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Points de vue

Le calendrier musulman a failli être romain ! Réponse à la polémique des vœux de Maître Gims

Rédigé par Mohamed Bajrafil | Jeudi 6 Janvier 2022 à 13:00

           


Le calendrier musulman a failli être romain ! Réponse à la polémique des vœux de Maître Gims
Depuis un moment se pose chez certains musulmans la question « inhumaine » de savoir si oui ou non on a le droit, en islam, de souhaiter à son voisin, musulman ou non, d’ailleurs, de « bonnes fêtes » à l’occasion de ses fêtes religieuses et/ou profanes. Bien heureusement, l’humanité de la quasi-totalité des musulmans prenant le dessus sur ce qu’il se trouve dans certains livres de fiqh, sur ce point et d’autres, cette question ubuesque est restée à sa digne place, marginale, et le grand public en est resté ignorant.

Les réseaux sociaux ont hélas, donné aux islamopithèques et autres facebooqaha (mot-gigogne issu de Facebook et fuqaha, pluriel de faqîh, docteur de la loi, en jurisprudence islamique) plus de résonnance et, avec eux, leurs anachronismes. Ainsi assiste-t-on, d’année en année, à plus de publicité pour ces « idées » d’un autre temps, même si, bien heureusement, elles prennent de moins en moins dans la réalité, n’en déplaise à certains qui ne savent voir que l’épine là où c’est la rose qu’un œil, même curieux, verrait essentiellement. Inutile donc de pérorer sur ces derniers car « un œil aimant est souvent aveugle des défauts de qui on aime, et un œil haïssant les crée ».

On a, cependant, tort de minimiser la profondeur du phénomène. Dit autrement, au-delà de l’étonnement, que dis-je, de l’émoi que peut susciter le fait d’apprendre que certains théorisent le fait de ne pas souhaiter la bonne année à son voisin, à ses parents, puisqu’il y a des musulmans, dont les parents ne le sont pas, à son conjoint, à son collègue, à son ami(e), bref à sa société, il est du devoir de tous de chercher à savoir les raisons qui sous-tendent ces « théories ». Et elles sont, à mon avis, très certainement nombreuses. Je pense en connaître quelques-unes, comme ce que j’appellerais l’apatridie psychologique de certains jeunes, qui ne sont reconnus chez eux nulle part, ni dans les pays d’origine de leurs parents, ni dans leur patrie de naissance, la France par exemple. Et médias, politiques, intellectuels, société, parents, ont chacun, là-dessus, leur part de responsabilité que personne ne veut, pourtant, assumer.

Je me bornerai, ici, à, une raison, l’aspect théologique du problème, n’étant pas adepte de la toutologie, qui est l’art – de parler sur tout, comme si on pouvait être spécialiste de tout – qu’affectionnent les Arias des plateaux télés. Nombreux sont, j’en suis conscient, ceux qui disent que l’islam n’a rien à voir avec de telles inepties. Ils ont à la fois raison et tort. Je m’en vais l’expliquer ici.

Le musulman qui souhaite de « bonnes fêtes » à son voisin n’agit pas autrement que comme un humain

On a raison d’affirmer, avec force conviction, que l’islam est, dans la vie, une religion de paix et d’amour. Ils ont un livre, le Coran dont la formule d’ouverture de chacun est « Au nom de Dieu le Clément, le Très-Miséricordieux ! ». Un livre dont le premier verset du chapitre liminaire affirme Dieu comme le Seigneur des univers, pas le Seigneur des seuls croyants, encore moins celui des seuls musulmans ; un livre dans lequel la racine savoir, ‘lm, sans ses synonymes, est utilisée 776 fois sur un total de 6 236 versets ; un livre dans lequel il est dit qu’on ne peut pas être musulman sans croire aux messagers envoyés aux juifs et aux chrétiens ; un livre qui nous apprend que, pendant plus de la moitié de la vie du messager de l’islam, comme pasteur de la parole divine, la prière musulmane était faite en direction de Jérusalem ; un livre qui apprend aux musulmans qu’ils sont la continuité d’un message qui a commencé depuis Adam et a traversé le temps et les communautés ; bref un livre qui enseigne l’universel et le magnifie.

