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Monde

Midterms 2026 : la vague démocrate au Sénat, la revanche d'Abdul El-Sayed sur Donald Trump

Rédigé par | Mercredi 4 Novembre 2026

           

Les démocrates reprennent les deux chambres du Congrès et infligent à Donald Trump un sévère désaveu à mi-mandat. Dans le Michigan, Abdul El-Sayed, fils d’immigrés égyptiens que le président qualifiait de « jihadiste », devient le premier musulman élu au Sénat des États-Unis.



Midterms 2026 : la vague démocrate au Sénat, la revanche d'Abdul El-Sayed sur Donald Trump
Une vague bleue jusqu’en terre rouge. La soirée du mardi 3 novembre a viré au cauchemar pour le camp républicain. Peu après 23h30 (heure de Washington), les grandes chaînes américaines ont projeté la bascule du Sénat. Les démocrates effacent l’avantage républicain de 54 sièges contre 44 et franchissent la barre des 51 sièges, synonyme de majorité absolue.

Les victoires sont tombées dans des États longtemps imprenables. Dans le Maine, l’indéboulonnable Susan Collins, en poste depuis 1997, est battue. Roy Cooper l’emporte en Caroline du Nord, James Talarico au Texas, Annie Andrews en Caroline du Sud. Au Kansas, Adam Hamilton devient le premier démocrate élu sénateur depuis 1932.

À la Chambre des représentants, la victoire est tout aussi nette : les démocrates pourraient y détenir leur plus large majorité depuis près de vingt ans. Mais c’est du Michigan qu’est venue l’une des images les plus fortes de la nuit.

La victoire symbolique d'Abdul El-Sayed

« Michigan, nous l’avons fait », a lancé Abdul El-Sayed à ses partisans au cours de la nuit. L’Associated Press lui accorde 51,9 % des voix, contre 46,1 % au républicain Mike Rogers, ancien élu de la Chambre adoubé par Donald Trump.

Rien ne prédestinait pourtant ce médecin à siéger au Sénat. Fils d’immigrés égyptiens, épidémiologiste passé par l’université Columbia, il a dirigé le département de santé de Detroit, puis les services de santé du comté de Wayne. Il n’a jamais exercé le moindre mandat électif.

Sa première tentative politique s’est soldée par un échec cuisant. En 2018, déjà soutenu par Bernie Sanders, il perd de plus de dix points la primaire pour le poste de gouverneur face à Gretchen Whitmer. Sept ans plus tard, le retrait du sénateur démocrate Gary Peters lui offre une nouvelle chance. Il se lance au printemps 2025 avec un message simple : dans le pays le plus riche du monde, il ne devrait pas être aussi difficile de joindre les deux bouts.

L’aile gauche contre l’appareil

Sa candidature est d’abord celle de la gauche du parti. Bernie Sanders le soutient dès son entrée en campagne, Alexandria Ocasio-Cortez sillonne le Michigan à ses côtés, et le puissant syndicat de l’automobile UAW se range derrière lui. Son programme : une assurance santé universelle, une bien meilleure distribution des richesses à travers notamment la taxation des ultra-riches et une critique frontale de la politique israélienne. Des mesures qui rappellent celles promues par le maire de New York, Zohran Mamdani depuis sa victoire fin 2025.

Face à lui, l’establishment démocrate mise sur la représentante Haley Stevens, soutenue par Chuck Schumer, Gary Peters et la gouverneure Whitmer. L’AIPAC, le principal lobby pro-israélien, dépense près de 30 millions de dollars contre lui, son plus gros investissement sur une seule course. La primaire du 4 août attire près de 60 millions de dollars de dépenses extérieures.

Après le retrait de la sénatrice d’État Mallory McMorrow en juillet, Abdul El-Sayed l’emporte d’un souffle : 48,5 % contre 47,5 %. L’appareil se rallie, non sans réticences. Sa campagne n’a pas été exempte de polémiques, notamment sa participation à un meeting avec le streamer controversé Hasan Piker et ses propos sur la mort du guide suprême iranien.

L’élu qui incarne tout ce que Donald Trump déteste

Musulman, fils d’immigrés, progressiste assumé, défenseur d’une santé publique que l’administration Trump a taillée en pièces, opposant à la guerre en Iran et pourfendeur des milliardaires : Abdul El-Sayed, 42 and, coche toutes les cases de ce que le président abhorre. Dès sa victoire à la primaire, Donald Trump le qualifie sur Truth Social de « loser communiste qui déteste les juifs et Israël ».

Les attaques prennent ensuite un tour ouvertement islamophobe. Le 25 octobre, en meeting à Port Huron, le président le traite de « jihadiste » et l’associe sans la moindre preuve aux Frères musulmans. Il ironise sur un sénateur qui devrait passer au détecteur de métaux pour entrer au Capitole. Il va jusqu’à comparer le combat contre lui à celui des passagers du vol United 93 le 11 septembre 2001, et déforme régulièrement son prénom en « Mohammed ». Même le fondateur du groupe Arab Americans for Trump a dénoncé ces propos.

Abdul El-Sayed a jugé « honteuses » ces attaques contre sa loyauté à l'égard des États-Unis. Le soir même, à Grand Rapids, il a retourné la moquerie : peu lui importe comment Donald Trump prononce son nom, puisqu’il pourra bientôt l’appeler « sénateur ». Et de conclure : « Je serai le sénateur Muhammad pour toi, mon pote. » Le soir de sa victoire, il s’est présenté sous son nom complet, Abdulrahman Mohamed El-Sayed, rappelant que son nom et sa foi n’étaient pas la raison pour laquelle les Américains peinent à payer leur essence.

Une victoire à triple portée

La portée de la victoire est d’abord historique : jamais un musulman n’avait siégé au Sénat américain. Elle est aussi électorale. Le Michigan, que Donald Trump avait remporté en 2024, est l’un des États pivots les plus disputés du pays, et ce siège était jugé décisif dans la bataille pour le contrôle de la chambre haute.

Elle est enfin politique. En faisant de l’élection un référendum sur le président américain en exercice, Abdul El-Sayed a prouvé que la stratégie de la peur ne suffisait plus dans un État où Donald Trump ne recueille qu’environ 35 % d’opinions favorables. Pour l’aile gauche démocrate, c’est un argument de poids avant la présidentielle de 2028 : son programme peut gagner, même en terrain disputé.

Donald Trump paie l’addition

Le locataire de la Maison Blanche a vite pris ses distances avec la débâcle. Sur les réseaux sociaux, il a assuré qu’il n’était pas sur le bulletin de vote, et que sinon les républicains l’auraient emporté haut la main. Les électeurs semblent pourtant avoir voté contre lui : la cherté de la vie, la guerre en Iran et les soupçons de corruption ont dominé le scrutin.

Les conséquences sont considérables. Maître du Sénat, le camp démocrate pourra bloquer les nominations présidentielles, dont celles de juges fédéraux, et un éventuel candidat à la Cour suprême. Les commissions du Congrès retrouvent leur pouvoir d’assignation et un levier sur le budget fédéral. Le veto présidentiel et la règle des 60 voix au Sénat pour adopter un texte législatif limiteront toutefois la capacité des démocrates à légiférer seuls. Pour Donald Trump, les deux dernières années de mandat s’annoncent bien compliqués.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur