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Sur le vif

Une fresque murale de femme voilée avec étoile jaune suscite le débat, l'artiste s'explique

Rédigé par Lionel Lemonier | Lundi 31 Janvier 2022 à 15:54

           


A Grenoble, la fresque représentant une femme musulmane portant le voile avec une étoile jaune sur laquelle est inscrit « Muslim » fait débat. © Goin - Andrea Berlese
A Grenoble, la fresque représentant une femme musulmane portant le voile avec une étoile jaune sur laquelle est inscrit « Muslim » fait débat. © Goin - Andrea Berlese
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a décidé, jeudi 27 janvier, de retirer ses subventions au Street Art Fest Grenoble Alpes. En cause, la présence sur un mur d’un pochoir montrant une femme portant un hijab à l'habit rappelant celui des déportés dans les camps nazis, sur lequel est cousu une étoile jaune avec l’inscription « Muslim ». L'explication est surprenante, déjà parce que cette fresque, intitulée « Bad religion ? » et réalisée par l’artiste Goin, ne fait pas partie des œuvres présentées par le festival d'art urbain. Elle est, par ailleurs, présente rue Hébert à Grenoble depuis juillet 2021 sans qu'elle n'ait été l'objet de polémiques jusque-là.

Dans son communiqué, la Région, qui accorde 10 000 euros au festival sur un budget total de 600 000 euros, explique sa décision par la nécessité de ne pas alimenter la haine : « Au-delà du mensonge historique véhiculé, cette provocation artistique aussi inacceptable que dangereuse ne sert que les extrêmes et constitue une incitation à la haine et aux violences. » Elle réclame, en outre, « le retrait immédiat de cette fresque, située sur la voie publique, de surcroît à quelques mètres du musée de la Résistance et de la déportation ».

Le même jour, la fresque de la rue Hébert a été endommagée. Le visage de la femme et l’étoile jaune a été recouverts de peinture noire. Récemment, l’œuvre avait été l’objet de vives critiques de la part du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) – Grenoble Dauphiné. Hervé Gerbi reprochaient notamment à l’auteur d’assimiler « la situation des musulmans d’aujourd’hui à celle des juifs exterminés par les nazis ».

Au micro de France Bleu, Jérôme Catz, le fondateur et directeur du festival, s’est interrogé sur le niveau de polémique que suscite l'œuvre de Goin : « Cette œuvre porte un message engagé, effectivement. Le nom de l'œuvre c'est "Bad religion ?", comme si l'artiste demandait si, aujourd'hui, il y a des personnes qui sont stigmatisées à cause de leur religion. Pour moi, c'est clairement une question d'agenda médiatico-politique, qui curieusement se rapproche de l'élection présidentielle. »

© Goin - Andrea Berlese
© Goin - Andrea Berlese

« Ces gens n'ont rien compris au message »

De son côté, l’artiste interrogé par FR3 Auvergne-Rhône-Alpes, expliquait vendredi 28 janvier qu’il était « étonné que sa fresque n’ait pas suscité de réactions plus tôt ».

« Mon œuvre reflète la douleur des musulmans et des juifs qui se battent depuis des millénaires, ajoute-t-il. Ce qui se passe entre eux est affligeant et ne devrait plus se produire à notre époque. Et ce qui se passe avec les Ouïghours en Chine est également intolérable ! Cette œuvre d’art est un mémorial pour tous ceux qui voient une menace dans la religion ou dans l’origine de l’autre. Plus jamais ça ! C’est cette évidence que j’ai voulu répéter encore ! Si le CRIF n’a pas compris cela, il vaut mieux qu’il change de président… »

Contacté directement par Saphirnews, il rappelle, lundi 31 janvier, que la fresque « Bad religion ? » n'a pas été faite dans le cadre du festival : « C'est une peinture de rue réalisée (...) sans autorisation et sans subvention ni lien avec la mairie ou le festival Grenoble Street Art Fest. »

Habitué aux réactions virulentes face à ses œuvres les plus provocatrices, il estime que « les personnes prétendant que mon œuvre est inacceptable et dangereuse sont des personnes qui n'ont rien compris au message ou qui sont de mauvaise foi. Ce sont ces mêmes personnes qui, tous les jours, alimentent le discours des extrémistes en stigmatisant les minorités, en l’occurrence les musulmans. En ces temps de campagne électorale, on laisse certains sombres personnages diffuser sur les chaînes de grande écoute des idées fascistes très proches de celles d'Hitler et le pire, c'est que beaucoup de citoyens appuient leurs thèses et sont prêtes à voter pour eux !. Ils parlent des musulmans comme on parlait des Juifs dans les années 1930-1940 ! ».

Avant d'ajouter : « Le retour du fascisme n'émeut apparemment pas grand monde et cela me révolte et m'indigne au plus haut point ! Avec leur "novlangue", ils voudrait nous faire croire que "La guerre c’est la paix ; la liberté c’est l’esclavage ; l’ignorance c’est la force." Je suis antiraciste, antisexiste et antihomophobe ! Plus jamais ça ! C'est cela que j'ai voulu dire à travers cette peinture. »

Lire aussi :
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1.Posté par francois.carmignola@gmx.com le 01/02/2022 18:53 | Alerter
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La censure et la dégradation de la fresque est effectivement condamnable, tout comme les exclamations horrifiées devant les caricatures de mahomet en leur temps. Il aurait suffit d'en afficher une juste à côté pour faire bonne mesure, la guerre des provocations graphiques étant toujours préférable à la guerre tout court.

Il existe effectivement une thèse, provocatrice et spécieuse qui affirme de manière provocatrice qu'il y a équivalence entre les situations des musulmans discriminés d'aujourd'hui et les juifs persécutés pendant la guerre mondiale. Cela est évidemment faux, et veut délibérément produire un effet suivant quatre modalités.

D'abord la désapprobation des personnes attachées au respect de la mémoire des effroyables souffrances des juifs de cette époque, et qui répugnent à la banalisation de celles-ci. Provoquée délibérément cette répugnance est une souffrance infligée inutile, dont on aurait pu s'abstenir par politesse.

Ensuite l'expression et l'affirmation qu'il y discrimination et violence envers les musulmans. Forcer le trait sur cet aspect veut signifier que la collectivité sous estime la gravité de ces situations et on veut ainsi la rappeler violemment à ses devoirs. Provoquée délibérément, cette violence est une accusation un peu injuste en forme de désagréable accusation.

Et puis il y a la revendication exprimée à haute voix par l'artiste qui voudrait ainsi convaincre juifs et musulmans de se rassembler au lieu de "se battre depuis des millénaires". L'allu...  

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