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Points de vue

Masculin, le genre délaissé de la communauté

Rédigé par Fatima Adamou | Samedi 14 Juin 2014



La fête des pères, le 15 juin, est probablement l’unique occasion de parler de l’homme en tant que personne. Dans toutes sociétés, son statut, sa place ont changé, de même que son image, que ce soit au sein du foyer ou dans son lieu de travail.

Bien entendu, l’homme musulman n’est pas épargné par ces bouleversements. Mais les similitudes s’arrêtent là. En effet, des articles ne lui sont pas consacrés. Il existe peu de livres consacrés à la façon dont l’être masculin vit sa spiritualité, concernant ses attentes. Rares sont les sites Internet qui lui sont spécifiquement voués pour décrypter sa tenue vestimentaire, ses devoirs, son nouveau rôle au sein de la famille…

À l’homme musulman on ne demande rien si ce n’est d’avoir le contrôle sur sa famille, de représenter l’autorité.

Aussi l’homme musulman, c’est l’homme parfait sans problèmes, sans aucun état d’âme, lequel n’a besoin d’explication sur aucun sujet, il « maîtrise » ! Malgré cela, il a du mal à saisir les revendications des femmes, la place qu’elles entendent désormais occuper. Cela semble à certains d’entre eux comme une innovation en désaccord avec l’islam.

Mais peut-on le leur reprocher ? Comme aux petites musulmanes, on les instruit sur les grandes figures féminines de l’époque du Prophète Muhammad [PSL]. Cela se limite trop souvent à la narration de leur rôle d’infirmière sur les champs de bataille, par exemple, ou à la description de leur grande habilité à transmettre les détails de la vie du Prophète comme son épouse Aisha.

Sans doute, les revendications des musulmanes n’effraieraient pas si l’on mettait l’accent sur la brillante carrière de Khadija, première épouse du Prophète, une femme d’affaires et philanthrope renommée, ayant eu de nombreux employés et conseillers à son service ; si l’on évoquait Aisha en tant que femme politique, chef d’armée et grande juriste.

Aux hommes on peut reprocher également leur manque de considération pour la gent féminine, un mépris exacerbé pour certains d’entre eux lorsque la femme n’est pas identifiée comme étant musulmane. On critiquera d’autres pour leur allergie à l’égalité hommes-femmes.

La contradiction est que l’on attend des hommes musulmans qu’ils soutiennent les femmes et leurs revendications, qu’ils les respectent toutes quelles que soient leurs ethnies, leurs religions, qu’ils soient en somme à l’image du Prophète Muhammed. Seulement trop peu est mis en place pour s’assurer que les garçons, les adolescents développent une image positive du sexe opposé.

Le manque d’intérêt. Voilà ce qui définit l’éducation de la gent masculine musulmane au sein la communauté comme en témoignent les rares ouvrages et sites Internet s’adressant aux petits garçons, aux adolescents et aux jeunes hommes, contrairement à ce que l’on enseigne aux jeunes filles en matière de bons comportements, de bonnes manières, de pudeur, voire de rôles sociaux à tenir... Entre la naissance du petit garçon et l’âge adulte, c’est le vide.

Par ce vide, le mythe de l’homme musulman parfait sans émotions, sans difficultés, sans conflits spirituels, sans remises en question subsiste ou bien alors il est le signe de la carte blanche jusqu’à sa maturité.

L’on observe parfois avec dédain les jeunes hommes dans d’autres communautés se débattre avec leur sexualité, leurs relations avec le sexe opposé, les abus dont ils sont victimes, les problèmes liés à la drogue, à l’alcool, sans vouloir admettre que ces problèmes affectent également les jeunes garçons et jeunes hommes musulmans. Proférer des « haram », critiquer sans jamais discuter des causes et des effets dévastateurs ferment toutes les portes aux jeunes garçons et jeunes hommes souhaitant de l’aide ou un soutien spirituel.

Ainsi, cette obstination à refuser la réalité dans laquelle vivent les futurs adultes complique toute communication sur ces sujets et pousse parfois à une forme de double vie : la réalité de la vie, d’un côté, et la comédie du garçon et jeune homme parfait, de l’autre.

En ne prenant pas soin de nos jeunes garçons et en n’étant pas attentif aux problématiques que traversent nos jeunes hommes musulmans, l’on met tout simplement en péril toutes chances d’avancées du statut des femmes musulmanes mais également le bien-être de la communauté dans son ensemble.

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Fatima Adamou est researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.