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Politique

La société civile vent debout contre l'état d'urgence

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 18 Décembre 2015

La société civile s'organise contre l'état d'urgence. Un mois après les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, une centaine d'organisations appellent les pouvoirs publics à se ressaisir face aux dérives sécuritaires qui menacent l'Etat de droit. Plusieurs d'entre elles se sont retrouvées, jeudi 17 décembre, au siège parisien de la Ligue des droits de l'homme (LDH), pour présenter leur bilan, à charge contre le gouvernement.



Une conférence de presse contre l'état d'urgence a été organisée le 17 décembre à Paris. De gauche à droite : Thomas Coutrot, porte-parole d'ATTAC, Yasser Louati, porte-parole du CCIF, Céline Verzeleti, pour la CGT, François Dumont, présidente de la LDH, Laurence Blisson, du Syndicat de la magistrature, William Martinet, président de l'UNEF, et Mohamed Ben Saïd, au nom d'associations issues de l'immigration.
Une conférence de presse contre l'état d'urgence a été organisée le 17 décembre à Paris. De gauche à droite : Thomas Coutrot, porte-parole d'ATTAC, Yasser Louati, porte-parole du CCIF, Céline Verzeleti, pour la CGT, François Dumont, présidente de la LDH, Laurence Blisson, du Syndicat de la magistrature, William Martinet, président de l'UNEF, et Mohamed Ben Saïd, au nom d'associations issues de l'immigration.
Yassine allait faire ses ablutions lorsque la police a brutalement débarqué à son domicile vendredi 20 novembre vers 22h30. « J’étais dans la salle de bain. J’ai été saisi par l'effroi quand ils ont fracassé la porte. On m’a braqué une arme sur la tête », confie le jeune homme de 30 ans, habitant dans l’Oise, à Saphirnews. « Je n’ai opposé aucune résistance », précise-t-il. Pourtant, Yassine déclare avoir reçu des coups à la tête et au front ; il garde aussi les traces d’un hématome sur un bras. « On m’a tordu les bras dans tous les sens pour me menotter. On m’a demandé de m’asseoir et ils ont fouillé l’appartement. Ils ont pris des photos de mon passeport et de mon Coran. »

Motif de la perquisition ? La police lui fait comprendre qu’elle avait des raisons de penser qu’il hébergerait des armes et des personnes liées au terrorisme… Une accusation farfelue qui se vérifie environ deux heures plus tard. Le verdict est sans appel : la police n’a rien à lui reprocher. « Des gens me demandent ce qu’il s’est passé après mais en fait, rien ! Je n’ai pas été emmené au commissariat. J’étais libre aussitôt qu’ils ont quitté l’appartement », raconte-t-il, dépité. On le laisse seul avec une porte défoncée et des douleurs physiques qu’il n’a pas encore fini de soigner un mois après. A cause des coups sur la tête, « je dois suivre des soins neurologiques ». « Heureusement que j’ai une famille vraiment compatissante à mon égard » car les semaines qui ont suivi pour Yassine, converti à l’islam en 2012, ont été difficiles.

La société civile vent debout contre l'état d'urgence

Une ambiance de délation dénoncée

Cette perquisition est une des 2 700 effectuées à travers la France, dont la majorité est restée sans suite. Seules deux enquêtes préliminaires ont été ouvertes par la section antiterroriste du parquet de Paris. « Si on avait la moindre culture du résultat, on aurait changé de cap », lance Yasser Louati, porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) lors de la conférence de presse, organisé jeudi 17 décembre au siège de la Ligue des droits de l'homme (LDH). A leurs côtés, plusieurs organisations étaient présentes parmi lesquelles le Syndicat de la magistrature (SM), qui s’est inquiété dès les premiers jours des dérives de l’état d’urgence.

Le cas de Yassine, soulevé lors de la conférence de presse, est un des 77 dossiers liés aux conséquences de l'état d’urgence dont le CCIF a été saisi, déclare l’association. « Ce sont des attitudes, des comportements et non des actes qui sont sanctionnés, c'est le nœud de nos contestations de l'état d'urgence », déclare Laurence Blisson, secrétaire générale du SM, préoccupée par cette « logique de suspicion généralisée avec l'illusion de la sécurité pour tous » alors qu’elle ne renforce qu’une logique de répression.

Allant dans ce sens, William Martinet, président de l’UNEF, se dit opposé à « l’alternative entre terrorisme et société sécuritaire » qu’offre l’exécutif. « Nous refusons une société de la peur », qui fait le jeu de la division des citoyens, rêvé des terroristes. « Le gouvernement veut faire payer à ses citoyens ses propres échecs », martèle Yasser Louati, qui dénonce « l’excès de zèle de préfets » qui n’ont de compte à rendre à personne car les perquisitions se font en dehors du contrôle de la justice.

Faire face, unis, aux vélléités d'étranglement

Thomas Coutrot, porte-parole d'ATTAC engagé dans la Coalition climat lors de la COP21, évoque le « Shime-Waza », une technique de soumission par l'étranglement dans le judo que l’Etat pratique sur les militants avec les récentes interdictions de manifester. Le résultat de cet étranglement : la division entre les associations ainsi que l’affaiblissement de la nature et de la force de ces mobilisations, dit-il.

Mohamed Ben Saïd, qui représente plusieurs associations issues de l’immigration, dénonce pour sa part le projet de déchéance de la nationalité pour les binationaux, « un concept xénophobe » qui créer des clivages dans la nationalité, « une mesure discriminatoire qui ne règle pas le problème terrorisme ».

Contre l’état d’urgence et ses dérives, l’unité de la société civile est nécessaire. Une centaine d’organisations ont rendu public un appel (ici). « L’état d’urgence et le climat de guerre intérieure alimenté par le gouvernement contribuent au renforcement des amalgames et aux pratiques discriminantes, notamment de la part des forces de police », font-ils savoir. « Notre pays a été blessé, mais loin d’en apaiser les plaies, l’état d’urgence risque de les exacerber en appauvrissant notre démocratie, en délégitimant notre liberté. »





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