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Points de vue

Ramadan, médias et culture de la paix

Rédigé par Mustapha Cherif | Mercredi 4 Juin 2014



Le Ramadan, mois de piété et de jeûne, vise à renforcer la culture de la paix. Il faut réfléchir à ce concept lié au partage et au vivre-ensemble. En premier lieu, en prenant la parole et en expliquant que le musulman vise la paix, intérieure et sociale.

Les médias et les élites assument une part de responsabilité. Les musulmans doivent apprendre à communiquer et à sortir des discours coupés de la réalité. En cernant la question des médias et le contexte, il sera plus aisé de se faire comprendre.

Stratégiquement, dans le monde, les médias, qui étaient le quatrième pouvoir, sont devenus le premier. Souvent de leur action dépend la violence ou la paix. Ils contribuent à diffuser la culture de la paix ou celle de la confrontation. La paix ou l’exclusion dépendent en partie de leur action.

Comment le concept de culture de la paix devient-il réalité ou est remis en cause par les médias ? En d’autres termes, comment transformer les idées que renferme l’expression « culture de la paix » en politiques publiques et en actes individuels des citoyens et des médias ?

La culture de la paix suppose un effort collectif pour modifier les discours, les modes de pensée et d’action afin de promouvoir le vivre-ensemble. Elle signifie comprendre la diversité, transformer les conflits, prévenir les crises et restaurer la paix et la confiance dans les sociétés et entre les peuples. Sa mission s’étend aussi au-delà des situations locales pour toucher tout le monde.

La paix, une revendication mondiale

Tous les peuples aspirent à la paix, mais sa réalisation est conditionnée par de multiples facteurs. Surtout que les relations internationales ne sont pas démocratiques et partout le recul du droit est visible. Édifier une culture de la paix, c’est faire comprendre et respecter le droit au culte, à la laïcité, à la justice, à l’égalité et à la solidarité.

Cela suppose le rejet collectif de l’exclusion, de la violence aveugle et de la haine. Cela implique le dialogue interculturel, les moyens de prendre part au développement de la société et à un ordre juste et fraternel.

Le concept de culture de la paix a pris forme sous l’impulsion d’un mouvement moderne associant des partenaires du système des Nations unies et de l’UNESCO. Les crispations, le populisme, les extrémismes sont des menaces qui pèsent sur la paix. Ils revêtent de nombreuses formes : le non-respect d’autrui, de sa dignité, l’injustice, la pauvreté et l’ignorance.

La culture de la paix est une réponse à ces menaces et à celles de l’hégémonie d’un seul modèle. La doctrine de la culture de la paix vise des solutions qui, par le dialogue, doivent venir de la société elle-même et ne sont pas imposées de l’extérieur.

Les solutions passent en partie par l’intervention des élites et des médias, qui, à tous les niveaux de la société, informent et forment sur des sujets très variés. La coopération entre les médias et les élites dans ces domaines peut apporter la stabilité et l’aide nécessaires à l’obtention de résultats durables.

Les efforts à entreprendre pour fonder une culture de la paix dépassent tel ou tel secteur, mais les médias et l’école jouent un rôle décisif. Les citoyens musulmans ne peuvent que pratiquer l’ijtihad, l’interprétation ouverte des textes sacrés et le renouveau de l’approche, pour progresser et s’adapter. Les médias ne pourront qu’en rendre compte. La culture musulmane doit être comprise par les non-musulmans comme une chance et non point comme une menace.

Action commune

La diffusion de la culture de la paix par les médias semble une utopie, mais elle est possible. Depuis son lancement, à partir de programmes de consolidation de la coexistence, c’est devenu un des grands thèmes de la stratégie de nombre d’organisations depuis des décennies.

Cinq domaines essentiels influent sur la culture de la paix : l’éducation, la communication, la religion, la politique et l’économie. Les médias utilisés par chacun de ces secteurs influent sur les comportements.

Lors des crises, le sensationnalisme est nuisible. Plus un média devient sensationnel, plus il joue un rôle destructeur dans le processus de cohésion sociale. Le risque de manipulation des médias et l’accent mis sur des boucs émissaires existe en période de crise.

Il appartient à tous les citoyens de savoir faire la part des choses pour ne pas se laisser entraîner et ainsi entraîner le monde dans des dérives inacceptables et un traitement émotionnel de l’actualité. Il faut en particulier sortir de la confrontation mythique Orient-Occident, car il y a des orients et des occidents, entremêlés.

Les convergences et les points communs sont plus importants que les divergences. Notre devenir est lié. De plus, des courants d’idées occidentaux et orientaux, spirituels, progressistes et humanistes, défendent les mêmes idéaux. Il faut rechercher l’intérêt commun pour corriger les dérives.

Sortir des logiques d’exclusion

Les médias changent les règles et la nature du champ culturel et politique des pays et les parties en crise ou en conflit ont besoin des médias pour communiquer. Des médias créent parfois une interférence, un pouvoir de nuisance puissant. Ils imposent leur loi à l’opinion publique sans voix.

La réflexion sur le dialogue des cultures et le rôle des médias dans la construction de la paix est une démarche nécessaire. Tout chercheur doit identifier les éléments médiatiques ayant une influence (positive ou négative) sur un processus de cohabitation et de paix.

Les influences négatives comportent de l’ignorance, de la propagande et de l’incitation à la haine. Les influences positives se concentrent sur la médiation, la réconciliation et la mobilisation de l’opinion publique pour le dialogue et l’interconnaissance.

Plus le niveau de consensus des élites politiques et culturelles est important sur la nécessité d’un soutien à un processus de culture de la paix, plus les médias joueront un rôle positif dans la résolution d’une crise.

A l’heure de la montée des extrêmes, la culture de la paix est une responsabilité collective et en premier lieu celle des médias et des élites qui doivent contribuer à former un consensus, par delà la faiblesse des différents acteurs.

Le citoyen de confession musulmane ne peut que s’imprégner de la culture de la paix, du respect de la pluralité et celle du dialogue et de la communication. Ses textes et l’histoire de sa civilisation l’exigent. L’islam signifie « paix ». Jeûner, c’est se mettre en état de paix.

Afin d’éveiller, d’éduquer et de forger des citoyens ouverts et constructifs, aptes à assumer le vivre ensemble, il faut témoigner, dialoguer, s’exprimer pacifiquement, expliquer, débattre, avec hauteur de vue.

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Mustapha Cherif est philosophe, professeur des Universités, lauréat 2013 du prix UNESCO du dialogue des cultures, directeur scientifique du master en Études arabes et islamiques de la UOC, auteur de nombreux ouvrages, dont Le Principe du juste milieu (Éd. Albouraq, 2014).