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Points de vue

Fraternité : aux armes, citoyens !

Rédigé par Jean-Louis Sanchez | Vendredi 25 Décembre 2015



Fraternité : aux armes, citoyens !
À la suite des événements terrifiants du 13 novembre, les pouvoirs publics se mobilisent plus que jamais sur le terrain de la sécurité. C’est indispensable, mais ce n’est pas suffisant, car le terrorisme accentue les fractures sur lesquelles il a bâti son essor faute de vigilance collective.

Dans l’école, dans le travail, dans le quartier et dans tous les interstices du quotidien, l’adhésion de tous à un projet commun a cessé d’être valorisée. Et dorénavant, ce qui réunit ce n’est pas un projet tourné vers l’avenir mais le rattachement prééminent à une communauté sociale, religieuse ou ethnique. Le terrain est alors favorable à la montée des extrémismes, avec dans son sillage, l’élévation des frontières du désespoir dont se servent les tenants de l’obscurantisme et de la barbarie. La réponse sécuritaire doit donc impérativement s’accompagner de la volonté de mettre fin à la déliquescence de tout ce qui « fait société ».

Parce qu’une société désunie est une société désarmée

La résistance ne peut plus être une option, c'est une exigence qui doit impliquer chacun d'entre nous. Et c'est crédible, parce qu'il ne s'agit pas seulement d'une recherche d'excellence mais bien d'une quête de survie qui nous oblige à dépasser la seule indignation pour nous projeter par l’action dans l’entretien des valeurs républicaines.

Et c’est possible, car qu’il s’agisse de l’isolement des banlieues, du déclin de la citoyenneté, de l’effritement des solidarités, de l’échec de l’école, les initiatives ne manquent pas mais restent désespérément ignorées.

Il faudrait pourtant s'en inspirer pour lancer une véritable révolution qui impliquerait bien davantage les habitants en en faisant des citoyens activement engagés dans la consolidation du vivre ensemble. On pourrait ainsi faire de l'école un espace ouvert à tous où les adultes du quartier contribueraient, par la transmission de leur expérience, à sa mission éducative. On pourrait redonner au service public une dimension humaine que le principe de précaution et l’excès de normes lui ont fait perdre. On pourrait enfin consolider la solidarité de droit par la valorisation des solidarités spontanées qui ne doivent pas être que celles de la famille et du voisinage.

L’urgence d’une fraternité concrète

Ce choix d’une nouvelle ambition collective doit alors se concrétiser dans l’action politique, en redonnant tout son lustre au troisième volet de la devise républicaine : la fraternité. Il s’agit pour nos gouvernants d’en faire une priorité visant à revitaliser la citoyenneté et à métamorphoser la solidarité pour mieux restaurer la cohésion nationale. Et parce qu’un tel mouvement ne se décrète pas, ne s’organise pas sous forme de dispositif ou d’agence, c’est vers les acteurs locaux qu’il faut se tourner.

C’est pourquoi le collectif Appel à la Fraternité interpelle les plus hautes autorités pour qu’elles manifestent solennellement leur volonté d’encourager toutes les forces vives des territoires à bâtir concrètement le volet fraternité du pacte républicain. Et pour initier ce processus, la Grande cause nationale de l’année 2016 pourrait être consacrée au « Vivre ensemble et à la fraternité » afin de soutenir toutes les démarches aptes à promouvoir sur le terrain, l’écoute, l’entraide et le respect. Comme, par exemple, celle de la « Journée citoyenne » engagée par plus d’une centaine de villes, qui invitent leurs concitoyens à s’investir dans des travaux collectifs afin de restaurer les liens sociaux.

L’année 2016 pourrait donc ouvrir cette nouvelle voie, avec la généralisation de ce type d’initiatives, en complément des mesures déjà prises dans tous les autres domaines. Et parce qu’il n’y a pas plus de fraternité sans sécurité que de sécurité sans fraternité, c’est ainsi, et seulement ainsi, que l’on parviendra à armer durablement la société contre tous ceux qui veulent briser la promesse émancipatrice d’une terre de lumières.

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Jean-Louis Sanchez, fondateur de l'Observatoire national de l’action sociale (ODAS), est président du collectif « Appel à la fraternité ». Il est auteur de La promesse de l’autre. Parce qu’une société désunie est une société désarmée (éd. Les Liens qui Libèrent, 2013) et Pour une République des Maires ! Le Vivre ensemble à l’épreuve de la crise (éd. L’Harmattan 2008).