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Social et solidaire

Start-ups solidaires : des tremplins professionnels pour les réfugiés

Mois de l'économie sociale et solidaire

Rédigé par Lola Ruscio | Mercredi 1 Novembre 2017

L’accueil des migrants ne saurait se limiter à l'apprentissage de la langue française et des valeurs de la République. Des start-up solidaires prennent le relais de l’État pour accompagner les réfugiés à s’insérer professionnellement.



Séance de mentoring dans le cadre du programme européen Migrant Integration Lab de la société B1-AKT.
Séance de mentoring dans le cadre du programme européen Migrant Integration Lab de la société B1-AKT.
Yasser a intégré, en juillet, l’incubateur parisien La Fabrique pour fonder une plateforme numérique. « J’ai trouvé des solutions de financement, j’ai bon espoir que ça marche », se réjouit cet entrepreneur en herbe. Arrivé en France en 2013, ce réfugié iranien de 36 ans a fait du chemin. Une fois son statut de réfugié obtenu, il s’inscrit à Pôle Emploi et arrache un CDD dans une société d’informatique. Son contrat terminé, il travaille au noir pour joindre les deux bouts, alors qu’il était gérant d’une société d’informatique et administrateur d’un journal politique, à Téhéran. « Pôle emploi ne m’a pas vraiment aidé », reconnaît-il. Yasser découvre sur Internet la start-up Singa, créatrice de l'incubateur La Fabrique.

Forte d’une communauté de 2 500 membres, Singa, fondée en 2012, place l’entrepreneuriat au cœur de son concept. Sa directrice, Alice Barbe, le perçoit comme « une solution » pour remédier au déclassement social des réfugiés. L’incubateur La Fabrique a accueilli, en 2017, vingt-quatre projets : création d’un média, application, société de traiteur, consulting, marque de vêtements… Les projets sont menés par des locaux et des réfugiés aux profils variés : artistes, diplômés et non-diplômés… Les exilés possèdent, toutefois, un bagage culturel et linguistique pour pouvoir présenter leur projet devant un jury, chargé de sélectionner les heureux élus. Une fois admis, des formations sont délivrées pour élaborer un business plan, pitcher un projet, créer un site Internet, faire une étude de marché…

Des coups de pouce nécessaires pour Lucie, une réfugiée rwandaise, fondatrice d’une start-up dédiée à l’art africain. « Je ne connaissais personne, je ne savais pas comment créer une société », affirme cette ancienne journaliste et de poursuivre : « J’ai pu ouvrir mon réseau et attirer des investisseurs, alors que j’étais le point d’abandonner. » Un discours qui vient en écho avec celui de la directrice : « 40 % des personnes qui entreprennent chez nous ne l'aurait pas fait si on les avait pas motivés. » Et d’ajouter : « La confiance en soi est difficile après l'exil. » À la sortie, le taux de création d’activité s’élève en 2017 à 70 %, quand 50 % des créateurs d'entreprise parvienne à générer des revenus et 37 % réussissent à en vivre.

Des liens se tissent entre les exilés et les locaux

Pour le cofondateur de Singa, Guillaume Capelle, l’idée ne se résume pas à l’entrepreneuriat, il s’agit aussi de « comprendre les codes culturels, développer son capital social, se faire un réseau, rencontrer des gens ». Des liens se tissent entre les exilés et les locaux. Ce brassage culturel est une source d’inspiration pour Imaan, une entrepreneuse française, « c’est une expérience enrichissante. Lors des brainstormings, chacun met son petit grain de sel et cela donne des idées ». Réfugiés et locaux deviennent même des associés.

Haytham, poète-rappeur syrien, réfugié en France, Thibaut, chanteur d’opéra converti au beat-box et au rap anglais, et Romain, rappeur, se sont rencontrés chez Singa et ont fondé The AFM.
Haytham, poète-rappeur syrien, réfugié en France, Thibaut, chanteur d’opéra converti au beat-box et au rap anglais, et Romain, rappeur, se sont rencontrés chez Singa et ont fondé The AFM.
Le cas de Thibault, de Romain et de Haytham, un réfugié syrien, est éloquent. Ensemble, ils forment The AFM, un groupe de rap en trois langues. Une passion commune qui les amenés à fonder aussi Espi Family, une association destinée à tisser du lien entre les cultures grâce à la musique.

