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Points de vue

Sarcelles: quand des femmes juives se réservent la piscine municipale

VETO! refuse le piège de la discrimination religieuse

Rédigé par Y.Ayari, E. Sana et W.Liman | Mardi 27 Juin 2006

Ces derniers jours, un conseiller régional d’île de France originaire de Sarcelles a sonné une véritable charge contre la tranquillité intercommunautaire dans la ville de Sarcelles. En effet, Rachid Adda, élu régional Ile de France du MRC, soutenu par d’autres membres d’une coalition de tendance nationale républicaine composée de l’UFAL et du PRG, accuse le Maire de Sarcelles de contrevenir aux règles de la laïcité en réservant un créneau horaire de la piscine municipale à une association de femmes juives qui désirent pratiquer la natation sans la présence d’hommes.



Cette même association paie sur fonds propres l'utilisation du bassin en dehors des heures réservées aux clubs et au public, cela avec ses propres maître-nageurs. Si le maire de Sarcelles, F.Pupponi, se défend de toute velléité communautariste, Rachid Adda maintient ses accusations dans la presse allant jusqu’à diviser la gauche sarcelloise en présentant Pupponi comme un adepte du modèle américain.

Sans illusions sur les petites intentions politiciennes sous-jacentes à cette querelle d’ego, nous estimons néanmoins qu’il est opportun de transformer cette polémique en un véritable débat sur l’utilité et la pertinence de la présence du national républicanisme dans nos cités et plus généralement sur le traitement des différentes communautés au sein de la République.

Le national républicanisme : la haine de la différence


Celles et ceux qui ne connaissent pas la vraie nature du MRC fondé par JP Chevènement pourraient être choqués de voir son représentant sarcellois, pourtant classé à gauche, reprendre une campagne naguère menée par un certain Rachid Kaci catalogué à l’extrême droite de l’échiquier politique et tenant d’une ligne extrêmement dure contre tout ce qui a trait aux religions et en particulier l’Islam.

En réalité, l’analyse des registres idéologiques du MRC montre que rien ne permet de le classer à gauche. Qu’il s’agisse de son discours ultra-sécuritaire, des provocations verbales de Jean-Pierre Chevènement à l’encontre des habitants des cités (avant les « racailles » et le « kärcher » de Sarkozy, il parlait déjà des « sauvageons des cités »), de sa haine viscérale des communautés, de la stigmatisation qu’il organise à l’encontre de celles qui n’en peuvent déjà plus de subir l’islamophobie ou la judéophobie et de son bellicisme « laïcard », tout plaide pour ne plus classer ce mouvement à gauche.

A Sarcelles, à Garges comme dans toutes les villes du Val-de-France, les très nombreuses communautés ethniques, culturelles ou religieuses, vivent ensemble en bonne intelligence et en toute tranquillité. Aucune ne demande à être exempte de la laïcité mais chacune aimerait que lui soit appliquée une laïcité juste, c’est-à-dire la neutralité et l’indépendance des institutions de la République vis-à-vis des cultes. Si la République est indépendante et neutre vis à vis des cultes, cela ne signifie pas pour autant qu'elle les ignore. C’est cette vision et cette pratique qui se révèleraient être un formidable outil de gestion de la richesse que représente la diversité ethnique, culturelle et religieuse de nos cités.

Quand la laïcité devient prétexte au viol des consciences


Or il semble que dans la vulgate des nationaux républicains, elle s’apparente à l’anticléricalisme et au mépris de la diversité culturelle. Lorsque cela s’exprime par la confusion entre mixité et laïcité, comme pour cette affaire de piscine de Sarcelles, le MRC prône une ligne qui exclut de fait un nombre important de femmes des activités sportives sauf si elles acceptent de nager dans des conditions opposées à leurs convictions les plus intimes. Ce n’est plus une laïcité à marche forcée mais un véritable viol des consciences qui est organisée à l’encontre des communautés. Est-ce bien ce que l’on doit attendre d’une République qui protège les libertés et les opinions ?

Pis, ce que prônent ce membre du MRC et ses alliés nationaux-républicains, ce n’est ni plus ni moins que de discriminer une association dans l’accès à l’espace et aux infrastructures publiques pour la simple raison qu’elle est de nature religieuse. Selon M. Rachid Ada, il faut retirer l’autorisation octroyée à cette association parce que juive !

Ce parti politique révèle là son vrai visage et la mise à nue de son idéologie montre qu’elle dérive de réflexes somme toutes primaires. Ainsi, cette fameuse doctrine de l’anti-américanisme systématique sert à mieux fustiger les communautés et nourrit finalement les mêmes processus discriminatoires qui aboutissent aussi bien à la judéophobie qu’à l’islamophobie.

La nationalisme-républicain : une idéologie importée qui ne ressemble pas aux cités


Bien évidemment, le simple fait d’évoquer la seule existence des communautés est un véritable blasphème pour bon nombre de Républicains du MRC. Loin de nos banlieues, habitant les beaux quartiers où le respectable communautarisme blanc est légion, l’idéologie qu’ils tentent d’importer dans nos cités ne tient pas compte de la richesse que constitue la diversité culturelle et les rend totalement aveugles aux phénomènes de discriminations ethniques. L’aspect théorique et imaginaire de leur égalitarisme républicain tranche avec la réalité des pratiques quotidiennes de discrimination à l’emploi, au logement et à la formation organisées par nos employeurs nationaux, nos bailleurs sociaux et nos écoles publiques et subies par toute une frange de la population.

Le national-républicanisme relève donc d’une vision de la société qui se trouve non seulement en total décalage avec la réalité de villes comme Garges ou Sarcelles mais qui fait aussi le jeu objectif de tous ceux qui redoutent les différences, que ce soit par racisme ou anticléricalisme, tant il est confortable de se draper dans de beaux principes égalitaristes pour mieux nier la réalité des discriminations que certains se refusent ainsi de combattre.

C’est pour cette raison que l’association Veto ! œuvre quotidiennement pour que les habitants des cités contribuent à construire une dynamique politique totalement neuve et rigoureusement indépendante d’où doivent émerger des cadres politiques et associatifs appartenant véritablement aux cités. La représentation des minorités dans les partis politiques ne doit plus être une collection de faire-valoir qui reproduisent le discours dominant comme cela s’est trop fait au MRC, au PS ou ailleurs. Au contraire, cette nouvelle génération de cadres politiques issus des cités et/ou des minorités qui nous appelons de nos vœux doit travailler pour aider les populations résidentes à récupérer une parole et une image qu’on leur vole depuis trop longtemps pour en faire des punching-ball politiciens.