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Monde

Royaume-Uni : la main tendue d'Andy Burnham aux musulmans, la promesse d'en finir avec « une décennie de division »

Rédigé par | Mardi 3 Novembre 2026

           

Pour son centième jour à Downing Street, le Premier ministre travailliste Andy Burnham a réuni, mardi 27 octobre, des responsables musulmans, promettant de combattre une haine antimusulmane à des niveaux records en Grande-Bretagne. Un geste salué par les organisations musulmanes, qui réclament désormais des actes concrets, sur fond de poussée du parti d'extrême droite Reform UK.



Une mosquée attaquée tous les cinq jours. Des crimes haineux contre les musulmans en hausse de 15 % en un an. Et un parti d’extrême droite qui a raflé plus de 1 400 sièges de conseillers au printemps dernier. C’est dans ce contexte qu’Andy Burnham a ouvert, mardi 27 octobre, les portes du 10 Downing Street à des leaders britanniques musulmans, une première depuis son arrivée au pouvoir, cent jours plus tôt, jour pour jour. À ses côtés, autour de la table du Conseil des ministres, figurait Angela Rayner, ministre du Logement, des Communautés et des Collectivités locales.

Le message se voulait limpide. « Nous ne pouvons pas avoir une autre décennie de division comme celle que nous avons vécue », a lancé le chef du gouvernement, cité par la radio LBC. Il a reconnu que les musulmans du pays avaient subi parmi les pires effets de ces années de fractures, notamment la haine banalisée sur les réseaux sociaux. Il a jugé inacceptables certaines positions et le vocabulaire employés par des partis d’opposition à l’égard des musulmans. « Nous voulons combattre toute forme de haine, de discrimination, d’islamophobie, où que nous la trouvions », a-t-il ajouté.

Autour de la table figuraient notamment Shaista Gohir, directrice du Muslim Women’s Network UK, Bibi Khan, présidente du London Islamic Cultural Centre, Javed Khan, directeur du think tank Equi, ainsi que Shabir Randeree et Akeela Ahmed, président et directrice générale du British Muslim Trust (BMT). Lancée par la Fondation caritative Randeree et la Fondation Aziz, cette organisation a été choisie en juillet 2025 par le gouvernement de Keir Starmer, qui la finance, pour surveiller la haine antimusulmane, en remplacement de l’association Tell Mama.

Un Premier ministre accueilli avec espoir mais attendu au tournant

Andy Burnham est entré en fonction le 20 juillet 2026, après avoir été désigné le 17 juillet, sans adversaire, à la tête du Parti travailliste. L’ancien maire du Grand Manchester, revenu à la Chambre des communes en juin via une élection partielle dans la circonscription de Makerfield, a succédé à Keir Starmer, poussé vers la sortie après la débâcle électorale du printemps. Sa mission, avait-il dit en acceptant la direction du parti : « Ramener l’espoir. »

Pour beaucoup de Britanniques musulmans, son arrivée a sonné comme une éclaircie. Sous Keir Starmer, la confiance de cet électorat historiquement travailliste s’était effondrée, principalement à cause de la position du parti sur la guerre à Gaza. En juillet, en pleine course à la direction, Andy Burnham avait fait un geste remarqué : « Mon parti n’a pas bien fait les choses, et j’en suis désolé », avait-il déclaré sur X pour critiquer la réponse initiale du Labour face aux massacres commis par Israël. Le parti avait notamment longtemps refusé d’appeler à un cessez-le-feu, ce qu'Andy Burnham réclamait dès octobre 2023 avec des figures travaillistes comme le maire de Londres, Sadiq Khan.

A son accession au pouvoir, les actes ont en partie suivi. En septembre, son gouvernement a annoncé des sanctions commerciales contre les colonies israéliennes illégales de Cisjordanie, dont les produits ne peuvent plus être importés. « La souffrance du peuple palestinien est une cicatrice sur la conscience du monde », a écrit Andy Burnham sur X.

Par ailleurs, les restrictions d’exportations d’armes décidées en septembre 2024 ont été étendues aux équipements contribuant à l’occupation : plus de 80 licences sont désormais suspendues ou refusées. Londres n’a toutefois pas décrété d’embargo total sur les armes, ce que réclament les défenseurs de la cause palestinienne. Toutefois, ces quelques décisions ont été mal perçues par une partie des organisations juives qui accusent Andy Burnham de courtiser l’électorat musulman par une rhétorique hostile à Israël ; une accusation que rejette le Premier ministre.

En parallèle, le nouveau chef du gouvernement a maintenu Shabana Mahmood, première femme musulmane ministre de l’Intérieur, et fait entrer un second responsable musulman de premier plan dans son équipe. L’association Mend a reconnu qu’il avait « acquis une réputation d’écoute des communautés », tout en prévenant qu’elle le jugerait sur ses actes plutôt que sur ses discours.