Cet esprit du Coran s’est manifesté à travers des récits aussi célèbres que le fait que, jusqu’en l’an 64 de l’Hégire, comme l’affirme le plus grand traditionniste de l’islam Al-Ḏahabī, une figure de la Vierge portant le petit Jésus était présente à l’intérieur de la Kaaba. Oui, chers amis ! Vous avez bien vu. Al-Ḏahabī affirme l’authenticité de ce récit, rapporté par le premier historien de la ville de la Mecque, Al-Azraqī. C’est le feu ni d’Israéliens, ni d'Américains, ni de Dieu sait qui, mais des Omeyyades, qui voulaient tuer Ibn al-Zubayr, qu’ils ont fini par décapiter, ont offert sa tête à leur maître et pendu dehors son cadavre un moment, qui a brûlé la Kaaba et, avec elle, la figure de la Vierge et son fils, le Messie.

C’est, également, au nom de cet esprit universaliste du Coran qu’il est attesté que la plus savante des femmes du Prophète, Aïcha, faisait appel à une femme juive lorsqu’elle était malade, pour qu’elle lui récite la Torah, dans l’espoir de guérir. Vous avez bien vu ! Cela est dans les plus grandes références de l’islam, suivies aujourd’hui partout dans le monde, à savoir le Muwaṭṭaʾ de l’imam Mālik (1) le Umm, de son disciple Al-Shāfiʿi (2), et d’autres incunables, comme le commentaire d’Ibn Baṭṭāl sur l’authentique d’Al-Bukẖārī. (3)

L’islam n’a, hélas, pas dérogé à la règle de l’appropriation de l’Homme qui utilise la religion souvent pour lui, pensant ou prétendant s’utiliser pour elle

Cet islam, que la majorité écrasante des musulmans pratiquent dans le monde, va de pair avec les valeurs humaines de liberté, d’amour, d’ouverture à l’autre, quel qu’il soit, de justice pour tous, j’allais dire naturellement. Et cela va d’autant plus de soi que la nature humaine conçoit la religion comme quelque chose qui inscrit l’Homme dans un rapport d’égalité avec l’autre, si la religion n’est pas fanatisée, auquel cas on tombe dans l’exclusion, le repli sur soi. Le musulman qui souhaite de « bonnes fêtes » à son voisin n’agit pas autrement que comme un humain, loin de toute considération religieuse. C’est, au reste, ainsi que beaucoup de musulmans se sont rendus aux différents rassemblements en mémoire des victimes des attentats qui ont ensanglanté la France depuis 2015, n’en déplaise à ceux qui, tel Gollum, continuent de chercher le « précieux » musulman qui a participé auxdits rassemblements.

Mais, on a tort d’oublier que, loin des idéaux dont nous avons fait état en partie naguère, il s’est développé une nomenclature impériale qui les a mélangés, voire trahis, avec des concepts totalement inhumains. C’est le drame de toute religion, vous me direz. L’islam, malgré les avertissements du Coran, n’a, hélas, pas dérogé à la règle de l’appropriation de l’Homme qui utilise la religion souvent pour lui, pensant ou prétendant s’utiliser pour elle, dans le dessein de s’élever.

