Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Suis-je Charlie ?

Rédigé par Soumeya Salim | Mardi 13 Janvier 2015



Je n'ai pas la télé. Et pourtant, comme tout Français, il m'est impossible de passer à côté de cet événement tragique du 7 janvier. Une tuerie inimaginable, inqualifiable, mais qui a bien eu lieu. En France.

Je suis à la fois attristée par cette perte, par ces morts sans raison, peinée pour la famille des victimes, pour tous ceux qui ont assisté à ce drame. 
Je suis peinée, peinée que l'on puisse tuer pour un journal, peinée que des gens soient morts pour avoir dessiné et que d'autres soient morts pour avoir fait leur travail.

Suite à ce drame, des messages de soutien déferlent partout. Journaux, radio, réseaux sociaux... "Je suis Charlie". C'est trois mots retentissent partout. 
Mais suis-je Charlie ?

Charlie Hebdo est un journal que je ne lisais quasi jamais, sauf quand il a fait parler de lui en publiant des caricatures à propos de l'islam. 
Ces caricatures m'avaient blessée. J'ai beaucoup de respect pour les personnes qui m'entourent. Les croyants comme les non-croyants. 
Ces caricatures, je les ai trouvées déplacées et, à la fois, ce n'était qu'un dessin. Je n'ai jamais aimé et ne soutiendrais jamais ce genre de caricatures. Je préfère respecter la sensibilité de ceux qui m'entourent. Mais chacun est libre de s'exprimer comme bon lui semble.

Je suis une jeune musulmane, pratiquante, qui aime sa religion. J'aime ma religion, j'aime ceux qui m'entourent. Je déplore ce qu'il s'est passé, je veux apporter mon soutien aux victimes ainsi qu'à leur famille, mais je ne suis pas Charlie.

Je veux apporter mon soutien pas au nom de ma religion, pas parce que je suis musulmane. Je veux apporter mon soutien en tant que personne. 
Je suis sensible à ce qu'il s'est produit. Mais je ne veux pas qu'on se dise que les musulmans doivent montrer leur solidarité plus que quiconque. Le fait d'être musulman ne doit pas faire naître un sentiment de culpabilité. Surtout pas.

Je veux avoir le droit comme tout citoyen français de témoigner ma peine. Ma peine pour ces familles, ma peine pour cette tuerie. 
Je ne veux pas me différencier de quelconques citoyens français parce que je suis musulmane.

Je suis Etienne, Franck, Sabra, Isaac et je suis désolée de ce qu'il s'est passé.

Je ne suis pas Charlie, je suis Soumeya. Et je suis profondément navrée et partage la peine qui s'abat sur notre pays.

Que ces victimes reposent en paix…

****
Soumeya Salim, militante associative