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Points de vue

Quelle est la place du Maghreb dans les programmes d’histoire-géographie en France ?

Rédigé par Mehdi Benchabane | Mercredi 30 Septembre 2015



Transfert des troupes coloniales en gare de Carcassonne, photographie 1916. (Photo : © Archives départementales de l’Aube)
Transfert des troupes coloniales en gare de Carcassonne, photographie 1916. (Photo : © Archives départementales de l’Aube)
La France est marquée par des liens historiques très forts avec l'Afrique du Nord, à travers la colonisation puis l'immigration. Les programmes d'histoire-géographie du secondaire ont pris en compte ces éléments de la mémoire collective. Cette dynamique est, par exemple, illustrée avec l'arrivée de Benjamin Stora, historien de l'Algérie contemporaine, au poste d'inspecteur général en 2013. Qu'en est-il concrètement ?

Aujourd'hui, le Maghreb est présent dans les programmes de 5e, 3e, de Première et de Terminale. En 5e, un pays maghrébin au choix est étudié avec les élèves à travers l'exemple de la question de l'eau comme l'évoquent les programmes (source : eduscol) :

« Un pays du Maghreb.

Dans un pays du Maghreb, une autre échelle peut être proposée, plus locale : celle de Marrakech, par exemple, permet de mettre en évidence les besoins en eau d’une agglomération, avec tous les conflits d’usage que cela implique (besoins domestiques, agricoles, touristiques, industriels). Différentes réponses sont mises en œuvre : réalisation de barrages, nouvelles techniques d’irrigation, économie d’eau… Dans la région de Marrakech, les besoins sont exacerbés par l’arrivée de grands investissements touristiques. La difficulté pour les nombreux acteurs à avoir une action coordonnée explique les coupures fréquentes en eau que connaît la ville. »

Carte des ressources en eau de la Tunisie, Manuel d'Histoire-Géographie Nathan, 1997.
Carte des ressources en eau de la Tunisie, Manuel d'Histoire-Géographie Nathan, 1997.
En 3e et en Première, les élèves étudient le Maghreb à travers les processus de colonisation, d'une part, et de décolonisation, d'autre part. Une entrée générale est faite sur les colonies d'Afrique du Nord. La guerre d'Algérie y occupe une place importante en raison de sa place dans le passé contemporain de la France, un chapitre lui est spécialement consacrée. En 3e, il s'agit de voir la lutte indépendantiste du pays mais aussi le développement de l'Etat par la suite sur le plan économique (pour le cas de l'Algérie, la question pétrolière, le socialisme...).

En Première (ES-S), un chapitre s'intéresse à la guerre d'Algérie sous un autre angle, il s'agit d'observer les grandes caractéristiques du conflit et surtout sa complexité (Algériens, Pieds noirs, Harkis), ainsi que son impact sur la vie politique française (chute de la IVe République).

En Terminale, les élèves s'interrogent sur la mémoire de la guerre d'Algérie et l'historien, c'est-à-dire sur la manière dont l'histoire du conflit s'empare de la pluralité des mémoires dans la société française. En ce sens, on s'interroge autant sur l'Histoire que sur l'historiographie, touchant au vécu de milliers de citoyens français.

Notons aussi la présence de l'histoire de l'immigration en classe de première où l'immigration maghrébine occupe une place parmi les différentes migrations (belge, polonaise, italienne, espagnole...).

Les programmes d'histoire-géographie permettent donc de comprendre l'apport du Maghreb dans l'Histoire nationale française et prennent en compte la réalité de notre société.

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Mehdi Benchabane, professeur d’histoire-géographie, est notamment l’auteur de L’Émir Abdelkader face à la conquête française de l’Algérie (1832-1847), Edilivre, 2014. Il anime la page Facebook Histoire du Maghreb contemporain.