Dans un autre registre, la plateforme en ligne Action Emploi Réfugiés, lancée en 2016, met en relation des exilés avec des employeurs. En un clic, le demandeur d’emploi met en ligne son CV ou le créer directement sur le site, avant d’être référencé en fonction de sa région, ses qualifications, les langues parlées... Pas moins de 150 réfugiés ont trouvé un emploi depuis le lancement du site.

Les atouts des exilés intéressent les entreprises car, selon Diane Binder, cofondatrice d’Action Emploi Réfugiés, « ils ont moins d’attaches, ils sont donc plus mobiles. Ils ont souvent des compétences dans des domaines qui sont en tension ». Sur la plateforme, les annonces de services à la personne (gardiennage, baby-sitting), dans la restauration et l’industrie sont majoritaires. « Les réfugiés viennent compléter une main-d’œuvre manquante dans des secteurs qui ont du mal à recruter, comme le bâtiment, les services, les emplois pénibles », analyse pour Le Monde El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine.

L’intégration professionnelle, « une opportunité économique »

Une main-d’œuvre bon marché, qui peine à s’insérer durablement sur le marché du travail. Dans le plan migrants dévoilé le 12 juillet par le Premier ministre, Edouard Philippe, les réformes pour faciliter l’intégration sont cosmétiques. Seule mesure concrète : la création de 5 000 places pour « favoriser la transition vers le logement autonome » de personnes ayant obtenu le statut.

Développé dans 7 pays (Allemagne, Belgique, Grèce, Roumanie, Italie, Serbie, France), le programme Migrant Integration Lab vise à l’intégration globale des migrants : sur les aspects sociolinguistiques et culturels comme économiques et professionnels.
Développé dans 7 pays (Allemagne, Belgique, Grèce, Roumanie, Italie, Serbie, France), le programme Migrant Integration Lab vise à l’intégration globale des migrants : sur les aspects sociolinguistiques et culturels comme économiques et professionnels.
Une mesure positive, mais insuffisante pour répondre aux besoins : sur les 85 244 demandes d’asiles, enregistrées en 2016 sur le sol français, 26 531 ont abouti à l’obtention d’un statut de réfugié. Pour le reste, les dispositifs pour aider à l’apprentissage de la langue et à l’insertion professionnelle restent floues et ne sont pas accompagnées de précisions sur les moyens de financement. Obtenir un bilan de compétences ou une reconnaissance des diplômes étrangers relèvent du parcours du combattant.

Intégrer les réfugiés sur le marché du travail est, pourtant, toujours une urgence : 110 000 demandeurs d’asile devraient déposer un dossier en 2017 en France, selon l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Un gros tiers obtient, généralement, le statut de réfugiés. Et l’Etat a tout intérêt à les intégrer dans le tissu économique. Pour le spécialiste des migrations Xavier Chojnicki, l’impact effectif de l’arrivée des réfugiés sur le marché du travail est « modéré car on reste sur des ordres de grandeur très faible ». L’éventuelle pression à la baisse des salaires est « difficile à mesurer ». Si tel est le cas, « cet effet se résorbera très rapidement, en l’espace de quelques mois, et entraînera un choc de la demande : si plus de personnes sont sur le marché du travail, les entreprises voudront produire davantage ».

L’intégration professionnelle des réfugiés est une « opportunité économique », facteur de recettes budgétaires supplémentaires pour les caisses de l’Etat. Une vision partagée par Laura Petrache, cofondatrice du dispositif Migrant Intégration Lab, mis en œuvre dans sept pays européens et qui a permis d’intégrer 500 personnes grâce à leurs projets entrepreneuriaux ou dans des emplois aussi divers que l’artisanat, la restauration, les applications Web ou l’architecture : « L’arrivée des réfugiés est une opportunité pour créer quelque chose de nouveau, une société plus ouverte, plus riche sur le plan culturel et économique. »





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