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Points de vue

Sunnisme : les quatre voies de l'orthodoxie

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Mercredi 23 Avril 2014



Sunnisme : les quatre voies de l'orthodoxie
Des affrontements ethnico-confessionnels ont opposé Arabes malékites et Berbères ibadites à Ghardaïa dans le sud algérien, faisant deux morts les 5 et le 6 février dernier. Si l’ibadisme est un courant ultraminoritaire de l’islam, distinct à la fois du sunnisme et du chiisme, il n’en va pas de même du malékisme, l’une des quatre voies (madhhab) suivies pour interpréter le Coran et la Tradition (Sunna) afin d’en extraire un corpus de lois.

Entre 767 et 855 en effet, naissent au sein du sunnisme, l’orthodoxie musulmane, les quatre écoles théologico-juridiques qui vont constituer les grands courants du droit canon : le hanéfisme, le hanbalisme, le shaféisme et le malékisme.

Des écoles plus libérales que d'autres

Fondée par Abu Hanifa (696-767), le hanéfisme est incontestablement la plus libérale des quatre écoles du droit musulman sunnite. Elle accorde en effet une place particulière à l’avis personnel (ra’y), dans l’interprétation des textes sacrés. De même, pour l’interprétation de la doctrine en général. Le jugement analogique et comparatif (qiyâs) est ici une méthode à laquelle il est aisément fait recours et l’effort d’interprétation est encouragé (ijtihâd), loin, donc, de tout dogmatisme.

En haut de l’échelle de valeurs du hanéfisme, on trouve ainsi le consensus (ijmâ‘) des savants, la justesse de la solution juridique proposée, et l’intérêt général de la Communauté (al-maslaha al-‘âmma). Le hanéfisme fut notamment adopté par les Abbassides (750-1258) et les Aghlabides (800-909). A cette école se rattachent aujourd’hui, essentiellement, les musulmans du monde turc (Turquie, Turkménistan). Mais aussi en Inde, au Pakistan, en Afghanistan et même en Chine.

Le hanbalisme constitue, au contraire, la plus rigoriste des quatre écoles. Fondée par Ahmad Ibn Hanbal (780-855), elle exige un retour constant aux fondements de la doctrine. Elle s’oppose ainsi à l’exercice de la raison (‘aql), rejette la recherche exégétique critique (ijtihâd), comme l’avis personnel du juriste (ra’y). Elle refuse l’innovation (bid‘a) et insiste au contraire sur l’importance de la perpétuation dogmatique (taqlîd) de la coutume. L’un des plus célèbres théologiens hanbalites est Ibn Taymiyya. Il est l’inspirateur au XVIIIe de Muhammad Ibn ‘Abd al-Wahhab, qui a donné son nom au wahhabisme, une doctrine essentiellement présente en Arabie saoudite et au Qatar.

Consensus des savants et jugement personnel

Fondé par un membre de la tribu Quraysh, Muhammad al-Shafi‘i (767-820), le shaféisme prône le retour à la tradition directement issue du Prophète et fait du Coran la première source du droit (usûl al-fiqh). Moins strict que le malékisme et, à plus forte raison, que le hanbalisme, il met l’accent sur le consensus des savants. On le rencontre aujourd’hui de l’Egypte à l’Irak en passant par la Syrie, mais aussi en Afrique noire et en Asie du Sud-Est (Philippines, Thaïlande, Indonésie, Malaisie).

Nommé d’après Malik Ibn Anas (m. 795), le malékisme est l’école du fiqh de Médine, ville dont il recueille le droit coutumier. Le malékisme présente en effet cette particularité de faire une large place aux coutumes locales dans l’élaboration doctrinale. Si, à l’instar du hanéfisme, il préconise l’effort d’adaptation (ijtihâd), il peut sur certains points faire montre de rigorisme. Grâce à l’œuvre de son fondateur, le malékisme a réussi à unir en un tout deux principes fondamentaux du droit musulman : le consensus des savants et le jugement personnel. Il est largement présent au Maghreb (c’est même le seul rite connu au Maroc), en Egypte et en Afrique de l’Ouest.

Première parution de cet article dans Zaman le 19 février 2014.