Comment dire autrement les choses lorsqu’on voit, par exemple, que le mot « épée » est totalement absent du lexique coranique, mais que les fuqaha ont nommé un verset du Coran « le verset de l’épée » ? (4) Comment dire autrement les choses, lorsque le Coran s’évertue à dire que les vies humaines se valent, mais qu’à l’exception des hanafites, les fuqaha considèrent que le Talion ne s’applique pas sur un musulman lorsqu’il tue un non-musulman ? Comment dire autrement les choses lorsque le Coran érige la liberté de conscience en principe de la foi, mais qu’à côté l’on dit que le Prophète professe le contraire du Coran en lui attribuant ce propos : « Quiconque change de religion, tuez-le ! » ? Les questions sont interminables, les réponses aussi. Car heureusement, toutes ces questions se répondent, sur la base du Coran, et du bon sens, sans donc avoir recours à rien d’externe à l’islam, même si cela ne nous est pas interdit : « La sagesse est l’objet perdu du croyant, comme dit la parabole du Prophète ; où il la trouve, il la fait sienne. »

Nous devenons de plus en plus inaudibles auprès de nombre de nos concitoyens

Vous comprendrez pourquoi loin de la polémique du moment, la nième concernant l’islam, il faut que nous, musulmans, nous interrogions sur nos rapports aux Textes fondateurs de notre religion et surtout à notre patrimoine juridique, qui est des plus prolixes au monde. Il y a plus de 1,2 million de questions de jurisprudence ! On a légiféré sur tout et n’importe quoi. Jusqu’aux borborygmes pendant la prière. Il serait temps de remettre la spiritualité au centre de nos pratiques, loin de la dichotomie halal vs haram (licite vs illicite) et des calculs d’apothicaire - si je fais telle bonne action, j’aurai telle récompense, je fais tel péché, je vais avoir tel châtiment - que s’imposent certains, se prenant pour les vestales de l’islam.

Ce rapport à la religion est problématique. Et nous devons le dire incessamment, même si le faire aujourd’hui nous fera passer aux yeux des mêmes pour des traitres à la « communauté ». Nous devenons de plus en plus inaudibles auprès de nombre de nos concitoyens, partout dans le monde, qui sont loin d’être islamophobes, mais que ces polémiques à répétition, couplés aux attentats perpétrés ici et là au nom de notre religion, finissent par faire douter. Une réforme d’une partie de notre patrimoine s’impose, sous peine de vivre coupés du monde ou, pire, rentrer en guerre contre lui.

Notre bon sens doit travailler tout le temps face à des affirmations qui nous coupent du monde

Venons-en à la polémique à proprement parler. Des textes, d’hier comme d’aujourd’hui, existent qui interdisent de souhaiter de bonnes fêtes aux non-musulmans, surtout si ces dernières sont religieuses, c’est indéniable. D’Ibn Taymiya (m. 1328) à Ibn Bāz (théologien contemporain d’une grande influence dans le milieu salafo-wahhabite, mort en 1999), en passant par Ibn Al-Qayyim (m. 1350), disciple du premier, ce ne sont pas les auteurs qui soutiennent ce type de propos qui manquent. Pire, il en existe même qui interdisent d’être le premier à saluer son voisin juif ou chrétien. Est-ce clair maintenant ? Regardez un des livres de référence du droit musulman, Al-maǧmūʿ, de l’imam Al-Nawawī (m. 1277). Vous y trouverez, pages 468-469 volume 4, ceci : « Il est interdit (de dire « Paix à vous » (Assalāmu ‘alaykum), aux mécréants, non-musulmans, s’entend. Ceci est l’avis sain, et ce qu’a tranché la majorité. » Il va, plus loin dans la même page, affirmer ceci : « Et si on dit "salam" à quelqu’un et que l’on s’aperçoit qu’il est non-musulman, il nous est recommandé de nous faire rendre notre salam, en disant : "Je reprends mon salam !" »

Mon but n’est pas, loin s’en faut, de dénigrer cet imam, encore moins de dire qu’il n’était pas musulman. Qui suis-je ? Il est simplement ici de dire deux choses. La première est que notre bon sens doit travailler tout le temps, certes. Mais encore plus face à pareilles affirmations qui nous coupent du monde, y compris, parfois, des nôtres, si nous les adoptons.

