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Sur le vif

Québec : l’unique députée musulmane pour la charte anti-voile

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 22 Janvier 2014



Au Québec, les audiences publiques sur la loi 60 visant à instituer une charte des valeurs québécoises se sont ouvertes mardi 14 janvier, à l’Assemblée nationale. Ce projet porté par le gouvernement social-démocrate de la Première Ministre Pauline Marois, qui prévoit d’interdire les signes religieux aux agents d’Etat, continue de susciter des réactions diverses dans la province francophone.

Les membres du Parti libéral du Québec (PLQ), qui se présente comme centriste, s’opposent à une telle charte... à l'exception de la députée Fatima Houda-Pepin qui y est favorable. A l’issue d’une réunion d’urgence réunissant les élus du parti pour déterminer un consensus définitif sur la charte des valeurs, lundi 20 janvier, la seule femme musulmane élue députée au Québec a décidé de quitter le parti dont elle est une élue depuis 1994, rapporte la presse québécoise.

« Je suis sereine, j’ai défendu mes convictions. Je ne regretterais jamais », a déclaré Mme Houda-Pepin. « J’ai demandé un espace pour moi à l’intérieur du parti pour que je puisse continuer à travailler, mais M. Couillard (Philippe Couillard, le chef du PLQ) a décidé qu’il n’y avait pas cette place », a expliqué la députée. Indiquant que l'orientation de base, de son parti, « c'est plutôt pas d'interdiction du tout à personne », elle « trouve que c'est une porte ouverte à beaucoup de dérives ». La neutralité religieuse doit « minimalement s'incarner dans l'autorité contraignante, c'est-à-dire les juges, les procureurs, les policiers et les agents correctionnels », selon elle.

« J'ai passé une trentaine d'années de ma vie à lutter contre l'intégrisme. Je ne peux pas (parler) des deux côtés de la bouche. (Dire) la porte est ouverte pour tout le monde et dire, en même temps, je vais lutter contre l'intégrisme », a encore commenté la députée d’origine marocaine. « Nous avons demandé à Mme Houda-Pepin de rester avec nous pour jouer le rôle qu'elle peut jouer sur la lutte à l'intégrisme. Elle a décidé que ce n'était pas possible », a réagi M. Couillard.

Le lendemain, mardi 21 janvier, le PLQ a présenté ses grandes lignes sur la Charte des valeurs. « Pour nous, l'interdiction du port de signes religieux par les employés de l'État, ça n'a aucun sens », a indiqué Philippe Couillard, qui estime qu’« aucune femme ne devrait être menacée de perdre son emploi à cause du port d'un symbole religieux ».

Concernant les policiers et les gardiens de prison, ils proposent qu’ils puissent demander un accommodement s'ils veulent porter un signe religieux apparent tout en portant l’uniforme qui leur est prescrit. Seul le tchador, un long voile traditionnel iranien couvrant le corps et les cheveux des femmes, doit être interdit à l'ensemble des fonctionnaires, estime le chef libéral.

Pour l’heure, les discussions au Parlement se poursuivent concernant une charte qui fait polémique aux Québec et a eu pour conséquence de stigmatiser la communauté musulmane, visée par un plus un grand nombre d’actes islamophobes, depuis la présentation de ce projet en septembre 2013.

Plus de 200 personnes ou groupes doivent encore être entendus lors des travaux de la commission sur la charte, avant le vote du Parlement.

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