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Points de vue

Marseille doit se doter d'un observatoire des discriminations et de l’égalité

Rédigé par Chahidati Soilihi | Mercredi 17 Août 2022 à 08:25

           


Il y a 25 ans, le jour de mon 21e anniversaire, je faisais la dure expérience des discriminations. Sapées comme jamais, dress code respecté, talons hauts inclus, Monia, Dalila, Kadija et moi avions prévu, pour mes 21 ans, une soirée mémorable en boite de nuit. Malheureusement, les agents de sécurité des différentes boites de nuit, plus communément appelés « videurs », n’avaient pas prévu la même chose pour nous. Pour chacun d’entre eux c'était : « Désolé, mais ça ne va pas être possible. »

Motivées malgré tout, nous avons égrené les boites de nuit de Marseille, l'une après l'autre, à la recherche d'un lieu qui enfin nous accepterait. Mais c'était toujours la même réponse. Notre ambiance festive fût définitivement éteinte lorsque, de 23h à 2h du matin, nous fûmes recalées à cinq reprises par cinq boites de nuit. La violence des discriminations était bel et bien plus forte que nos sourires candides devant ces portes fermées où l’origine et la couleur de peau constituaient une barrière infranchissable.

Alors, fatiguées et désespérées par la situation, nous avons décidé d'arrêter d'errer, nus pieds dans la ville (nos talons nous faisant trop mal), et nous avons terminé la soirée de mon anniversaire avec un triste sandwich et une canette. Ce fût-là une soirée mémorable. Pas celle que nous avions prévue mais celle que l’on nous avait tristement imposée...

Comme on dit à Marseille, « nous nous sommes fait pointer en boite ». Dure expérience d'humiliation et d'injustice face à cette forme de ségrégation qui ne disait pas son nom.

Vingt-cinq ans après, les choses semblent n'avoir toujours pas changé

Élue des quartiers nord de Marseille, chargée des luttes contre les exclusions, j’ai été sollicitée par SOS Racisme, en collaboration avec le CRAN, la veille de mon anniversaire, pour être témoin de moralité d'un testing sur les plages privées de Marseille et ses alentours.

C'est naturellement que j'ai accepté de participer à cette opération, ayant pour objectif de montrer que même dans ces petits moments de détente et de loisirs partagés, sous le soleil du sud, les discriminations pouvaient s’abattre contre des noirs et arabes parce que « Noirs » et « Arabes ».

Durant ce testing, j'ai pu constater que les Noirs ne pouvaient toujours pas rentrer dans certains endroits. Devant un établissement très connu des Marseillaises et des Marseillais, face à la mer, j’ai vu de mes yeux, le théâtre des faux-semblants et des hypocrisies silencieuses. En l’espace de dix minutes, deux couples allaient démontrer une fois de plus que la ville multiculturelle pouvait revêtir un caractère multi discriminatoire. En effet, le couple noir, à la tenue pourtant adaptée, s’est vu fermement refuser l’entrée au prétexte que l’établissement affichait complet. Dix minutes après, le couple blanc fut, quant à lui, accepté, reçu avec des sourires et de la considération. Dépitée devant cette scène d’un autre temps.

Je me suis vue revenir en arrière. En 2022, comment peut-on refuser l'accès d’un établissement à une personne à cause de sa couleur de peau, de ses origines ? Comment, dans le pays des droits de l’Homme et du citoyen, peut-on laisser ces situations exister et ne rien faire ? Régulièrement des établissements commettent des délits en toute impunité et nos jeunes subissent l'exclusion, l'humiliation, l'injustice de ce système difficile à prouver mais cruellement systémique.

Malheureusement, cela existe depuis longtemps et rien ne bouge... Je pense à un ami d'enfance, aujourd'hui quadragénaire, qui me disait : « Tu sais, je n’ai jamais réussi à mettre les pieds au Bazar », une boite de nuit célèbre, à Marseille. Aussi, je pense à tous ces jeunes qui viennent me dire tête baissée qu’ils n’en peuvent plus, qu’il est difficile de se battre contre un ennemi invisible qui fait du prénom, du nom de famille, du lieu d’habitation, de la couleur de peau, un boulet de plus, venant s’ajouter à des vies souvent compliquées. Les lois existent certes, mais les discriminations aussi. Elles peuvent parfois même s’appuyer sur la faiblesse de la loi et le manque de sanctions...

Chahidati Soilihi
Chahidati Soilihi

Les choses doivent bouger dès à présent

Nous devons faire du vivre ensemble une réalité et pas un fantasme. Des initiatives doivent être favorisées, particulièrement dans la deuxième ville de France, où le score de l’extrême droite et les injustices économiques, sociales et territoriales sclérosent l’avenir de toute une ville. Face au constat alarmant des discriminations posé depuis toutes ces années, je soumettrai deux propositions au maire de Marseille.

> La création d'un Observatoire municipale des discriminations et de l'égalité. Cet observatoire aura pour objectif de référencer et quantifier les discriminations à l'échelle de la ville. Il aura également pour objectif d'élaborer, en collaboration avec la société civile et les associations, des politiques publiques pouvant lutter efficacement contre toutes les discriminations.

> Face aux établissements favorisant la discrimination, je demanderai, en collaboration avec la mairie de Marseille, des élus et des associations, des mesures coercitives pouvant les dissuader de pratiquer toutes formes de discriminations.

Mes propositions seront formulées au maire de Marseille, Benoît Payant, garant de l'unité de la ville, qui jusqu'à maintenant a montré des signes très favorables en direction des luttes contre les discriminations.

Dans cette ville monde morcelée par les inégalités, nous devons impérativement travailler ensemble pour lutter contre ce fléau et recréer un horizon commun où l'identité marseillaise retrouvera tout son sens.

*****
Chahidati Soilihi est élue EELV des quartiers Nord de Marseille, chargée de la Solidarité, de l’Ecologie populaire et de la Lutte contre les exclusions.

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