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Sur le vif

En Inde, la Cour suprême met fin à la diffusion d'une émission islamophobe

Rédigé par | Vendredi 18 Septembre 2020 à 10:30

           


En Inde, la Cour suprême met fin à la diffusion d'une émission islamophobe
Cette semaine, la Cour suprême indienne a mis un terme à une émission ouvertement islamophobe. Diffusée sur la chaîne d’information Sudarshan TV, Bindas Bol proposait d'exposer en dix épisodes, sous le sceau de « l'enquête », les dessous d'une présumée hausse des candidats musulmans admis à l’UPSC, le concours national d’accès à la fonction publique indienne

Le rédacteur en chef de la chaîne privée et présentateur de l'émission, Suresh Chavhanke, laissait entendre, entre autres, que les musulmans tenteraient d’infiltrer les services publics du pays, donnant ainsi du grain à moudre aux défenseurs de la prétendue thèse d'une islamisation de l'Inde, à majorité hindoue.

« Pourquoi y a-t-il une augmentation soudaine de musulmans qui réussissent les examens de la haute fonction publique ? Comment réussissent-ils des examens si difficiles ? Et que se passera-t-il si ces jihadistes deviennent vos hauts fonctionnaires ? Réponse dans notre programme », déclarait-il en préambule d’une supposée enquête de dix épisodes sur la réussite des candidats musulman au concours, rapporte RFI.

La Cour d’appel avait déjà suspendu la diffusion de l’émission avant qu’elle ne soit présentée au public après avoir pris connaissance d’une bande annonce explicitement islamophobe. Elle avait dû, malgré tout, plié face au gouvernement nationaliste hindouiste qui décida d’en autoriser la diffusion.

Une émission pour « vilipender la communauté musulmane »

Le programme lancé fin août a finalement été interdit par la Cour Suprême indienne après la diffusion de quatre épisodes du 11 au 14 septembre. « À première vue, il apparaît à la Courque l'intention, l'objet et le but des épisodes diffusés sont de vilipender la communauté musulmane. Une tentative insidieuse a été faite pour insinuer qu'elle est impliquée dans une conspiration visant à infiltrer les services publics. La dérive, la teneur et le contenu des épisodes ont pour but d'amener la communauté à la haine et au discrédit. Toute tentative de diffamation d'une communauté doit être considérée avec désapprobation par ce tribunal en tant que gardien des valeurs constitutionnelles », ont fait savoir, mardi 15 septembre, les juges en charge du dossier selon le Hindustan Times.

L’émission, en pointant du doigt une prétendue augmentation des candidats musulmans aux concours de la fonction publique, avance qu’une conspiration serait à l’oeuvre pour permettre à la minorité musulmane d’« infiltrer » les services publics du pays. Il est par ailleurs affirmé que plusieurs candidats seraient des « jihadistes ». S’ajoutait à ces allégations une rumeur portant sur la création d’une matière appelé « études islamiques », rumeur apparue sur les réseaux sociaux après la diffusion de la bande-annonce de l’émission. Les principales cibles de ces affirmations étaient les étudiants de l’université Jamia Millia Islamia, situé à New Delhi.

La Cour suprême a estimé qu'il était « insidieux » d'invoquer la liberté de la presse et la liberté d'expression pour attaquer une minorité religieuse. « La construction d'une société démocratique stable et le respect des droits et des devoirs constitutionnels sont basés sur la coexistence des communautés. L'Inde est un creuset de civilisations, de cultures et de valeurs. Toute tentative de diffamation d'une communauté doit être considérée avec défaveur », a-t-elle indiqué.

Face à la montée de l'ultranationalisme hindoue représentée aujourd'hui dans les plus hautes sphères du pouvoir, les musulmans, qui représentent environ 15 % de la population en Inde, sont victimes de discriminations et de violences qui se sont accentuées avec la crise sanitaire du Covid-19.

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