Reform UK, l’ombre portée sur la rencontre

Cette rencontre intervient dans un paysage politique bouleversé par la percée de Reform UK, le parti d'extrême droite de Nigel Farage. Aux élections de mai dernier, il a gagné 1 451 sièges de conseillers locaux en Angleterre et pris le contrôle de 14 conseils, tandis que le Labour en perdait 1 496.

Au pays de Galles, Reform est passé de zéro à 34 sièges au Senedd, devenant la principale force d’opposition, et reléguant les travaillistes, dominants depuis plus d’un siècle, à la troisième place. Nigel Farage avait salué « un changement véritablement historique dans la politique britannique ». Ce séisme politique a alors précipité la chute de Keir Starmer.

Des actes antimusulmans à des niveaux records

La rencontre s’est tenue trois semaines après la publication, le 8 octobre, des statistiques annuelles du ministère de l’Intérieur. Sur l’année close fin mars 2026, la police d’Angleterre et du pays de Galles a enregistré 5 132 crimes haineux religieux visant des musulmans, contre 4 479 un an plus tôt, soit une hausse de 15 %. Les musulmans restent la première cible, avec environ 45 % des crimes haineux religieux.

Hors police de Londres, les faits antimusulmans ont atteint 3 660, un record depuis le début de cette série en 2018. Le ministère relève deux pics : en septembre 2025, mois marqué par de nombreux rassemblements organisés par l'extrême droite, puis en mars 2026, après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Ces chiffres « pourraient suggérer une véritable augmentation » de la haine, et pas seulement un meilleur enregistrement, selon le ministère.

Le BMT, chargé par le gouvernement de surveiller les crimes islamophobes, a recensé 78 attaques vérifiées contre 64 mosquées entre juillet 2025 et juillet 2026, soit une tous les cinq jours. Leur gravité s’aggrave : la part des incidents les plus sérieux (menaces, armes, violences, incendies) est passée de 22,2 % à 62,7 %. L’organisation observe un glissement de la haine visant les bâtiments vers celle consistant à « cibler les musulmans à l’intérieur ».

Des engagements pris qui attendent d'être concrets

A l'issue de la rencontre, il a été annoncé la nomination prochaine d’un conseiller spécial chargé de la haine antimusulmane. Ce poste, calqué sur celui qui existe pour l’antisémitisme, avait été promis dès mars dans la stratégie de cohésion sociale « Protecting What Matters », mais reste toujours vacant.

Selon le BMT, Andy Burnham s’est aussi engagé à combler les lacunes autour des normes de traitement des crimes haineux et à s’attaquer plus frontalement à la haine en ligne. Le Premier ministre, qui a dit vouloir se tenir visiblement aux côtés des musulmans, a aussi évoqué la création d'un mémorial national, d’un coût proche d’un million de livres, en hommage aux soldats musulmans des deux guerres mondiales.

À la sortie, le ton était plutôt à l’optimisme. « Cela n’avait pas l’air d’une case à cocher. C’était authentique », a confié la baronne Shaista Gohir à The Muslim News. Une participante a même dit être repartie pleine d’espoir pour la première fois depuis des années. Shabir Randeree, du BMT, a jugé l’engagement du Premier ministre bienvenu et rassurant, à un moment où la haine antimusulmane progresse sans conteste. Mais il a insisté : la réponse ne peut reposer sur les seuls musulmans, il s’agit d’une urgence qui appelle une mobilisation de toute la société.

Plus réservé, le secrétaire général du Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB), Wajid Akhter, a salué la démarche tout en prévenant que le dialogue devait aller plus loin, se traduire en actes et inclure toute la diversité des voix musulmanes. Une allusion transparente à la situation de sa propre organisation, tenue à l’écart des échanges officiels depuis plus d’une décennie au nom d’une politique de « non-engagement » héritée des gouvernements précédents et que le gouvernement Andy Burnham a, pour l’heure, choisi de maintenir.

Pour la suite, les revendications sont claires. Le MCB demande la fin de ce boycott et un dialogue passant par des instances élues et non « pas par des intermédiaires triés sur le volet par ceux qui gouvernent ». L'organisation appelle également à une politique étrangère fondée sur le droit international, notamment en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, ainsi qu'à une reconnaissance de l’islamophobie comme un problème structurel. Les associations dans leur ensemble attendent par ailleurs un conseiller doté de moyens réels et des réponses fortes face aux attaques de mosquées. Reste à savoir si le nouveau départ promis par Andy Burnham survivra à l’épreuve du pouvoir et des sondages.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur