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Monde

La FIDH réclame la poursuite des combattants étrangers de Daesh pour crimes contre l’humanité

Rédigé par | Vendredi 26 Octobre 2018



La FIDH réclame la poursuite des combattants étrangers de Daesh pour crimes contre l’humanité
Dans un rapport rendu public jeudi 25 octobre, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) met en exergue l’implication et le rôle tenu par les combattants étrangers issus des rangs de l'organisation Etat islamique (dit Daesh) dans la persécution et les crimes sexuels perpétrés contre la minorité yézidie. En ce sens, l'organisation exhorte les tribunaux nationaux - français entre autres - et internationaux à ajouter la charge, dans certains cas, de « génocide » et de « crimes contre l’humanité » au chef d’inculpation de terrorisme.

Après la prise de Mossoul en 2014 par Daesh, ses combattants se sont investis d’une mission de « purification » de la ville visant les personnes non musulmanes et les chiites. Une situation régionale qui a conduit à l’exode massif des Yézidis vers les zones kurdes, en particulier après l'attaque de Sinjar en août 2014.

Des femmes asservies témoignent de leur calvaire

Celle-ci « a marqué le début d’une campagne brutale visant à effacer l’identité yézidie, notamment par la conversion forcée à l’islam, l’enlèvement de femmes et d’enfants revendus comme esclaves ultérieurement et l’envoi de jeunes garçons dans des camps d’endoctrinement, de recrutement et d’entraînement militaire de l’Etat islamique. Le massacre de Sinjar a révélé le cœur de la stratégie de l’EI : l’enlèvement de femmes et d’enfants yézidis comme sabaya (prisonniers de guerre) ».

« Comme en témoigne un fascicule de l’Etat islamique évoquant l’esclavage, la capture et l’asservissement des femmes et des enfants yézidis présentaient de nombreux "avantages", dont la récompense de ses propres combattants, l’humiliation d’une communauté d’infidèles - en l’occurrence les Yézidis », rappelle tristement le rapport de la FIDH, qui repose sur les conclusions de deux missions conduites par l'organisation de défense des droits de l'homme dans la région du Kurdistan irakien en février et en août 2017, en partenariat étroit avec l'association locale Kinyat et en particulier sur 16 témoignages détaillés de victimes asservies par les combattants étrangers de l’EI, parmi lesquels des Français.

Une jeune rescapée de 26 ans, en parlant de son ravisseur français, témoigne ainsi : « Sa femme ne parlait pas un mot d’arabe, elle ne comprenait absolument pas le problème des Yézidis. Elle n’arrêtait pas de me demander ce que je faisais là, mais lui me disait de ne rien dire. Elle voulait que je parte. Quelques jours plus tard, il m’a emmenée loin de son foyer dans une autre maison. Là-bas, il m’a violé trois fois après m’avoir menottée et bâillonnée. »

La FIDH réclame la poursuite des combattants étrangers de Daesh pour crimes contre l’humanité

Un appel soutenu par le prix Nobel de la paix 2018

« L’honneur d’un pays occidental, quelle que soit la gravité des crimes commis par ses ressortissants dans un pays étranger, c’est d’exiger que le procès dans le pays étranger où les crimes ont été commis, soit équitable », a affirmé sur RFI l'avocat Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH.

« Si ce n’est pas le cas – et aujourd’hui ce n’est pas le cas -, les autorités françaises devraient se montrer davantage respectueuses des notions de droits de l’homme », a-t-il ajouté. A ce jour, les jihadistes arrêtés sur zone, peu importe leur nationalité, sont jugés uniquement pour terrorisme par la justice irakienne et kurde syrienne de façon expéditive. « La priorité est de mener des enquêtes et des poursuites pénales efficaces afin que soient pleinement respectés les droits des victimes yézidies à la vérité, à la justice et à la réparation. L’histoire a clairement démontré qu’il s’agit du seul moyen pour garantir efficacement que les crimes les plus graves ne se répètent pas », conclut le rapport.

L'appel de la FIDH est soutenu par Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018 et porte-parole des femmes yézidies. « Nous insistons pour que justice soit rendue », a-t-elle martelé, indiquant que nombre des membres de sa communauté sont aujourd’hui prêts à témoigner et à « rendre public les horreurs qu’ils ont vécues ».

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur