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Société

A la Mosquée de Paris, une exposition hommage aux soldats musulmans morts pour la France inaugurée

Rédigé par | Vendredi 11 Janvier 2019

La Grande Mosquée de Paris a été bâtie au lendemain de la Grande Guerre pour marquer la reconnaissance de la nation à l’endroit des soldats musulmans morts pour la France. Cette institution centenaire a ainsi été le lieu tout trouvé pour inaugurer, jeudi 10 janvier, l’exposition historique retraçant deux siècles d'engagement de ces hommes sous le drapeau tricolore. L’initiative hommage, portée par l’aumônerie musulmane aux armées, entend ainsi « valoriser dans le récit national une histoire peu enseignée » auprès de la jeunesse française.



A la Mosquée de Paris, une exposition hommage aux soldats musulmans morts pour la France inaugurée
C’est un grand soir pour l’aumônerie musulmane aux armées. La dernière-née des structures cultuelles militaires, créée en 2006, a inauguré en grande pompe, jeudi 10 janvier, son exposition « Soldats de France : l’engagement des soldats musulmans de 1802 à 1962 » à la Grande Mosquée de Paris, en présence de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées.

« Il est dans l'ordre naturel que l'inauguration se fasse ici », affirme le président de la Fondation de l’islam de France Ghaleb Bencheikh, venu accompagné de son prédécesseur Jean-Pierre Chevènement. « C'est pour dire le lien symbolique et même physique, matériel et moral que cette institution (la GMP) établit entre la République et la tradition religieuse islamique. (…) La FIF tient à saluer, à reconnaître et à honorer l'engagement de ceux qui ont payé le tribut du sang pour la souveraineté de la France. »

Une exposition pour assurer le devoir de mémoire

Avant, et dans une ambiance des plus solennelles, une nécessaire cérémonie commémorative à la mémoire des soldats musulmans morts pour la France s’est tenue. « Le devoir de mémoire envers ces soldats est à l’origine de la Mosquée de Paris », rappelle, par la suite, Dalil Boubakeur face à l’assistance. Celle-ci comptait notamment des anciens combattants ainsi que des aumôniers militaires musulmans. Ces derniers sont venus en nombre pour marquer le moment historique de l’inauguration d’une exposition « qui met à l’honneur l’histoire trop méconnue, parfois même "oubliée", des soldats musulmans dans les campagnes militaires françaises, depuis plus de deux siècles », selon les mots du recteur de la Grande Mosquée de Paris.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées.
Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées.
« L’armée française, par son esprit d’égalité, a été le creuset d’une véritable acceptation des musulmans à participer, de façon toujours remarquable, aux évènements fondateurs de la nation française », fait-il part.

La secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées Geneviève Darrieussecq abonde en ce sens : l’histoire de l’armée française « épouse celle de notre nation. Dans ce creuset national, toute la diversité et la richesse de la France s’y retrouvent et s’y fondent. Nous en sommes fiers ! Dans cette histoire, les soldats musulmans occupent une place éminente ».

Preuve en est, pour Ghaleb Bencheikh, le fait qu’il y a eu « davantage de morts dont le prénom était Mohamed, Abdallah, Mustapha, Rachid… et c'est à l'honneur de la France », taclant ceux qui « viennent nous dire maintenant que ce genre de prénoms est une insulte à la France ». En effet, selon une étude parue en novembre 2018, ils sont 1 717 Mohamed à être tombés au front pendant la Première Guerre mondiale, « assez pour intégrer le top 50 des prénoms, devant les Martin (649) et les Mathieu (572) ».

« Depuis deux siècles, des soldats musulmans ne cessent de pourvoir les rangs de l’armée française. Aujourd’hui, ils sont Français et continuent de servir notre drapeau avec courage et détermination. Ils ne sont pas des militaires musulmans ou des musulmans militaires, mais ils sont militaires et musulmans. (…) Le militaire qui sert son pays doit pouvoir pratiquer sa religion là où sa mission et le service l’appellent. Cette liberté religieuse est le principe fondamental de l’aumônerie militaire », affirme la secrétaire d’Etat. A travers l’exposition, « cette transmission est un élément d’appropriation d’une identité commune et, je l’espère, un gage supplémentaire de cohésion nationale », dit-elle.

Lire aussi : Avec l'exposition hommage aux soldats musulmans, « ce sont nos racines communes qui sont mises en valeur »

Faire revivre la mémoire du sacrifice auprès des jeunes

« L’aumônerie musulmane aux armées, dans sa volonté de participer au débat public, a créé une mission "Mémoire et Patrimoine" (en 2017) avec pour vocation, à travers les fonds d’archives et le récit oral des anciens combattants, de faire revivre cette mémoire du sacrifice, qui constitue un lien indéfectible entre ces combattants musulmans et la France dans sa grande Histoire », détaille auprès de Saphirnews l’aumônier Yousra Ouizzane, qui a assuré la direction scientifique de l’exposition.

Celle-ci, produite en grande partie avec le concours de l’Etablissement de communication et de production audiovisuel de la défense (ECPAD), est déclinée sur un plan chronologique et thématique sur 20 panneaux retraçant deux siècles d’engagement des soldats musulmans dans l’histoire militaire française. Avec un but assurément pédagogique, l’exposition, accompagnée d’un court métrage, est destinée à la jeunesse. Elle a d’ailleurs été conçue pour être itinérante : elle va être d’abord présentée dans les lycées militaires puis dans les lycées publics.

Une œuvre de réconciliation des citoyens par-delà leur appartenance confessionnelle

« Il faut se rappeler qu’il y a, au-delà d’une immigration économique des musulmans, une immigration combattante qui est assez négligée. (…) Il s’agit de reconnecter la jeunesse française avec son armée mais aussi avec ce sentiment d’appartenance nationale », fait valoir Yousra Ouizzane. « Cette exposition lance la mission mais elle n’est que la première étape d’un travail qui appelle à un ouvrage collectif réunissant des universitaires, des chercheurs et des anciens combattants. »

« Il y a eu, par le passé, et aujourd’hui encore, des tentatives de débats sur l’identité nationale. Un débat utile mais qui a été galvaudé (…). Lorsqu’il a fallu aborder la question de l’identité, on l’a mis en opposition à l’islamité », indique, en marge de l’inauguration, Abdelkader Arbi, aumônier en chef du culte musulman dans les armées, à Saphirnews. L’exposition participe à une réconciliation de l'ensemble des citoyens par-delà leur appartenance confessionnelle « parce qu’elle raconte une tranche d’Histoire de France. On raconte non pas l’Histoire des musulmans mais l’Histoire de France à laquelle ont participé des soldats qu’on a appelés musulmans ».

Pour Dalil Boubakeur, « l’armée d’Afrique a disparu de notre horizon et sa présence physique n’est plus qu’un souvenir » mais « ce souvenir demeure dans le cœur de tous les anciens tirailleurs qui ont eu l’honneur de servir dans ses rangs, et que tous les Français ont le devoir de faire battre encore. Ce souvenir doit être délivré aux jeunes générations, comme le fera cette exposition qui leur est destinée ».



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur