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Monde

#PrayforAmazonia : pourquoi il faut s’inquiéter de l’état de l’Amazonie, en proie aux flammes

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 22 Août 2019

De gigantesques incendies ravagent la forêt amazonienne, générant les inquiétudes des défenseurs de l'environnement et des populations indigènes. Et pour cause : cette région, communément présentée comme le poumon de la Terre, est le foyer d'une biodiversité à la quantité inégalée dans le monde. Explications.



#PrayforAmazonia : pourquoi il faut s’inquiéter de l’état de l’Amazonie, en proie aux flammes
Depuis le début du mois de juillet 2019, les flammes dévorent la forêt amazonienne. Les incendies auraient encore pu passer sous silence en Europe si la métropole de Sao Paulo, située à plus de 2 700 km des zones les plus touchées, n’aurait pas été plongée dans le noir le 19 août, en pleine journée, en raison d’une épaisse couche de fumée.

Tandis que le Brésil, pays qui abrite la majeure partie de l'Amazonie, semble prendre la situation à la légère sous l'ère du climato-sceptique notoire Jair Bolsonaro, les incendies et leurs conséquences irrémédiables sur la biodiversité locale mettent les défenseurs de l'environnement locaux et internationaux en émoi. Ils appellent depuis mercredi 21 août à une prise en charge rapide de la situation via le hashtag #PrayforAmazonia, qui circule massivement sur Twitter.

La faute à la déforestation massive

Selon l’Institut national de la recherche spatiale (INPE), l'organisme public brésilien chargé de suivre l’évolution de la déforestation amazonienne, 72 843 départs de feu ont été comptabilisés entre le mois de janvier et d'août 2019. L'INPE, qui dispose d'images satellites actualisées en temps réel pour faire un point précis de la situation, enregistre ainsi une hausse dramatique de 83 % comparée à 2018 durant laquelle 39 759 départs de feu ont été recensés sur toute l’année.

« Ce à quoi nous assistons est la conséquence de l’augmentation de la déforestation révélée par les chiffres récents », a déclaré à l’AFP Ricardo Mello, ancien président du programme Amazonie du Fonds mondial pour la nature - Brésil. L’INPE a effectivement annoncé une hausse de 278 % des surfaces brûlées. Plus de 2 200 km² de forêt sont partis en fumée au mois de juillet, contre 739 km² en mai. Des feux favorisés par les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage ou pour nettoyer des zones déjà déforestées, généralement pendant la saison sèche qui dure entre mai et septembre.

Jair Bolsonaro sous les feux des critiques

Face à ces événements, Jair Bolsonaro, qui a toujours vu d’un très mauvais œil les politiques de protection environnementale, a choisi d'accuser ouvertement les ONG d’avoir volontairement mis le feu à l'Amazonie dans le but d'attaquer sa personne. Il a limogé, début août, Ricardo Galvao, directeur de l'INPE, coupable, selon le président, d’avoir exagéré sur l'ampleur de la déforestation afin de faire le jeu des ONG et de nuire à l’image du Brésil.

#PrayforAmazonia : pourquoi il faut s’inquiéter de l’état de l’Amazonie, en proie aux flammes
« Il pourrait s’agir, oui, il pourrait, mais je ne l’affirme pas, d’actions criminelles de ces "ONGéistes" pour attirer l’attention contre ma personne, contre le gouvernement brésilien. C’est la guerre à laquelle nous sommes confrontés », a déclaré Jair Bolsonaro devant des journalistes, n'hésitant pas à dire que ce serait la baisse de subventions accordées aux ONG qui poussent ces dernières à attaquer la position brésilienne. « Elles recevaient 40 % des subventions de l’étranger. Elles ne les ont plus. On a aussi mis fin aux subventions publiques », a-t-il évoqué. « Même vous ne pourriez pas aller filmer dans tous les lieux où cela brûle, et envoyer (les vidéos) à l’étranger. Parce que tout indique qu’ils sont allés là-bas pour filmer des incendies. »

Pour le ministre brésilien de l’Environnement, Ricardo Salles, « le nuage qui a recouvert Sao Paulo est un phénomène déjà constaté en 2010 et 2017 ». Il a tout de même assuré « le gouvernement a mobilisé tous les effectifs de secouristes et tous les avions qui sont désormais à pied d’œuvre avec les gouvernements régionaux » pour mettre fin au feu ravageant l'Amazonie.*

Accusant le gouvernement brésilien d'extrême droite d'accentuer la déforestation de l'Amazonie, la Norvège et l’Allemagne, les deux principaux contributeurs du Fonds visant à financer la préservation de la forêt, ont récemment annoncé la suspension de leurs subventions (65 millions d'euros au total).

La protection de l’Amazonie, un enjeu mondial

Étendue sur près de 7 millions de km² répartis sur neuf pays d'Amérique du Sud, la forêt amazonienne couvre 5 % de la surface de la Terre. Elle concentre, selon WWF, le Fonds mondial pour la nature, entre 50 % et 70 % de la population animale et végétale du monde. Une biodiversité unique au monde riche de 40 000 espèces de végétaux, 3 000 espèces de poissons et plus de 1 290 espèces d'oiseaux. S'ajoutent aussi, entre autres, plus de 420 espèces de mammifères, 420 d'amphibiens et 370 de reptiles.

Agissant comme un immense puits de carbone, l'Amazonie, communément appelée « le poumon vert de la planète », contribue à la stabilisation du climat mondial que la déforestation met gravement à mal, rappelle l'ONG GreenPeace. En outre, l’Amazone, le fleuve qui traverse la jungle, est à l'origine du 1/5 d’eau douce mondiale.

Par ailleurs, la jungle amazonienne abrite des centaines de milliers de personnes membres de peuples autochtones dont la survie en matière d’habitat, de nourriture et de soins dépend de la survivance de la faune et de la flore. Un immense patrimoine écologique en danger dont la situation doit alerter l'ensemble de la planète.

Mise à jour : président brésilien Jair Bolsonaro a autorisé par décret, vendredi 23 août, le déploiement de l'armée pour lutter contre les incendies en Amazonie.

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