Osons le mot : c’est cela le vrai séparatisme. Pas celui, souvent exagéré, sinon imaginaire, prétendu ici et là, dans les médias et par certains politiques, qui aboutit à des décisions absconses et aggrave la situation, parce qu’il stigmatise et amalgame indistinctement, à mon avis, tout en prétendant la régler. Car depuis quand on éduque les gens à coup de lois ? Depuis quand on lutte contre une idéologie par les biceps ? On dit en arabe que « c’est avec du fer qu’on arrive à tordre le fer ». Il faudrait donc une idéologie alternative, interne à l’islam, qui s’attaque à ce « séparatisme », qui commence par toucher les musulmans eux-mêmes. Dans ledit livre et sur la même page, il est rapporté, en effet, que le musulman que l’on considère comme hérétique, on ne le salue, de préférence, pas. Nous sortirions de nos contradictions et métrions à l’abri quiconque serait tenté par de telles billevesées, si nous acceptions qu’elles existent.

La seconde est de rappeler à tous que les réalités vécues par Al-Nawawī sont différentes des nôtres. En effet, il y a fort à parier qu’il n’avait pas comme sage-femme Valérie, comme pédiatre Philippe, comme médecin traitant de sa famille Michèle, comme professeure Dorothée... Or, c’est le cas aujourd’hui du musulman français, anglais ou européen. Ce qui m’amène à affirmer que si l’imam Al-Nawawī avait vécu nos réalités, il n’aurait très certainement pas dit pareilles choses, car « la conscience humaine est fille de son environnement ». Ce n’est pas être fidèle à Al-Nawawī, lui qui a vécu dans un contexte de guerres incessantes entre musulmans et chrétiens, que de transférer sa production telle quelle en 2022, en France, où le musulman vit comme susdit. C’est même criminel.

Au reste, nos islamopithèques et facebooqaha ne vont jamais jusqu’au bout de leur « logique », en se déplaçant à dos de chameau, d’âne ou de mulet par exemple, quoique ce serait biologique aujourd’hui, ou en se soignant exclusivement comme à l’époque, ou encore en se nettoyant les parties intimes avec des pierres comme les salafs (pieux prédécesseurs) l’ont fait. Dans les mosquées, où le sol est couvert souvent de beaux tapis, ils ne tentent pas de prier dans leurs godasses, comme le recommandent les enseignements prophétiques, en phase avec son temps.

Ils nagent continuellement dans des contradictions. Prenez, par exemple, le même Al-Nawawī. Dans un de ses livres, Al-tibyān fī ʾādābi ḥamalati l-qurʾān, il dit page 192 : « Il est interdit d’emmener le Coran sur la terre de l’ennemi, de peur qu’il le profane. » Si, en France, on se considère en terre d’ennemi, dans laquelle on ne peut pas dire « bonnes fêtes » à son voisin, qui te salue et te souhaite « bonnes fêtes » quand c’est l’occasion de tes fêtes religieuses, pourquoi y emmener le Coran ? Cette vision, totalement siamoise des thèses et idées les plus rances d’extrême droite, conduit au choc des civilisations imaginée par Samuel Hutington et portée aujourd’hui par les reconquistadors dont le but, chimérique, à peine voilé, est de bouter les musulmans, par tous les moyens, hors de France, sauf s’ils renoncent à être musulmans. Et encore !

Le calendrier musulman a failli être romain ! Réponse à la polémique des vœux de Maître Gims

Le calendrier hégirien n’a failli ne jamais voir le jour

Le plus amusant est que la notion de calendrier pour laquelle éclate régulièrement la désormais « polémique des vœux » n’a rien de religieux en islam. C’est un simple outil visant à situer les choses et les événements, dont les musulmans se sont bien passés toute la vie du Prophète Muhammad durant. Eh oui, le Prophète n’a pas laissé de calendrier, les amis !

