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Ramadan

Le Ramadan : Témoigner de sa foi

Par Mustapha Cherif*

Rédigé par Mustapha Cherif | Mardi 2 Août 2011



Jeûner est un acte de foi. En ces temps modernes qui se sont construits sur le sentiment areligieux, voire antireligieux, la pratique du jeûne interpelle la société en crise et témoigne que des citoyens ne renoncent pas au sens spirituel de l’existence, tout an assumant leur modernité. La vie exige de témoigner paisiblement ce à que nous croyons. Le musulman sincère n’a pas double visage ni de postures ambigües. Il reste attaché à ses racines et s’ouvre sur le monde. Il témoigne clairement et sait ou doit savoir qu’il a pour devoir de devenir fort, créatif et responsable.

Il doit produire des idées et des richesses pour défendre ses droits et développer la société. Le meilleur être est le plus pieux et en même temps celui qui est utile à l’humanité. Jeûner permet de faire son examen de conscience, de rester lucide, afin de témoigner en toute sérénité. Ainsi, toute attitude passive, fermée, égoïste ou rigoriste n’est pas conforme à l’islam.

Être utile et bénéfique pour son pays et l’humanité est une exigence coranique. La priorité est d’élever la condition humaine et de pratiquer la justice. Il est des actes qui permettent l’esprit critique, de voir clair et de donner du sens à la vie. Jeûner, au sens de s’abstenir momentanément d’actes naturels et de prendre du recul, correspond à cet horizon. Il s’agit non pas de se couper du monde, mais de cultiver le sens de la dignité, de prendre du recul et de donner une signification profonde à la vie.

Le jeûne durant le mois de Ramadan est un des cinq piliers de l’islam. C’est le pilier le plus pratiqué. Il implique une abstention et une relation secrète, intime et profonde avec ce qui définit l’humain, le cœur, l’âme, l’intime conviction, la raison en lien avec la foi. Être musulman, c’est connaître que la vie nécessite des repères, des valeurs et une éthique. Nous ne pouvons pas nous comporter de n’importe quelle manière. S’abstenir, un temps, sur le plan physique, de manger, de boire, et de toute relation qui satisfait le corps et les désirs, de l’aube au coucher du soleil, est une forme de rupture avec ce qui entrave notre vue. Jeûner est une forme de libération réfléchie.

Sur le plan moral, il s’agit de s’abstenir de mauvaises pensées ou de postures qui réduisent nos qualités. Le point le plus saillant à rappeler à tous réside dans le fait que jeûner n’a pas pour but de devenir inactif, improductif ni stérile. Jeûner vise à se régénérer pour pouvoir participer pleinement à la vie de la Cité, en s’attachant au sens paisible et profond et non point à la superficialité et aux apparences.

Le but est de se souvenir de l’essentiel, l’origine et le devenir de l’existence, se maîtriser pour devenir pleinement humain, vivre un état d’intériorité spirituel, plus que les autres périodes de l’année. Un bel acte de foi et d’humanisme. Ceux qui ne le pratiquent pas, sauf pour raison de santé, sont en flagrante situation d’ignorance et de désobéissance. Mais nul ne peut jeter la pierre. Eduquer, expliquer, tolérer le droit à la différence est le chemin de la sagesse. Dieu guide à Sa lumière qui Il veut. Jeûner, c’est partager avec les autres un état d’esprit qui dépasse le matériel. Le Ramadan est le mois de la communauté, du bien commun, dit un hadith du Prophète.

Il s’agit de faire halte un mois, ensemble, pour fraterniser, s’élever et prendre du recul par rapport au vertige de la vie mondaine et terrestre. Il s’agit de se souvenir de l’origine de la vie et du temps béni de la descente du Coran durant ce noble mois. Jeûner pour se souvenir d’autrui, des pauvres et des déshérités. S’élever, apprendre le dépassement de soi et faire le bien est favorisé par l’acte de jeûner. Jeûner durant le mois de Ramadhan, avec la prière, c’est l’acte religieux par excellence, l’acte de confiance, qui lie le croyant à son Créateur, de manière particulière.

