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Points de vue

Procès d'Edgard Morin: Jusqu'où iront les extrémistes juifs et sionistes?

Rédigé par Drazsen Paul & anaïs | Lundi 26 Avril 2004

C’est la question que l’on pouvait raisonnablement se poser, après les affaires Pascal Boniface et Tariq Ramadan et que l’on se pose avec encore plus d’inquiétude à la suite des procès du journaliste Daniel Mermet et de l’artiste Dieudonné mais surtout après celui qui a eu lieu le 17 Mars 2004. La procédure en question est à l’initiative des associations Avocats sans frontière (aucun lien avec la célèbre association humanitaire ASF) et France-Israël et a été engagée l’encontre du sociologue français Edgar Morin.



C’est la question que l’on pouvait raisonnablement se poser, après les affaires Pascal Boniface et Tariq Ramadan et que l’on se pose avec encore plus d’inquiétude à la suite des procès du journaliste Daniel Mermet et de l’artiste Dieudonné mais surtout après celui qui a eu lieu le 17 Mars 2004.  La procédure en question est à l’initiative des associations Avocats sans frontière (aucun lien avec la célèbre association humanitaire ASF) et France-Israël et a été engagée l’encontre du sociologue français Edgar Morin. (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-357207,0.html)

Que dire si ce n’est qu’encore une fois nous sommes confrontés purement et simplement à du terrorisme intellectuel et idéologique et que nous dépassons ici très largement les limites du ridicule et du scandaleux !Nos « donneurs de leçons médiatiques » pouvaient admettre que l’on fasse taire puis que l’on mette au pilori le « vulgaire » journaliste (Daniel Mermet) et l’ancien délégué national du Parti Socialiste (Pascal Boniface) ; eux qui avaient osé commettre « le plus terrible des actes » : dénoncer les crimes du gouvernement israélien ainsi que les prises de position pour le moins « frileuses » et « timides » du Parti Socialiste français à l’encontre de ce même gouvernement  et de ses violations du droit international et des droits de l’Homme.

Nos esprits « éclairés » et « tolérants » pouvaient aussi aisément accepter que l’on traite un intellectuel musulman et arabe(Tariq Ramadan) d’antisémite. N’en a-t-il  pas tous les stigmates : le nom, les origines, l’ascendance, le faciès et les propos non soumis à certains dogmes politiques et idéologiques chers à nos « donneurs de leçons médiatiques »…Ces mêmes personnalités pouvaient  également admettre, avec une facilité des plus déconcertantes, qu’un humoriste noir (Dieudonné) soit traité à son tour d’antisémite et devienne du jour au lendemain « l’artiste à abattre ». Après tout, ce n’est qu’un saltimbanque, non-conformiste, pas toujours très fin et qui plus est de couleur… n’est-ce pas ?!!Mais, cette fois-ci, la victime de ce terrorisme intellectuel et idéologique est une personne qui est très largement au-dessus de tout soupçon. Pour bien comprendre ce qui arrive à Edgar Morin, il faut au moins autant s’intéresser à ce qui lui est reproché qu’aux deux associations qui sont à l’origine de cette action en justice.Cette affaire prend sa source dans un article du Monde publié le 4 juin 2002 et intitulé « Israël-Palestine : Le cancer » ( http://www.elmandjra.org/lemonde030602.htm ).

Edgar Morin (ainsi que les deux autres auteurs de l’article, le député européen Sami Naïr et l'écrivain Danièle Sallenave) y donne son opinion sur le conflit israélo-palestinien et sur son évolution au fil des années. Naturellement, ces propos ne pouvaient convenir aux terroristes intellectuels et idéologiques que sont les extrémistes juifs et sionistes. Ces derniers ne peuvent en effet tolérer tant la moindre critique à l’égard de la politique du gouvernement israélien qu’une analyse critique de tout ou partie de la communauté juive.

