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Monde

Benjamin Stora : « France-Algérie : regarder le passé à condition d’affronter les défis du futur »

Rédigé par Abdel Aitjdid | Jeudi 20 Décembre 2012

En pleines célébrations du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie, François Hollande entame cette semaine son premier voyage à Alger. Co-commissaire de l’exposition « Vies d’exil »* à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, l’historien Benjamin Stora fait le point sur un an de commémorations mémorielles.



Benjamin Stora : « France-Algérie : regarder le passé à condition d’affronter les défis du futur »

Benjamin Stora : « France-Algérie : regarder le passé à condition d’affronter les défis du futur »

Quel bilan faites-vous de cette année commémorative sur la guerre d’Algérie ?

Benjamin Stora : Sur le plan de la production éditoriale, d’abord, il y a eu en France près de 200 ouvrages qui ont été publiés sur la guerre d’Algérie. Des témoignages, des autobiographies, des manuels d’histoire, ce qui est considérable pour une seule année.
Sur le plan documentaire, il y a eu une dizaine de documentaires qui ont été diffusés, parfois en prime-time avec des succès d’audience, ce qui témoigne d’un intérêt fort pour cette histoire.
Enfin, des expositions ont eu lieu dans des établissements nationaux : au musée de l’Armée, au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme et puis à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.
N’oublions pas aussi que cette commémoration a donné lieu à des affrontements mémoriels comme l’exposition sur Albert Camus ou les controverses autour du général Bigeard.
C’est une année marquée à la fois par un foisonnement éditorial et par des polémiques.

Pourquoi, dans cette production scientifique, le viol des femmes et le napalm sont restés des sujets tabous ?

Benjamin Stora : Il y a toujours des questions nouvelles en histoire. Les articles qui ont été faits sur le viol des femmes pendant la guerre d’Algérie sont insuffisants ; de même, les exactions commises par l’armée française sont des chantiers à développer. Néanmoins, il est préférable de parler de ce qui avance du point de vue de la connaissance que de dire « il ne se passe rien ».
Certains ont parlé d’une commémoration fantôme. Avec des centaines d’ouvrages, des dizaines de documentaires et des expositions, cela est exagéré.
Maintenant, il faut, du côté algérien, aborder cette question, car il y a eu peu de documentaires sur cette histoire.
Benjamin Stora : « France-Algérie : regarder le passé à condition d’affronter les défis du futur »

Dans la réconciliation franco-allemande, on retient l’image de Mitterrand prenant la main de Kohl. Faut-il une image de ce type pour qu’il y ait enfin réconciliation entre la France et l’Algérie ?

Benjamin Stora : C’est vrai. On retient souvent la force des images d’un personnel politique qui s’agenouille ou se prend la main, beaucoup plus que les mots, les récits ou les livres. Effectivement, il faut qu’il y ait un projet sur la puissance d’une image et sur sa possibilité. Mais la multiplication des gestes, des actes et des discours doit permettre cette réconciliation. Il faut regarder ce passé en prenant à bras-le-corps le présent, parce qu’il y a des choses à faire aujourd’hui en Méditerranée, que ce soit sur les questions économiques, d’immigration ou culturelles.
Donc, regarder le passé à condition d’affronter les défis du futur.


L'exposition « Vies d’exil. Des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie », dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, est à voir jusqu’au 19 mai 2013, à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (293, avenue Daumesnil - 75012 Paris - histoire-immigration.fr.







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