Il a donc failli ne jamais voir le jour, ce calendrier hégirien, dans lequel certains veulent enfermer les musulmans. Il a même failli être romain, on le verra. En effet, selon les traditions rapportées ici et là par les historiens ou encyclopédistes musulmans comme Ibn Al-Aṯīr et Ibn Kaṯīr, c’est seulement en l’an 17 après l’émigration du Prophète Muhammad, pendant le règne de son deuxième calife, ʿUmar bn al-H̱aṭṭāb, que le calendrier « musulman » est établi, de manière tout à fait conventionnelle, sans aucune considération religieuse. Lorsque ʿUmar a demandé aux musulmans de choisir un calendrier, certains musulmans ont proposé d’adopter le calendrier romain, et d’autres le calendrier perse. L’avis retenu a été de considérer l’an de l’exil du Prophète de la Mecque vers Yaṯrib, ancien nom de Médine, comme le début du calendrier musulman, et le mois de Muharram comme le premier mois dudit calendrier au motif, selon, ʿUmar, qu’il correspond à la fin du pèlerinage. C’était tout simple !

Les identitaires de tous bords en ont, pourtant, fait quelque chose de sacré. Il suffirait d’ailleurs que ceux voulant restreindre l’horizon de la fraternité à leurs seuls coreligionnaires ou co-identitaires voient le sens, on ne peut plus, trivial, voire parfois vulgaire, des mois, en arabe, pour comprendre que les premiers musulmans étaient loin de ces considérations identitaro-islamiques, cherchant le plus utile et le plus pratique, seulement.

Le premier mois s’appelle Muḥarram, le sacré, parce que les Arabes avant l’islam ne devaient pas se battre ce mois-là. Vient ensuite Safar, ainsi nommé parce que c’est le mois auquel les maisons des guerriers partis guerroyer restaient vides. Rabīʿ l-ʾawwal (le 1er printemps) signe, après, l’entrée du printemps, rabīʿ en arabe, et Rabīʿ l-ṯānī (le second printemps), sa fin. Suivent ensuite Ǧumādā l-’ūlā (la première sécheresse) et Ǧumādā l-ṯāniyya (la seconde), lorsque la sècheresse arrive. Vient Raǧab, sacralité, comme le septième mois. Après Raǧab, arrive Shaʿbān, la dispersion, pour, soit, chercher de l’eau, soit, se mettre à l’abri des razzias. Le neuvième mois est le Ramaḍān, le seul dont le nom est cité dans le Coran. Il est ainsi appelé à cause de la chaleur qu’il fait. Après, vient Shawwāl, ainsi nommé car selon les uns la chamelle lève sa queue - réclamant les saillies des mâles - et selon les autres elle retient son lait. Vient ensuite Ḏhū l-qaʿda, ainsi appelé parce que les Arabes restaient assis, sans faire la guerre. Ḏhū l-ḥiǧǧa, celui du pèlerinage, fermait ainsi l’année.

Gardons le meilleur de ce que nous enjoint le Coran, qui doit se lire à la lumière de nos réalités et non le laisser prisonnier des exégèses du passé

Quelle est la sacralité d’une chamelle en chaleur qui lève sa queue pour le signifier aux mâles en rut ? Et celle des trêves ou des razzias des Arabes ? Aux Comores, on fêtait le Naïrūz, iranien, très certainement amené par les Chiraziens musulmans qui y ont émigré. Que faut-il à ces puristes pour comprendre la complexité du monde d’aujourd’hui ? On utilise en Europe les chiffres Arabes, qu’on appelle en Arabie chiffres indiens. Mais, les identitaires ne le voient pas.

La grammaire de l’hébreu a été, des siècles durant, écrite en arabe, en Andalousie musulmane, et sans doute partout, dans « le monde musulman », où se trouvaient des communautés juives, ce qui a très certainement sauvé cette langue, dont l’arabe est sœur. Mais, nos reconquistadors, docteurs es falsification de l’histoire, n’ont aucune gêne à présenter l’islam comme le plus grand danger que n’ait jamais connu le peuple juif, même à côté du IIIe Reich qui a pourtant tout mis en œuvre pour qu’il n’en existe aucune trace au monde.

