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Psycho

Tohir, 22 ans : « Je suis un jeune reconverti au passé plutôt lourd… »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mardi 1 Juin 2010



Tohir, 22 ans : « Je suis un jeune reconverti au passé plutôt lourd… »
« Je suis un jeune reconverti (22 ans) au passé plutôt lourd (alcool, drogue, délinquance, perversion etc.). Depuis un an et cinq mois, Allah m’a guidé, ma vie a radicalement changé. L’épreuve faisant partie de la vie, mon point faible, je pense, est la femme, mais je n’ai pas pensé à la fornication un seul instant pendant plusieurs mois après ma conversion.

J’y suis retombé six mois et quinze jours plus tard, puis j’ai regretté sincèrement et je dirais même amèrement (avec des larmes, etc.). Je me disais pourtant de ne jamais plus y avoir à faire jusqu’au mariage, al hamdulillah… il ne faut jamais désespérer en Sa Miséricorde.

Seulement après une résistance d’un moment, je suis carrément retombé. La femme me tente et me déstabilise au point qu’en la désirant d’un côté et en résistant de l’autre, je finis par retomber dans les méfaits de mon passé (fumer, boire, me masturber). Plus d’une fois je me suis dit : « Même si c’est haram je vais me prendre une copine musulmane, comme j’ai pas encore les moyens de me marier. » Aujourd’hui, j’ajoute : « Quand j’aurais les moyens, c’est
celle-là que je marierai, rendant ainsi licite notre relation. »


Je jeûnais beaucoup, avais arrêté et j’ai repris à raison d’un jour par semaine (selon le seul conseil que je connais du saint Prophète - sws -, pour ceux qui n’ont pas les moyens de se marier). Seulement j’ai l’impression que mon désir l’emporte. Cette année, j’ai bu et fumé des cigarettes plus d’une fois et du cannabis, et une visite à la maison close deux fois (tout ça, agrémenté de
beaucoup d’alcool et d’un peu de cigarettes).

Mais je suis sûr ou plutôt ressens au plus profond de moi que si j’ai une compagne (même haram dans un premier temps, insha Allah), tout cela ne sera pas ! Car c’est mon désir de la femme qui est à la base, et cette « solution » m’aiderait (selon moi) à m’émanciper, même si mon milieu me semble hostile.

Je précise que par la grâce d’Allah, Il me facilite des actes relatifs à la religion (écouter un tafsir, lire le Coran, faire la dawa tabligh ou apprendre la science de manière écrite, audio ou vidéo), j’atteins des états où je ne songe même pas à la femme un seul instant !!! Mais ce désir fort finit par revenir, astaghfiruLlah. Surtout que je vis dans un environnement qui ne m’arrange pas, que j’ai essayé de quitter, mais rien à faire par manque de moyens. […] »

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Merci pour votre sincérité, ce n’est pas si facile de s’avouer ses faiblesses. Vous auriez voulu la réponse d’un savant ? Ce n’est pas mon cas, mon rôle serait plutôt de vous renvoyer à vous-même : qui d’autre que vous est le mieux placé pour vous comprendre et disposer de tous les éléments pour décider d’une voie à suivre ?

Vous lisez le Coran, vous souvenez-vous de la sourate 38, « Sâd », verset 29 : « Voici un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent. »

Il ne suffit pas de respecter à la lettre les prescriptions religieuses, mais il s’agit aussi d’incarner votre inspiration spirituelle dans vos actes. Et nul homme n’est un héros inné et c’est un long chemin que d’apprendre d’abord à se connaître pour ensuite adopter le bon comportement. Vous voilà sur ce chemin, avec derrière vous une expérience douloureuse pour vous et pour d’autres, peut-être, à cause de vous.

Qu’est-ce qui vous empêche, si vous trouvez une jeune femme musulmane qui vous aime, de l’épouser en toute simplicité devant un officiel musulman et l’officier public de la mairie, en attendant la grande fête traditionnelle du mariage avec la famille et les amis ? Si l’empêchement vient de la tradition dans vos familles, je vous renvoie au Coran qui incline à réfléchir : que vaut-il mieux respecter d’abord, Dieu, sa propre femme ou la tradition ?

Est-ce de vous engager qui vous fait peur ? Vous exprimez un besoin de vous retrouver, de vous calmer, de revenir vers la volonté de suivre le modèle du Prophète qui nous mène vers le perfectionnement de nos comportements… Ibn Ata Illah al Iskandarî, fondateur d’une grande confrérie soufie au XIIIe siècle, en Égypte, disait : « La source de toute désobéissance, de toute négligence, de toute concupiscence, c’est le fait d’être satisfait de soi-même. La source de tout acte d’obéissance, de vigilance, d’abstinence, c’est le fait de n’être pas satisfait de soi-même »… En vous confiant comme vous l’avez fait, vous reconnaissez que vous êtes insatisfait de vous-même, c’est le début de toute démarche sincère.

Vous êtes un homme destiné à fonder une famille, mais vous êtes encore jeune. Votre première tâche est d’apprendre à maîtriser vos pulsions. Et si c’est difficile, il vous faut alors travailler sur vous-même, votre histoire, pour comprendre pourquoi et comment y remédier. Se connaître soi-même, c’est apprendre à se remettre en question, admettre ses défauts, ses zones d’ombre qui nourrissent les murmures du « diable », en soi.

Dans un texte intitulé « Les maladies de l’âme (nafs, ego) et leur guérison », Abd er Rahmane Sulami, un savant du XIe siècle, dit : « Parmi les maladies de l’âme, il y a le fait que la satisfaction invétérée des désirs meurtrit l’âme car lorsqu’elle s’y adonne, elle devient insensible et morte par rapport aux œuvres d’obéissance et de conformité. Son remède approprié consiste à lui interdire tout ce qu’elle veut, à lui imposer ce qui lui répugne et à s’opposer à ce qu’elle réclame. Car c’est cela qui tue en elle les désirs. » C’est vrai, c’est difficile dans notre société de consommation, qui suscite sans cesse l’envie d’avoir, de résister aux désirs factices. Pourtant, le Coran nous encourage sans cesse à ne pas nous laisser leurrer par les biens du monde matériel.

On a demandé ceci à Abû Hafs : « Comment parvient-on à l’amélioration de l’âme ? » Il a répondu : « En s’opposant à elle car elle est la source de tous les fléaux. » Bien sûr, il s’agit là de ce qu’on appelle « l’âme animale », l’âme passionnelle, mue par les pulsions. La recherche de la satisfaction immédiate, l’illusion de la jouissance permanente, il suffit de regarder attentivement les images publicitaires qui utilisent le corps des femmes pour comprendre. Mais tout croyant se donne les moyens d’aller voir au-delà…

Le problème, ce sont nos voiles intérieurs. Ce que nous nous cachons à nous-mêmes. Ce travail de dévoilement, justement selon le modèle prophétique, c’est le « grand jihâd ». Vous êtes en plein dedans et vous avez les moyens de l’accomplir !


La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme » , mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com




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