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Points de vue

Réformons l’école, mais avec méthode

Rédigé par El baillal Soufiane | Jeudi 21 Octobre 2004 à 00:00

           

L’autorité qu’on souhaite rétablir serait-elle la réponse à tous les maux de l’institution scolaire ?
« Et comment ne prouverez-vous que ces mauvais penchants dont vous prétendez le guérir ne lui viennent pas de vos soins mal entendus, bien plus que de la nature ? » (Emile ou l’Education), s’interrogeait déjà Jean-Jacques Rousseau sur les difficultés que chacun rencontre pour l’éducation des enfants.



L’autorité qu’on souhaite rétablir serait-elle la réponse à tous les maux de l’institution scolaire ?

« Et comment ne prouverez-vous que ces mauvais penchants dont vous prétendez le guérir ne lui viennent pas de vos soins mal entendus, bien plus que de la nature ? » (Emile ou l’Education), s’interrogeait déjà Jean-Jacques Rousseau sur les difficultés que chacun rencontre pour l’éducation des enfants.

 

Bref état des lieux

 

Le système scolaire français compte 12,5 millions d’élèves. Malgré les 62,5% d’une classe d’âge qui obtiennent le baccalauréat, l’ascenseur scolaire est arrêté : 60% des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles sont des enfants de cadres. Ainsi, on note un écart de plus en plus conséquent entre certains établissements. En bas de l’échelle, l’enseignement professionnel est souvent une orientation par défaut pour les abandonnées du système.

 

On évoque aussi la réforme Thelot. Cette réforme, une de plus, tourne autour de quelques thèmes : d’une part le recentrage sur les apprentissages fondamentaux, l’introduction du sur-mesure à l’école et l’augmentation du temps de présence des enseignants. Ces aspects constituent les innovations de ce rapport. Des points de continuité tels que la revalorisation de l’enseignement professionnel, le renforcement de la formation des enseignants notamment dans les très contestés Instituts Universitaires de formation des maîtres (IUFM), et enfin l’autonomie des établissements ont été proposés.

La question de l’enseignement supérieur, celle des rythmes scolaire ou encore la qualification n’ont pas été mentionnées dans ce rapport.

 

Une Ecole au service de l’Economie ?

 

Ce projet de réforme a pour but de développer une vision utilitariste de l’éducation. En effet, ce recentrage vers l’apprentissage d’un tronc commun constitue la voie à la marchandisation de l’enseignement. Comment peux-t-on accepter que l’ouverture linguistique se borne à l’apprentissage de l’anglais commercial ? Le risque est d’arriver à une école à deux vitesses, certains élèves se contentant du socle commun et d’autres ayant un accès privilégié à des savoirs diversifiés.

 

Reconnaissons les acquis de l’école publique tout en nous attelant à une réforme de l'intérieur. Aujourd’hui ce qui est dangereux c’est la volonté d’introduire le monde marchand dans la sphère du savoir, nous devons nous lever contre la privatisation de ce service public.

Ce serait un leurre de vouloir créer un « SMIC » du savoir, pendant que le peloton prend de l’avance, il abandonne en cours de route les élèves qui sortent de ce moule, on pense aux lycées professionnels. Est-ce la meilleure façon de promouvoir l’égalité des chances ?

 

La solution serait selon ce projet le recours à l’autorité, à un certain traditionalisme. Concernant les professeurs, il faut reconnaître leurs compétences. Ce qui est à développer serait l’apprentissage d’un vivre ensemble. L’enseignant pourra assoire son autorité à condition qu’il respecte la diversité des élèves. Cette prise de conscience représente la fidélité même de ses engagements. L’enseignement et le savoir transmis à un élève doivent s’accompagner d’un décalage quant à une certaine uniformisation. Cette approche nous oblige à avoir le respect de la distance et de la proximité. « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle » a écrit Kant.

Prenons l’exemple de l’apprentissage de la langue française. Le constat est alarmant : 15% des élèves entrant au collège ont de réelles difficultés de lecture. Le pouvoir du langage se traduit toujours par les écarts qu’il creuse entre les individus comme entre les catégories sociales. L’accès, à certaines positions et à certains savoirs privilégiés dépend du « niveau » de maîtrise de la langue et des formes d’expression qui ne se valent pas.

 

Défis et déficits de l’Ecole publique

 

L’école est un espace de socialisation, d’apprentissage d'une démarche menant à l'esprit critique. Quelle est la fonction de l’école républicaine ? Est-elle une institution qui transmet du sens, des principes ou est-ce seulement former les futurs salariés et producteurs dont la seule vocation serait le rendement et la rentabilité. Derrière ces réformes, c’est un projet de société qu’on tente de nous imposer.

 

Le calife Ali, quatrième calife de l’Islam, disait : « La science a plus de valeur que la richesse, c’est la science qui monte la garde pour te protéger, tandis que c’est toi qui montes pour protéger ta richesse. La richesse diminue quand on la dépense tandis que la science croît quand on la répand. »  Une école est publique dans la mesure où elle est gratuite, émancipe l’individu de certains dogmatismes et libère les élèves de la reproduction d’une culture dominante.

 

Il est temps de remettre à l’ordre du jour l'éducation civique pour faire évoluer les comportements et non l'instruction civique qui ne constitue que la règle établie. On note un manquement de la valorisation de la mémoire de l'enseigné, prenons l’exemple de la période coloniale qui est la plupart du temps évité. Nous devons faire valoir la diversité dans les programmes, la question de la mémoire est fondamentale, l'école n'exploite plus l'échange des cultures. Enfin, un constat sur la discrimination sociale doit être établi pour mener à une véritable égalité des chances.

 

La participation des parents, des acteurs sociaux, des élèves sont autant d’éléments qui permettront d’avoir une politique permettant à tout citoyen de renouer avec le milieu scolaire. L'extra, le para, le soutien scolaire sont à remanier en créant des liens avec l’institution. Avoir pour défis des professeurs impliqués, une politique locale de l'école, cela concourra je l’espère à une Ecole du savoir et du vivre ensemble, une Ecole pour toutes et tous.


Soufiane El Baillal est membre d'une 'Ecole pour tous' à Mantes La jolie





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