Sachons raison garder et sortons-nous des schèmes de pensée d’autrefois pour pouvoir voir ce que nous sommes aujourd’hui. Nous sommes irrémédiablement le résultat des succès, mais aussi des échecs d’hier. Nous ne sommes pas seulement des femmes et des hommes aux sangs mêlés, nous sommes aussi et surtout aux cultures, déjà, irrémédiablement mélangées.

Notre patrimoine islamique n’est pas fait de catastrophes seulement. Il y en a même moins qu’ailleurs, dans l’histoire, pour quiconque ne limite pas ses connaissances en histoire à l’Irak, à la Syrie ou à l’Afghanistan d’aujourd’hui. Mais il en existe quelques-unes, qui sont aux antipodes des valeurs humaines et des valeurs cardinales du Coran. Sachons, pour nous en guérir, faire le tri - dans ce que nous ont légué nos anciens. Gardons le meilleur de ce que nous entendons, nous enjoint le Coran, qui doit se lire à la lumière de nos réalités et non le laisser prisonnier des exégèses du passé, fruit des réalités de ce passé. Il y a 500 ans, Rabelais nous apprenait déjà comment nous devrions faire aujourd’hui : « Revisite soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et latins », afin de devenir « un abîme de science ».

Le calendrier musulman a failli être romain ! Réponse à la polémique des vœux de Maître Gims
Nous avons, en France, des leçons de vivre-ensemble à prendre de cette Afrique que nous mésestimons affectueusement, souvent. Le Sénégal, bien qu’à plus de 80 % musulman, a élu comme premier président de son histoire post-indépendante un chrétien en la personne de Monsieur Senghor. On s’y marie régulièrement au gré des amours, loin des limites idéologiques des uns et des autres. En Côte d’Ivoire, il n’en va pas différemment. Musulmans et non musulmans vivent et font sérieusement la vie ensemble. En Afrique de l’Ouest en général, il en a été ainsi jusqu’à récemment où certains tentent par leur lecture non actualisée de l’islam et une géopolitique hasardeuse de perturber cet équilibre millénaire.

En France, c’est aussi le cas de la quasi-totalité des musulmans, qui vivent en harmonie parfaite avec leurs concitoyens. Ils sont médecins, policiers, enseignants, éducateurs, avocats, pompiers, maçons... Ils sauvent, forment, accompagnent, éduquent indistinctement et souhaitent, tout humainement, « bonnes fêtes » aux leurs, qu’ils soient voisins, collègues, parents, mariés, amis, etc. En parler régulièrement fait aussi partie de la solution des problèmes identitaires que brandissent les extrémistes de tous bords.

Meilleurs vœux à tous, qui que vous soyez, et en quoi que vous croyiez !


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Mohamed Bajrafil est linguiste et théologien. Il est auteur de l’ouvrage Islam de France, l’an I.

(1) Mort en 795, l’imam Malik est le fondateur du rite malikite, pratiqué aujourd’hui en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et centrale et partout où il y a une forte immigration maghrébine ou ouest-africaine.
(2) Mort en 820, l’imam Al-Shafi’i est le fondateur du rite shaféite, pratiqué aujourd’hui en Afrique de l’Est, dans le Golfe, en Egypte, en Indonésie et en Malaisie.
(3) Mort en 1057, Ibn Battal est un savant de rite malikite et un des célèbres commentaires de l’authentique d’Al-Bukhārī (m. 870), l’auteur du recueil des propos, actes ou commentaires du Prophète considéré comme le plus authentique, chez les sunnites, après le Coran.
(4) Il y a débat chez les exégètes et fuqaha sur ce qu’est ce verset. D’aucuns disent que c’est le 9:5 et soutiennent qu’il aurait à lui seul abrogé tout verset appelant à l’endurance face aux désagréments et aux épreuves causés par les ennemis de l’islam, à l’entente et à la cohésion entre les gens, pour inciter les musulmans à leur faire la guerre, par le biais du fameux nāsiẖ et mansūẖ (abrogeant et abrogé).

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