Jeûner, c’est s’affirmer comme humain qui donne du sens à l’existence. Il est aussi un acte culturel, car il produit des pratiques et des traditions sociales et culturelles de partage, de communion et d’entraide. Le jeûne, durant le mois de Ramadan, est un acte de témoignage spirituel relatif au fait que l’on croit et que l’on atteste que la vie sur Terre est éphémère et la vraie vie est celle de l’au-delà. Ni refuser le monde ici-bas, ni s’y noyer et s’y perdre, mais se préparer à l’autre monde en honorant la vie. C’est un droit humain.

Le musulman, qualité qui signifie celui qui se remet à Dieu en confiance, pratique ce jeûne conformément à sa foi et à la prescription claire et limpide du Coran, pour faire acte de piété. Sans l’ombre d’un doute, c’est une pratique religieuse majeure. Et non un point facultatif dont on peut se passer. Même les plus grands mystiques ou les esprits croyants les plus libres ne l’ont jamais ignoré. Les Prophètes, d’Adam à Jésus, en passant par le patriarche sidna Ibrahim, tout comme évidemment le Sceau des Prophètes, tous ont pratiqué le jeûne. Sans oublier les sages des cultures religieuses du monde non monothéistes. Les personnes qui s’imaginent s’en passer tout en restant musulmans sont en contradiction avec l’esprit et la lettre de la religion.

Jeûne consiste aussi à se mettre en dialogue avec soi-même et les autres, afin d’apprendre à vivre ensemble. Pour dialoguer, il faut apprendre à écouter, à donner et à recevoir. Le désir et la volonté sincère de partager avec l’autre, sans rien lui imposer, ce que l’on croit être vrai, juste et beau s’affirment. Dialoguer, pour savoir d’où l’on vient soi-même. Avoir à la fois la conscience et la fierté d’être ce que notre foi, notre parcours, notre histoire et notre terre ont fait de nous.

Ceux qui méprisent la religion ou l’autre différent, sans mémoire, déracinés, sans repères, auront des difficultés à dialoguer. On doit avoir la passion de l’étonnement, du questionnement, de son identité et l’humilité de se laisser transformer, de recevoir, de rester fidèle aux principes cardinaux de sa foi et de sa religion. Une identité est la synthèse de valeurs multiples et évolutives. Une conjugaison entre les sources pérennes et les données évolutives. Dialoguer, c’est reconnaître, sans syncrétisme, ni relativisme, que l’autre a une part de vérité et que nul n’est monolithique. On ne dialogue pas pour convertir par la ruse ou la force l’autre différent, ni prétendre lui faire la leçon.

Vivre humainement, c’est témoigner à la fois fièrement et humblement de la vérité auquel nous croyons, sans prétendre détenir le monopole de la vérité. Aider l’autre à me comprendre et m’ouvrir à d’autres angles de vue pour le comprendre. Un dialogue n’est pas seulement un face-à-face entre deux étrangers, deux adversaires ou deux êtres différents, il est aussi un dialogue avec soi-même. J’ai besoin de l’autre pour avancer, rester vigilant et garder l’horizon ouvert. Il y va de l’avenir de tous. Jeûner, c’est affirmer sereinement sa foi, sans exclure la nécessité du dialogue pour que l’autre me comprenne et respecte la différence.

Il n’est pas aisé de jeûner dans une société majoritairement non croyante ou non musulmane, mais cela peut être stimulant, d'autant que la sécularité et des valeurs communes lient tous les citoyens, croyants et non-croyants. Il est légitime d’expliquer à tous que c’est dans la tolérance et le respect que chacun doit évoluer et que la vie commune doit se passer dans le respect d'autrui différent. Les délires de certains, sous prétexte de modernisation et de libéralisation, qui souhaitent mettre fin à ce pilier de la foi, ils ne ridiculisent qu’eux-mêmes. Tout comme sont en porte-à-faux ceux qui jeûnent de manière mimétique et superficielle avec un esprit d’énervement et de fermeture sur soi.

La lumière de la foi si haute et si profonde se moque des dérives et agitations. Jeûner est un chemin de l’élévation sereine. Le musulman, témoin incorruptible d’un sens de la vie équilibré, civilisé et ouvert, ne peut que rester sociable, serein et confiant. Dans un monde en manque de civilisation, il contribue à recréer du lien social, à valoriser les valeurs de l’esprit et à reposer des questions essentielles. Il reste un avenir.



* Mustapha Cherif est philosophe, professeur des universités et auteur d’ouvrages sur le vivre-ensemble et le dialogue des cultures.
www.mustapha-cherif.net





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