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Points de vue

Une loi d'exception contre le voile

Rédigé par Dja-Bouabdallah Naïma | Lundi 23 Juin 2003

Le voile fait son retour sur la scène médiatique donnant lieu à des débats sans fin. A travers les médias ou de la bouche de certains intellectuels, le voile est perçu comme ' une opération terroriste ', ou encore ' taché de sang '. Les allusions extrêmistes de certains vont jusqu'à lier le ' foulard islamique ' à ' l'obscurantisme islamiste '. Les délires fantasmagoriques de ces pseudo-experts autoproclamés trouvent leurs sources dans des préjugés et des idées islamophobes dont la religion musulmane est innocente et les français musulmans sont victimes. Mais, s'est-on soucié de savoir ce que le voile, qui suscite tant de polémiques et de haine dans le débat public, peut bien représenter pour ces jeunes femmes qui décident d'en faire, un jour, une parure de leur tenue vestimentaire ? Pourquoi tant de propositions de lois visant à lutter ' contre ' le voile ' pour ', dit-on, sauvegarder la laïcité alors que la situation est loin de justifier tant de remouds ?



Le voile fait son retour sur la scène médiatique donnant lieu à des débats sans fin. A travers les médias ou de la bouche de certains intellectuels, le voile est perçu comme ' une opération terroriste ', ou encore ' taché de sang '. Les allusions extrêmistes de certains vont jusqu'à lier le ' foulard islamique ' à ' l'obscurantisme islamiste '. Les délires fantasmagoriques de ces pseudo-experts autoproclamés trouvent leurs sources dans des préjugés et des idées islamophobes dont la religion musulmane est innocente et les français musulmans sont victimes. Mais, s'est-on soucié de savoir ce que le voile, qui suscite tant de polémiques et de haine dans le débat public, peut bien représenter pour ces jeunes femmes qui décident d'en faire, un jour, une parure de leur tenue vestimentaire ? Pourquoi tant de propositions de lois visant à lutter ' contre ' le voile ' pour ', dit-on, sauvegarder la laïcité alors que la situation est loin de justifier tant de remouds ?



Le voile : que s'est-il passé depuis 20 ans ?

Au début des années 80, les jeunes filles portant le voile fréquentaient l'école publique comme tous les autres élèves, sans pour autant que ce droit leur soit contesté.
En décembre 1989, surgit la première ' affaire du foulard ', un proviseur qui s'est avéré être proche de l'extrême droite, refuse de scolariser deux jeunes filles voilées. Dans la lancée, des enseignants et des intellectuels de gauche se mobilisent dans une grande campagne médiatique en faveur de l'exclusion de ces jeunes filles, portant ainsi un coup redoutable au principe fondamental de l'école publique qu'est le droit et l'obligation d'être scolariser.
Lionel Jospin, ministre de l'Education Nationale à l'époque, calme les esprits en répondant avec fermeté qu'il est ' exclu d'exclure '. Il saisit alors le Conseil d'Etat qui rend son avis le 27 novembre 1989 en affirmant que ' la liberté ainsi reconnue aux élèves comporte pour eux le droit d'exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l'intérieur des établissements scolaires dans le respect du pluralisme et de la liberté d'autrui, et sans qu'il soit porté atteinte aux activités d'enseignement, au contenu des programmes et à l'obligation d'assiduité. ' En somme, le port du voile à l'école n'est en rien incompatible avec les valeurs laïques françaises.
A Flers, des enseignants ont exigé et obtenu l'exclusion de deux collégiennes voilées par confirmation du tribunal administratif de Caen le 15 octobre 1999. En manifestant leur refus de se plier à l'avis du Conseil d'Etat, ces enseignants se sont donc mis hors-la-loi. Dans cette affaire, Lionel Jospin et Ségolène Royal, qui avaient été si fermes lors de la première ' affaire du foulard ', n'ont pas pris la peine de rappeler à l'ordre ces professeurs.
Depuis lors, le nombre de cas de filles voilées rencontrant des problèmes dans leurs établissements n'a pas du tout augmenté, une centaine de cas par an selon Hanifa Cherifi, médiatrice à l'Education Nationale, alors qu'il y'en a davantage qui arrivent chaque année sur les bancs de l'école. Dans les nombreux cas à problème recensés, encore faut-il s'entendre sur les mots : est-ce l'élève ou le corps enseignant qui pose problème ?



