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Points de vue

Les jeunes descendants de l’immigration, entre ici et là-bas : vers une double intégration

Rédigé par Mohammed Fliti | Jeudi 8 Juin 2017

Les jeunes descendants de l’immigration font souvent l’objet des chercheurs universitaires et de certaines institutions. Le 20 juin prochain, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) organise une conférence-débat, en partenariat avec l’Institut français des relations internationales (IFRI), sur l’engagement des jeunes issus de l’immigration. Les conférenciers et les chercheurs considèrent toujours que c’est une thématique d’actualité. Mais la question qui se pose est : peut-on faire des débats sans inviter certains de ces jeunes ?



Œuvre de la streetartiste Kashink (photo © D. R.)
Œuvre de la streetartiste Kashink (photo © D. R.)
Les jeunes issus de l’immigration, de la deuxième ou de la troisième génération, les jeunes immigrés, les jeunes des banlieues, etc., telles sont les appellations véhiculées souvent par les médias français, mais aussi par certaines institutions publiques, hommes politiques ou citoyens ordinaire, etc.

Du côté des pays de Maghreb, on les nomme les immigrés, parfois on se moque de leurs comportements, de leur façon de parler, de leur accent notamment, de leur manière de s’habiller, bref, de leur façon d’être.

Dans les deux cas, que ce soit en France ou dans les pays du Maghreb, on renvoie ces jeunes à l’altérité, à l’autre, mais qui est cet autre ? Un autre qui n’est pas comme moi. Dans le pays d’accueil, « un autre qui parle ma langue, mais qui n’est pas tout à fait comme moi ». Dans les pays de leurs parents, « un autre qui a parfois les mêmes origines ethniques, qui a le même nom que moi, mais qui ne parle pas ma langue et qui ne se comporte pas totalement comme moi ».

Les jeunes sont entre deux rives, entre deux ou plusieurs cultures, entre l’Orient et l’Occident, entre la modernité et l’authenticité ou l’exotisme. Bref, entre ici et là-bas.

Les jeunes vivent dans un carrefour de diversité culturelle. Ils développent une identité interculturelle en raison de cette situation de pluralisme. Il n’y a rien d’étrange dans ce processus de construction identitaire. C’est un phénomène normal qui permet la construction d’une personnalité ou une identité biculturelle, voire multiculturelle.

Certes, certains jeunes rencontrent des difficultés à combiner ces multiples cultures et à trouver un équilibre identitaire, mais la majorité parvient à surmonter les obstacles. La diversité doit être un trait d’union entre les deux mondes pourvus de richesses culturelles.

La situation identitaire de ces jeunes est quasi méconnue dans les pays de Maghreb. Les autorités politiques, notamment les ministères des Affaires étrangères, de la Jeunesse et de la Culture doivent développer des projets pour eux, voire créer un nouveau ministère pour s’occuper des affaires des immigrés et des binationaux.

D’abord, il faut éviter de les vexer ou de les frustrer en leur demandant : « Qui êtes-vous ? Français, Algérien, Marocain, Tunisien, Malien, Sénégalais etc. ? » Il est clair que les jeunes nés et/ ou ayant grandi en France sont des citoyens français. Mais cela n’empêche pas d’avoir à la fois les deux identités et d’aimer les deux pays.

En effet, au lieu de considérer cette double appartenance comme une richesse et une chance, certains la considèrent comme un obstacle pour construire leur identité. Mais, en réalité, ce sont certains médias qui sont à la base de ce complexe, parce qu’ils ne cessent de renvoyer ces jeunes à leurs origines, mais aussi de stigmatiser leurs cultures d’origines quotidiennement, ce qui fait que ces jeunes tombent dans le dilemme et la peur concernant les ingrédients de la construction de leurs identités.

La diversité est une grande richesse qui n’est pas donnée à tout le monde et un atout. Elle permet de se décentrer et de s’ouvrir aux autres. Elle est avant tout naturelle avant d’être culturelle. Imaginons un monde sans diversité biologique ?

Les jeunes ne doivent pas s’éloigner et s’isoler de ces deux cultures en raison de leur double rejet. Au contraire, il faut qu’ils tissent des liens entre ces deux mondes et ces deux cultures pour créer une mosaïque harmonieuse et grandiose.

« Dans les discours des jeunes des cités se mêlent demandes de justice sociale et affirmations culturelles. Ce qui semble nouveau par rapport aux précédentes émeutes, c’est bien la montée en puissance de cette demande de reconnaissance qui ne se réduit plus à affirmer : ‟Nous sommes des Français comme les autres”, mais ‟Nous sommes des Français, avec notre identité, notre histoire” », fait observer François Sicot, professeur en sociologie de la santé, de la déviance et des problèmes sociaux et directeur de LISST-Cers (université de Toulouse Le Mirail).

Charles Taylor, professeur émérite de sciences politiques et de philosophie (université Mc Gill Montréal) affirme dans ses travaux (Multiculturalisme, différence et démocratie, Flammarion, 1997) que « la reconnaissance n’est pas seulement une politesse qu’on fait aux gens : c’est un besoin vital ».

En définitive, il faut juste reconnaître les jeunes tels qu’ils sont et les insérer dans la société, que ce soit en France ou dans les pays d’origine, par les moyens de l’intégration sociale et économique.

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Mohamed Fliti est enseignant en sciences économiques et sociales, formateur des éducateurs spécialisés à l’IFEN au Havre.






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