Ce sociologue de renommée internationale n’a jusqu’à présent jamais hésité à exprimer son opinion et ses analyses sur des sujets forts variés. Ceux qui ont lu tant ses ouvrages que ses interventions dans la presse ne peuvent avoir le moindre doute quant à ses idées. L’intolérance, le racisme et la discrimination ne semblent pas faire partie ni de son vocabulaire et encore moins de son mode de pensée.Jusqu’à cet article du Monde, Edgar Morin ne pouvait donc être mis en cause. Mais qu’est-ce qui a bien pu changer ? Seraient-ce ses propos qui seraient alors maladroits ou équivoques ? Pourquoi une enseignante d’histoire qui a apporté son soutien aux deux associations déclare-t-elle : 'Je suis désolée de voir l'évolution de la pensée d'un homme qui était à mes yeux un esprit brillant' ? ( http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-357207,0.html )

Venons en alors aux reproches qui sont faits au célèbre sociologue .Il y a principalement deux passages qui sont en cause. Voici le premier : « On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l'histoire de l'humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en « peuple dominateur et sûr de lui » et, à l'exception d'une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier.» Certes les propos pourraient en surprendre plus d’un mais à la lecture de l’intégralité de l’article, on ne tombe ni dans l’amalgame ni dans l’ambiguïté. Il n’est question que de nation et non de race ou de religion. Quant à l’actualité, elle confirme quotidiennement les propos de notre sociologue : l’état israélien ignore de façon systématique depuis 1948 avec le plus profond mépris et la plus parfaite arrogance, les décisions de l’ONU ainsi que les condamnations de la communauté internationale tant dans le domaine du droit international qu’en matière des droits de l’Homme.

N’est-ce pas le comportement d’une nation ou d’un état « méprisant et dominateur » ? En dépit des élections et des différents gouvernements de gauche ou de droite, qui se sont succédés, la politique de cet état n’a jamais réellement changé à l’exception de la dernière législature de Rabbin… qui fut assassiné par un extrémiste israélien.Certes il existe une opposition à la politique de Sharon et de ses prédécesseurs, malheureusement il n’y a pas encore eu de mouvement populaire suffisamment fort pouvant faire infléchir la politique du gouvernement israélien et encore moins le renverser pour le remplacer par des dirigeants respectueux du droit international et des droits de l’Homme.

Concernant l’éventuelle confusion entre les termes « juif » et « israélien », force est de constater que malheureusement, de façon quotidienne en France, des associations (communautaristes) ainsi que des artistes, des « philosophes » et autres personnalités médiatiques entretiennent et alimentent  sciemment cette confusion en affirmant représenter TOUTE la communauté juive. Ces « représentants » soutiennent de façon inconditionnelle l’état israélien notamment en participant (en France et en Israël) à des galas de soutien à l’armée israélienne et en traitant d’antisémite toute personne osant émettre la moindre critique à l’encontre de l’état israélien.Attachons-nous à l’expression « peuple dominateur et sûr de lui ». Pour mémoire, c’est le Général de Gaulle qui a prononcé un discours le 27 novembre 1967 à l’Elysée, dans lequel figure cette expression ; expression qui a justement rendu célèbre ce discours. Qui oserait dire que l’auteur de l’appel du 18 juin 1940 fut un raciste ou un antisémite ?Peut-être sont-ce les mêmes terroristes intellectuels et idéologiques qui traitent notamment François Mitterrand, l’abbé Pierre, Daniel Mermet et Pascal Boniface d’antisémites et Gisèle Halimi, Rony  Braumann ainsi qu’Eyal Sivan de traîtres et de juifs honteux ?

Voyons à présent le deuxième passage reproché à Edgar Morin :« Les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent et persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l'inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, « bouc-émissarisent » Arafat et l'Autorité palestinienne, rendus responsables d'attentats qu'on les empêche d'empêcher. »Qu’y a t il de condamnable dans ce passage ? Où pourrait bien se trouver l’incitation à la haine raciale ou à l’amalgame détestable ? Les juifs ont souffert, il n’y a pas le moindre doute là-dessus. Les palestiniens souffrent aujourd’hui et il n’y a pas non plus le moindre doute à ce sujet. N’est-il pas naturel d’être à la fois surpris et choqué de constater qu’un peuple qui a tant souffert fasse à son tour souffrir un autre peuple ? Et même si certains s’évertuent à jouer sur les mots, nous ne pouvons ignorer que nous sommes bien en présence de territoires occupés et donc d’un occupant et d’un occupé.

