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Inde : comment la crise du coronavirus alimente la haine contre les musulmans

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 16 Avril 2020 à 10:30

           

En Inde, la crise du Covid-19 attise l'islamophobie. Tandis que les discours de haine assimilant les musulmans à des propagateurs du coronavirus se multiplient, de nombreux cas de violences ont été recensés à travers le pays.



Inde : comment la crise du coronavirus alimente la haine contre les musulmans
La crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 a-t-elle mis un coup d’arrêt aux violences commises ces derniers mois envers les musulmans d’Inde ? Non, l’unité nationale n’est bien malheureusement pas à l’ordre du jour.

Alors le pays est sous le coup d’un confinement total décrété par les autorités le 25 mars, plusieurs musulmans ont été victimes de violences physiques par des groupes extrémistes hindous, rapporte New York Times. Ces derniers accusent les adeptes de l'islam d’être à l’origine de l'épidémie du coronavirus. Messages haineux, appels au boycott des commerces musulmans et fake news sont massivement relayés dans les réseaux sociaux indiens, avec des hashtags comme « Corona Jihad ».

Un rassemblement religieux musulman mis en cause

Un rassemblement religieux organisé par Tablighi Jamaat à New Delhi sur plusieurs jours en mars a émergé comme l’un des principaux foyers de contamination au Covid-19 dans le pays, ce que les autorités locales et des responsables du parti au pouvoir, le BJP, n’ont pas manqué de s'en servir pour asseoir leurs discours islamophobes.

« Ce qui aggrave la situation (pour les musulmans), c'est qu'il y a un élément de vérité derrière les affirmations du gouvernement », souligne New York Times. Après l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, décrétée par les autorités de New Delhi le 16 mars, les responsables du mouvement rigoriste musulman, avaient, en effet, choisi de maintenir leurs réunions, en faisant valoir auprès de leurs fidèles qu’Allah les préserverait du virus.

Cette attitude, qui a conduit un millier de personnes à rester pendant plusieurs jours dans le centre de Tablighi Jamaat, a été fermement condamné par plusieurs organisations et personnalités musulmanes en Inde. Le leader de Tablighi Jamaat fait l'objet de poursuites judiciaires depuis fin mars, mais le mal est fait et c'est l'ensemble des musulmans, déjà très malmenés en Inde, qui pâtit des conséquences.

Depuis, « la tonalité générale suggère que ce sont les musulmans qui ont inventé le virus pour le propager délibérément dans une forme de djihad », témoigne l’écrivaine indienne Arundhati Roy dans une tribune au Monde où elle livre « un regard cru sur la tragédie qui frappe l’Inde à l’heure du coronavirus ».

Un deux poids, deux mesures qui profitent aux nationalistes hindous

Un tiers des contaminations enregistrées au coronavirus serait directement lié au cluster de New Delhi. Des scientifiques indiens ont néanmoins souligné, selon The Guardian, que, « alors que les tests de dépistage au coronavirus soient extrêmement faibles dans toute l'Inde, un nombre disproportionné de cas sont des membres de Tablighi Jamaat (…), ce qui fausse fortement les chiffres » mis en avant par les autorités.

Les responsables du BJP au pouvoir n’en ont cure, allant jusqu'à affirmer que les fidèles du mouvement avaient l'intention, dans le cadre d’un « complot musulman », d'infecter des millions de personnes.

Selon Zafarul-Islam Khan, président de la Commission des minorités de Delhi, le traitement médiatique et politique disproportionné visant Tablighi Jamaat vise à mettre sous le tapis l’éventuelle responsabilité, dans la propagation du virus, de certains partis politiques et religieux hindous qui ont, eux aussi, bafoué des interdictions en organisant de grands rassemblements en mars.

En date du mercredi 15 avril, l’Inde, le deuxième pays le plus peuplé au monde avec ses 1,3 milliard d’habitants, compte officiellement près de 400 décès liés au Covid-19.

Mise à jour lundi 20 avril : L'Organisation de la coopération islamique (OCI) dénonce la stigmatisation des musulmans font l'objet durant la crise du Covid-19.

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