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Points de vue

Réponse au communiqué de la Commission des recherches juridiques d’al-Azhar

Rédigé par Ramadan Tariq | Jeudi 28 Avril 2005

La Commission de recherches juridiques (lajna al-buhûth al-fiqhiyya ) d’al-Azhar a publié un communiqué à paraître officiellement jeudi 28 avril s’opposant à l’Appel à un moratoire sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort.



La Commission de recherches juridiques (lajna al-buhûth al-fiqhiyya ) d’al-Azhar a publié un communiqué à paraître officiellement jeudi 28 avril s’opposant à l’Appel à un moratoire sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort.

 

La Commission  avance essentiellement trois arguments dans son communiqué :

 

  1. Elle relève d’abord : « Qui nie les hudûd (les peines du code pénal islamique), reconnues comme révélées et confirmées, ou qui demande leur annulation ou leur suspension alors qu’elles sont confirmées avec des preuves définitives et indiscutables est à considérer comme un individu qui délaisse un élément reconnu comme faisant partie de l’essentiel de la religion ». Un des membres de la Commission, Dr Mustapha ash-Shuk’a, affirme que « les hudûd sont une partie de la religion, qu’elles sont coraniques et qu’elles ne peuvent faire l’objet ni de débat ni de discussion »
  2. La commission relève ensuite : « Les hudûd sont connues et Tariq Ramadan demande leur arrêt parce que celles-ci font du mal à l’islam : cela est un propos réfuté »
  3. Enfin sur l’exemple de Umar ibn al-Khattab, le Dr ash-Shuk’a affirme que le calife « a suspendu les peines en situation de guerre , pour une période déterminée puis il a recommencé à les appliquer . Nous ne sommes pas aujourd’hui en situation de guerre qui nous permettrait de suspendre ces applications. On pourrait suspendre l’application des hudûd en Irak, parce que c’est un pays en guerre mais ces peines ne peuvent être suspendues en Egypte ou dans un des autre pays islamiques »

 

A ces trois remarques, j’aimerais répondre de façon claire et précise.

 

  1. A aucun moment je n’ai nié qu’il existait des textes (qati’yya ath-thubût wa dalala) concernant les hudûd. Rien dans l’Appel ne dit cela ou le laisserait entendre. Que ces textes soient authentiques et aient été considérés comme participant de ce qui est reconnu de l’essentiel de  la religion (mal’ûm min ad-dîn bi-darûra) est un fait que je ne conteste pas.
  2. Je n’ai jamais affirmé que les hudûd faisaient du mal à l’islam : j’affirme que leur application dans les contextes sociaux et politiques actuels sont des trahisons car les conditions d’application de ces peines ne sont pas réunies. C’est d’ailleurs ce qu’exige la Commission elle-même dans son communiqué puisqu’elle affirme : « Les autorités qui appliquent les hudûd doivent surveiller et garantir que les conditions soient réunies avec précision »
  3. Le Dr ash-Shuk’a  affirme que Umar ibn al-Khattab (psl) a suspendu l’application de la peine concernant les voleurs parce qu’il s’agissait d’une période de guerre. Les savants ont effectivement divergé quant  à savoir si la cause justifiante (al-‘illa) était la guerre ou  la famine, en soi, ou l’impossible réunion des conditions pour l’application de la peine (‘adam tawfîr ash-shurût). Mon humble avis est qu’il s’agit de l’impossible réunion des conditions. De fait, ma question aux savants( telle qu’elle est présente, avec une série d’autres, dans l’Appel) est : les conditions sociales, politiques, judiciaires et économiques sont-elles réunies dans n’importe quelle société majoritairement musulmane pour que l’on puisse y appliquer ces peines.

 

v     Pourquoi sont-ce toujours les pauvres et les femmes qui sont châtiés dans des sociétés pauvres où l’analphabétisme est la situation de la majorité ?

 

v     Comment accepter ces traitements quand des femmes et des hommes n’ont pas droit à une défense digne de ce nom ?

 

v     Ne peut-on pas penser à une réforme profonde, étape par étape, du système judiciaire qui permettrait de réformer les comportements des femmes et des hommes en leur assurant leurs droits élémentaires sans se cacher derrière des peines irréversibles dont on sait qu’elles ne respectent pas les conditions requises.

 

L’accès au savoir religieux impose de lourdes responsabilités dont celle de permettre aux musulmanes et aux musulmans de jouir de leur liberté et de leurs droits à chacune des époques et bien sûr à la nôtre. Que proposent les savants quant aux graves problèmes des châtiments ?

 

 C’est à ces questions que j’aimerais que la Commission réponde. Je n’ai jamais remis en cause les textes et leur caractère définitif (qat’iyya). Je questionne leur interprétation (pour certaines d’entre elles comme la lapidation et la peine de mort) et les conditions d’application qui à mon avis ne sont pas réunies (pour toutes les peines) : en ce sens, l’exemple de Umar ibn al-Khattab (psl) reste un exemple que nous devons méditer : il avait affaire à un texte coranique indiscutable quant à l’authenticité et le contenu (qat’i ath-thubût wa ad-dalala) et il en a suspendu l’application. Le facteur « temps » (une suspension de quelques années ou de plus longue durée) n’est pas en soi un argument : la seule question est de savoir si oui ou non les conditions sont ou pourront être réunies dans une société donnée.

 

J’espère avoir clarifié la portée de cet appel.

 

Wa Allahu a’lam wa a’lâ wa ahkam.