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Points de vue

Le Prophète ne cédait pas à la provocation

Par Seyfeddine Ben Mansour

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Mardi 29 Janvier 2013



Le Prophète ne cédait pas à la provocation
Sous couvert de faire œuvre de pédagogie, le magazine Charlie Hebdo, qui s’était illustré par ses publications islamophobes en novembre dernier, a récidivé ce 2 janvier en faisant paraître une biographie du Prophète en bandes dessinées. Intitulé La Vie de Mahomet, ce hors-série a été qualifié de « provocation » par le conseiller politique du Premier ministre Erdogan, Ibrahim Kalin, qui « conseille » néanmoins « aux musulmans de l’ignorer ».

Ce faisant, le haut responsable turc ne faisait que rappeler à ses coreligionnaires qu’ils devaient s’efforcer d’imiter le Prophète, modèle du parfait musulman. Car Muhammad était aussi insensible aux honneurs qu’il l’était à l’injure et aux provocations. Les puissants seigneurs de La Mecque avaient en effet envoyé l’un des leurs, ‘Otba Ibn Rabi‘a, afin d’essayer de convaincre Muhammad de renoncer à sa prédication : les Quraysh lui proposaient en échange la richesse et le pouvoir. Le Prophète refusa. Ils avaient auparavant eu recours aux menaces. En vain. Les puissants Mecquois voyaient en effet dans la prédication muhammadienne une menace pour leur système de croyance mais aussi pour leur statut social, leurs activités commerciales étant étroitement liées au pèlerinage polythéiste de la Ka'ba.

La patience dans la persécution

Les persécutions s’aggravèrent quand le Prophète se mit à dénoncer ouvertement le culte des idoles. En furent victimes tant Muhammad que ceux qui avaient choisi de le suivre sur le chemin de l’islam.

Les hadiths sont légion qui décrivent les souffrances morales et physiques que tous, et au premier chef, le Prophète, ont su endurer avec patience, s’en remettant à Dieu Tout-Puissant. ‘Oqba Ibn Abi Muhit a essayé de l’étrangler avec son manteau tandis qu’il priait. Ses deux voisins, ‘Oqba Ibn Abi Mu‘ayt et Abou Lahab, son propre oncle, jetaient des excréments contre sa porte. Un jour qu’il priait dans la Ka'ba, un compagnon d’Abu Jahl le recouvrit du placenta d’une chamelle alors qu’il était prosterné. C’est sa fille, la jeune Fatima, qui le débarrassa de ces immondices, tout en invectivant les Quraysh, qui « se cognaient les uns contre les autres à force de rire » (Bukhari, Sahih, VIII : 109).

Un jour qu’il se trouvait sur le mont Safa, Abu Jahl l’accabla d’injures, avant de lui lancer une pierre à la tête : « Le sang coula sur la figure du Prophète ; mais il ne dit rien, se leva et retourna dans sa maison » (Tabari, Tarîkh, III : 87).

Mais sans doute le hadith le plus édifiant en la matière est-il celui qui évoque cette femme qui, sachant que le Prophète empruntait chaque jour la rue qu’elle habitait, se faisait un devoir de jeter des immondices avant chacun de ses passages. Or voilà qu’un jour elle ne le fit pas : inquiet, le Prophète alla s’enquérir de sa santé…

Le combat contre le Démon

Lorsque, devenus forts, les musulmans ont conquis La Mecque (630), et qu’ils ont pu revenir dans cette ville qui, pour nombre d’entre eux, était la leur, où ils avaient été humiliés, torturés, dont ils ont dû fuir pour le salut de leur âme ou pour préserver leur vie, Muhammad dit aux Quraysh, source de leurs maux : « Allez en paix, vous êtes libres. Il n’y aura point de récrimination contre vous aujourd’hui. Que Dieu nous ait tous en Sa miséricorde. »

C’est que le Coran appelle à comprendre cette vérité simple que pour que l’humanité soit meilleure, il faut résister à la séduction du Démon et briser ainsi le cercle de la violence : « La bonne action et la mauvaise action ne sont pas pareilles. Rends le bien pour le mal, et tu verras ton ennemi se muer en fervent allié ! Mais une telle grandeur d’âme est seulement le privilège de ceux qui savent faire preuve de patience […]. Et si le Démon t’incite à agir autrement, cherche aussitôt refuge auprès de Dieu […]. » (Coran, XLI : 24-36).