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Sur le vif

Mobilisation pour Yacine Zahraoui, ex-cheminot de la SNCF discriminé

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Vendredi 13 Juin 2014



Yacine Zahraoui
Yacine Zahraoui
Une nouvelle fois, la SNCF est accusée de faits de discrimination. Yacine Zahraoui, un jeune homme de 24 ans, demande sa réintégration au sein de l’entreprise publique suite à son licenciement intervenu le 22 décembre 2012, après s'être plaint à plusieurs reprises d’être victime de harcèlements de la part de ses collègues.

Soutenu par le Collectif Droit à la différence regroupant des salariés de la SNCF victimes de discrimination, une mobilisation en sa faveur est prévue samedi 14 juin, rue Duras, face au palais de l'Élysée, où le jeune homme sans domicile fixe s’est installé depuis le 12 mai dernier. Ce jour là, excédé ne pas être entendu, Yacine décidait d’interpeller le sommet de l’Etat en entamant une grève de la faim. Elle durera 21 jours.

Une fin de carrière brutale

Pourtant ses débuts à la SNCF avaient bien démarré. Le jeune homme intègre l’entreprise dans le cadre d’un contrat d’apprentissage de deux ans entre septembre 2009 et août 2011. L’apprenti originaire de Creil (OIse) est affecté non loin de chez lui à Compiègne. Tout s’y passe « très bien », nous raconte-t-il. Après son bac pro, il est naturellement embauché en septembre 2011. Il est affecté à Amiens en tant que technicien de maintenance.

C’est là que les ennuis commencent pour le jeune homme. Il déclare subir un « harcèlement moral » et « des moqueries sur ses origines ethniques ». Il n’hésite pas à se plaindre auprès de sa hiérarchie mais n’obtient aucun soutien de la part de ses supérieurs. A ce moment, le délégué syndical de Force Ouvrière (FO) le soutient dans sa démarche et fait remonter ses plaintes au directeur de l’établissement. Mais la direction ne veut pas le prendre au sérieux et il est licencié en décembre 2012. La SNCF explique « qu’il n’a pas fait ses preuves » pour justifier son licenciement. « Alors pourquoi m’avoir embauché après deux ans d’alternance ? », s’étonne Yacine.

Un rapport du Défenseur des droits contre la SNCF

Il en veut à sa hiérarchie de ne pas avoir reconnu qu’il avait été victime de harcèlement et de discrimination. En novembre 2013, un rapport du Défenseur des droits qu’il avait saisi note pourtant dans ses conclusions qu’il y a eu un « manquement de sécurité de résultat à (son) égard ». Durant l’enquête menée par l’institution à l’époque incarnée par Dominique Baudis, des employés ont même reconnus lui avoir infligé des atteintes physiques, assure Yacine.

Mais lui qui demande sa réintégration n’obtiendra rien malgré ce document. Il décide alors d’écrire à Guillaume Pépy, le président de la SNCF. Ce dernier lui répond qu’ « aucune discrimination, harcèlement moral, harcèlement sexuel ne peut être reproché » à la SNCF. A la rue depuis janvier 2014 car sa famille lui reproche d’avoir perdu son emploi, Yacine survit en travaillant en intérim. Il décide de s’en remettre au président de la République en lui écrivant une lettre le 28 avril dernier dans laquelle il demande sa réintégration. Le cabinet du président le renvoie alors vers le ministère des Transports, où il a été reçu avec le porte-parole du Collectif Droit à la différence, mouvement qu’il a rejoint dès son licenciement. Le ministère le renvoie à son tour vers la SNCF qui indique laisser le soin à l’Elysée de s’exprimer sur son cas.

Installé aux abords du palais présidentiel depuis mai, c’est là qu’il entame une grève de la faim. Mais l’Elysée ne réagit toujours pas à la demande du jeune homme. Aujourd’hui, pour sa santé, Yacine a mis fin à sa grève de la faim qu’il a remplacé par un jeûne.

Des soutiens pour Yacine Zahraoui

Début juin, plusieurs élus de la municipalité de Creil et Amadou Ka, le président de l’association des Indivisibles s’étaient montrés à ses côtés. Dans une vidéo diffusée par l’Union de la Sagesse Populaire (USP) qui soutient le Collectif Droit à la différence, le 10 juin, Nasser Ferradji, premier secrétaire de la section PS de Noisy-le-Sec, appelle François Hollande à trancher en faveur de Yacine Zahraoui. Il est « nourri du même courage que Rosa Parks », une grande figure de la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis, estime M. Ferradji.

L’ex-cheminot est déterminé à se battre pour sa réintégration. Il souhaite toutefois changer de poste au sein de l’entreprise publique. Il demande également « la réparation du préjudice » de son licenciement. Samedi 14 juin à 12h, il espère attirer un maximum de soutiens autour de lui.

En février 2014, il comparaissait devant les prud’hommes qu’il a saisi. Le jeune homme regrette de s’être retrouvé seul, le nouveau délégué FO ne l’ayant pas soutenu. Le procès a finalement été reporté en janvier 2015. Cette affaire judiciaire s’ajoute à plusieurs cas de discriminations auxquelles doit faire face la SNCF contre qui bataillent notamment 805 cheminots marocains en exercice ou à la retraite.

La SNCF n'a pas pu être jointe par Saphirnews pour le moment.