Comment vivent-elles avec leur voile ?

Pour les jeunes filles qui le portent, le voile peut représenter beaucoup de choses, mais rien qui justifie de prés ou de loin l'offensive islamophobe qu'il nous ait donnés de voir actuellement. Comme le montrent les sociologues qui ont étudié la question du voile, les seuls à avoir entendu ces jeunes filles au lieu de parler à leur place, les motivations sont diverses tout en étant lié à la foi, mais il ne s'agit pas d'actes de militantisme intégriste.
Le fait de réduire la femme qui porte le voile à une forme de soumission est très simplificateur. Le voile est, en effet, utilisé par certaines jeunes filles comme un moyen d'émancipation.

Françoise Gaspard et Farhad Khosrokhavar(*), après une longue enquête et une centaine d'entretiens, en arrivent aux constats suivants : ' Nombre de filles voilées que nous avons rencontrées nous ont semblé plus proches d'une attitude moderne que certaines femmes et filles non voilées. Nombre d'entre elles récusent la polygamie, l'interdiction du travail à l'extérieur, l'inégalité des droits dans certains domaines, etc. '

Ils remarquent surtout que : ' Quand on discute avec elles, elles ne sont pas prêtes à renoncer à leur autonomie. Pas question notamment de rester à la maison ou d'accepter un mariage contraint. '

Ces conclusions contredisent directement les idées réductrices sur la femme voilée dans l'opinion publique qui tiennent plus à des préjugés qu'à autre chose.


Contre une loi liberticide

Les affaires dites du ' foulard à l'école ' ne datent pas d'aujourd'hui, et nous nous rendons bien compte que les débats sur l'interdiction de signes religieux à l'école ne visent qu'à marginaliser ces jeunes filles voilées allant au besoin jusqu'à les exclure définitivement de la société civile en les privant de l'enseignement public obligatoire.

La polémique que nous vivons autour du voile n'est qu'une phase passagère, elle témoigne surtout de la prise de conscience par l'opinion publique que l'Islam avec la formation du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) fait maintenant plus que jamais partie intégrante du paysage français. Il est donc normal que des interrogations se fassent entendre pour savoir si les valeurs intrinsèques de l'Islam sont compatibles avec celles de la République.
Nous remarquons d'ailleurs que les seuls débats publics organisés actuellement sur la laïcité traitent tous de son rapport à l'Islam. Mais, la ' confrontation voulue ' dans ces débats entre la République et l'Islam est loin d'être innocente, le fait d'en exclure les principaux intéressés que sont les musulmans en est une preuve.

Et si problème il y'a, il ne sera pas dépassé avec une loi liberticide se voulant ' générale ' alors qu'en fait, elle est construite spécialement en l'honneur de ces jeunes filles voilées qui ne demandent qu'à vivre leurs convictions religieuses sans gêner, ni offusquer personne.
Tout porte à croire que les peurs et idées préconçues sur l'Islam seront un jour dépassées comme celles exprimées sur le judaïsme jusqu'au 19éme siècle avec l'affaire Dreyfus.
Il est pour l'heure important que l'école remplissent ses devoirs tout en préservant ce qui participe de l'identité de ses élèves comme l'a écrit Jules Ferry dans sa lettre aux instituteurs de 1883 : ' Le maître doit veiller constamment à ne choquer les opinions d'aucun des enfants qui lui sont confiés, et d'aucun des parents qui les lui confient. Le maître est le délégué des parents. '

 


(*) Cf. F. Gaspard et F. Khosrokhavar, Le foulard et la république, op. cit., 1995.