En dépit d’une « formidable » guerre de désinformation de la part de l’état israélien et de ses supporters inconditionnels (lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Denis Sieffert et Joss Dray la guerre israélienne de l’information, ed. La Découverte), nous avons bien d’un côté une armée qui use de TOUS les moyens afin de maintenir son occupation et, de l’autre, une population qui subit et se défend tant bien que mal par des actes de résistance ou de terrorisme selon le point de vue sous lequel on se place.Nombreux sont ceux, israéliens ou non, qui constatent et reconnaissent que le gouvernement israélien restreint sans cesse les possibilités d’action de Yasser Arafat et de l’autorité palestinienne en général ; autorité palestinienne à laquelle le même gouvernement reproche ensuite de ne rien faire.

N’est-il pas permis de critiquer l’état israélien ?

Les deux associations d’extrémistes juifs et sionistes, Avocats sans Frontière et France-Israël, poursuivent  donc Edgar Morin pour « diffamation à caractère raciale ». Dans d’autres circonstances et avec un climat moins tendu, cela aurait pu prêter à sourire, malheureusement nous en sommes vraiment très loin.

Edgar Morin est accusé de faire des amalgames des plus détestables alors qu’à la lecture de l’article, publié dans Le Monde, son propos comme à son habitude ne souffre pas la moindre ambiguïté. La précision dans les termes utilisés ne laisse pas non plus place à la moindre confusion.Mais alors, d’où vient le problème ? Pourquoi cette procédure ? Pourquoi cette nouvelle inquisition idéologique ?Pour répondre à ces questions, il faut se pencher sur ces deux associations, Avocats sans frontières et France-Israel.Elles ont pour premier point commun d’être des soutiens inconditionnels de l’état israélien et de son gouvernement (et ce quel qu’il soit). Une visite sur le site France-Israel est d’ailleurs fort instructive. ( http://www.france-israel.org/ ) Concernant l’association Avocats sans frontière, il est important de rappeler, afin d’éviter toute confusion, qu’elle n’a strictement aucun lien, direct ou indirect, avec la célèbre association ASF et son noble but (l’homonymie est-elle réellement un hasard ?).Ces deux associations qui poursuivent Edgar Morin sont connues pour leur activisme et l’exercice d’un véritable terrorisme intellectuel. Elles sont passées maîtresses dans l’art de saisir les tribunaux et faire pression sur les institutions pour empêcher toute critique à l’égard de l’état israélien ainsi qu’à l’égard de l’extrémisme juif et sioniste. ( http://www.desinfos.com/article.php?id_article=1216 ). Le second point commun, c’est l’avocat Gilles William Goldnadel, président d’Avocats sans frontières et également vice-président de… l’association France-Israël (un nouveau hasard sans doute ?). Cet homme aime à se présenter comme étant notamment « un juif de combat ». On n’ose imaginer la réaction des médias et de nos « donneurs de leçons médiatiques » si un défenseur médiatisé de la communauté catholique s’était présenté comme « un catholique de combat », ou pire, si un musulman engagé dans la défense de sa communauté avait osé se présenter comme étant « un musulman de combat »…

Maître Goldnadel, véritable célébrité communautaire, s’est déjà illustré à l’occasion de l’affaire Mermet en poursuivant le célèbre journaliste pour... antisémitisme,(http://www.monde-diplomatique.fr/2002/10/A/16919), poursuites qui se sont soldées par un échec. Rappelons à ce sujet qu’Edgar Morin faisait partie des personnalités qui ont eu le courage de soutenir ce journaliste de France Inter (http://www.liberation.com/page.php?Article=37151). Peut-être alors le procès qui lui est intenté est-il aussi utilisé pour lui faire payer son soutien ?

Nous sommes donc en présence d’un véritable spécialiste du harcèlement judiciaire et l’on pourrait même dire du harcèlement tout court au vu du traitement dont a fait l’objet Gad Elmaleh dans l’émission de Thierry Ardisson, il y a quelques mois (http://www.communautarisme.net/index.php3?action=page&id_art=45433).

