociaux.

Bertrand Hammache, secrétaire général et délégué central de la CGT – RATP a alerté, dans un communiqué, sur une « mise en danger de l’ensemble des agents (…) générant un déferlement de haine et de propos injurieux sans action de modération pouvant conduire à des risques psychosociaux graves et des risques accrus d’agressions physiques ».

Elles ne portent pas plainte ; le chauffeur, si

L’affaire - « un non-événement » pour le délégué du personnel de la CGT RATP - a pris une tournure politique avec la réaction commune de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, et d'Élisabeth Borne, ministre des Transports. Toutes deux ont affirmé, dans un communiqué, suivre « avec la plus grande attention le déroulement de cette enquête », dont les faits, s’ils « étaient confirmés, (ils) seraient d’une grande gravité, totalement contraires aux valeurs de service public, et nécessiteraient des sanctions exemplaires ».

Des hommes et femmes politiques n’ont pas attendu les conclusions de l’affaire pour prendre le parti des jeunes femmes et faire ainsi enfler la polémique. Les Républicains voient, par exemple, en cette affaire une prolongation de l’affaire Decathlon et son hijab de running. « Mobilisez-vous à nouveau pour exiger des explications (…) l’islamisme reculera ! C’est le combat de notre siècle », a posté la porte-parole du parti, Lydia Guirous sur Twitter.

Seulement, surprise : l’une des jeunes femmes, tout en maintenant sa version des faits, a fait savoir qu’elle ne portera pas plainte, a-t-elle annoncé par la voix de son avocat, Me Richard Malka, au Parisien. « Elle souhaite se protéger, ne pas être trop exposée. Elle estime également que ce n'est pas son rôle de demander la condamnation de qui que ce soit judiciairement. »

En revanche, le chauffeur de bus a décidé de porter plainte, jeudi 9 mai, pour « discrimination sur le fondement de l'appartenance, vrai ou supposée, à une religion déterminée » et « dénonciation calomnieuse ». « Mon client n'a aucune pratique religieuse affectant son activité professionnelle », a déclaré à l'AFP Me Samim Bolaky, indiquant que « une dizaine de passagers occupaient le bus au moment des faits, et pourraient très facilement attester de la teneur des propos du conducteur de bus, qui n'a aucunement évoqué l'accoutrement des deux jeunes femmes ».