Maître Goldnadel admet d’ailleurs s’être « spécialisé » dans les poursuites à l’encontre des personnes d’origine et de confession juive dont il considère qu’elles ont eu des propos antisémites. Nous avons également beaucoup entendu parler de ce juriste dans le cadre de l’affaire Fallaci, puisqu’il a défendu la journaliste italienne. C’est à cette occasion que l’on a pu constaté que maître Goldnadel a une définition à géométrie plus que variable de « la diffamation à caractère raciale ». Comment peut-il en effet poursuivre Edgar Morin pour ses propos à l’égard du gouvernement israélien et de la communauté juive alors que dans le même temps, il défend Oriana Fallaci qui utilise des expressions aussi « tolérantes » et  « amicales » que «les fils d’Allah… qui se multiplient comme des rats » (p. 146) et « des hommes arabes dans lesquels il doit y avoir quelque chose qui dégoûte les femmes de bon goût » (p.188) (Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002)?

Comment maître Goldnadel peut-il accuser le journaliste Daniel Mermet d’antisémitisme et qualifier certaines de ses émissions « d’incitation à la haine raciale » alors qu’en défendant la célèbre journaliste italienne, il a affirmé « qu’elle avait le droit de faire dans l’anti-islamisme primaire et que cela n’avait rien à voir avec du racisme », que même si l’ouvrage est « violent et haineux », il est « une dénonciation de la montée de l’intégrisme (ndlr : musulman) » !

Cette défense est pour le moins étrange. La comparaison des écrits d’Edgar Morin et de ceux d’Oriana Fallaci permet de constater l’incohérence de l’argumentation et du raisonnement de maître Goldnadel.Pour avoir une idée de l’état d’esprit de cet homme, voici un lien (http://www.upjf.org/documents/showthread.php?s=&threadid=5097 ) qui nous permet de constater qu’il a une « haute opinion » du MRAP. Celui-ci a notamment tort à ses yeux de dénoncer l’existence d’extrémistes juifs, qui, au vu des propos et du raisonnement de maître Goldnadel, ne peuvent exister. Visiblement, selon lui, admettre un tel fait serait être antisémite ou en tout cas être complice de cet antisémitisme : comme si reconnaître l’existence d’une minorité d’extrémistes et de fondamentalistes dans la communauté juive revenait à considérer que tous les juifs sont des extrémistes et des fondamentalistes

Il ne faudrait donc pas parler du Bétar et de la Ligue de Défense Juive dont les exactions, commises dans la plus parfaite impunité, ne sont d’ailleurs jamais citées et dénoncées  par nos « donneurs de leçons médiatiques ». À ce sujet, soulignons que France Télévision a déjà commencé à pratiquer une censure allant dans ce sens dans ses fictions et notamment dans la série PJ (http://www.humanite.presse.fr/journal/2003-12-26/2003-12-26-385164).

L’article d’Edgar Morin ne contient pas l’once d’un début d’incitation à la haine raciale.

Il n’y a pas de violence et encore moins de haine, que l’on se place sur le fond ou sur la forme. Et pourtant, maître Goldnadel poursuit le célèbre sociologue. Et quand bien même Edgar Morin aurait-il utilisé des termes aussi violents et haineux qu’Oriana Fallaci, que l’on pourrait renvoyer maître Goldnadel à  l’argumentation qu’il a utilisée pour défendre sa célèbre cliente italienne : l’article d’Edgar Morin n’a rien à voir avec du racisme, il s’agit juste d’une dénonciation de la monté de l’intégrisme juif et de l’extrémisme sioniste.À moins, évidemment, qu’il soit permis de dénoncer les intégrismes catholique et musulman avec la plus grande virulence et en sombrant souvent dans l’amalgame et l’intolérance la plus primaire, mais que, par ailleurs, il soit interdit, et ce quoiqu’il puisse arriver, de dénoncer l’intégrisme juif et les extrémistes sionistes…

Ce « deux poids et deux mesures », nous y sommes habitués depuis déjà quelques temps, mais est-ce une raison pour l’accepter sans rien dire ?

Cette « immunité » accordée, notamment par nos « donneurs de leçons médiatiques », aux fondamentalistes juifs et aux extrémistes sionistes n’est-elle pas une des pires formes d’intolérance et de discrimination ? N’est-elle pas non plus susceptible de favoriser le développement de l’antisémitisme le plus primaire ?