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Politique

Présidentielle 2017 : le CFCM adresse une lettre ouverte aux 11 candidats

Rédigé par | Jeudi 23 Mars 2017



Présidentielle 2017 : le CFCM adresse une lettre ouverte aux 11 candidats
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a adressé, jeudi 23 mars, une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle à un mois du premier tour du scrutin. Une démarche qui vise, selon le bureau exécutif de l’instance, à interpeller et sensibiliser les prétendants à l’Elysée « sur les attentes et les appréhensions des musulmans de France ».

« Le CFCM et les représentants du culte musulman en France entend adresser un message de paix et de fraternité à l’ensemble de nos compatriotes » à travers une lettre en neuf points réaffirmant des principes « auxquels les musulmans de France sont profondément attachés ». Ces points sont reproduits sur Saphirnews.

Attachement à une communauté nationale une et indivisible : Les musulmans de France font partie intégrante de la communauté nationale. Nous rejetons le communautarisme et nous projetons tous nos efforts dans une communauté de destin avec l’ensemble de nos concitoyens. Notre foi invite à la paix, à la justice, à la fraternité, à la solidarité et à l’amour du prochain… sans distinction de religion, de couleur ou d’origine.

Attachement à une laïcité respectueuse de la liberté de conscience et garante de la liberté religieuse : Les musulmans de France sont profondément attachés à la laïcité qui est notre bien le plus précieux et notre maison commune. Nous vivons effectivement dans une République laïque. Or, la laïcité garantit à chacun de croire ou de ne pas croire. La laïcité garantit également à ceux qui croient de vivre leur religion en toute quiétude et en toute liberté. Les musulmans n’aspirent qu’à vivre sereinement et paisiblement leur spiritualité, dans le respect des valeurs et des lois de la République.

Attachement à une citoyenneté pleine et entière : Les musulmans de France contribuent activement à la vie de la nation dans les différents domaines politique, économique, scientifique, artistique, culturel, social… en assumant leurs devoirs en tant que citoyens à part entière, et non en tant que citoyens entièrement à part. Pour ce faire, ils veulent être porteurs d’un esprit de renouveau et d’ouverture dans leurs engagements et dans leurs activités de tous les jours. Les musulmans de France sont ainsi en droit de revendiquer que leur citoyenneté ne puisse être assimilée à une citoyenneté de seconde zone ou de faire l’objet d’une quelconque remise en cause.

Attachement aux valeurs de la République : Pour les musulmans de France, la question de la compatibilité de l’Islam avec les valeurs de la République n’a pas de sens. Les musulmans de France sont profondément attachés au pacte républicain et aux valeurs universelles qui fondent notre République. Les musulmans de France coordonnent leurs efforts afin de mettre en place une religiosité authentique qui, tout en respectant les aspects immuables de leur religion, prend en compte le contexte dans lequel ils vivent avec ses contraintes, ses réalités et ses défis.

Les musulmans de France reconnaissent pleinement l’égalité entre l’homme et la femme. Les musulmans de France considèrent que l’islam confère une égalité totale aux femmes et aux hommes. « Et les femmes ont des droits sur les hommes semblables à ceux que les hommes ont sur elles » (Coran, 2:228). A ce sujet, le Prophète proclamait que « Les femmes sont les semblables des hommes ».

Rejet de toute forme de radicalisation ou de violence : Les musulmans de France sont mobilisés pour apporter leur contribution pleine et entière à la prévention de toute forme de radicalisation, notamment auprès des jeunes. La problématique de la radicalisation et de sa prévention se caractérisent par la nécessité de conjuguer l’action de plusieurs acteurs, chacun apportant sa pierre à l’édifice suivant son périmètre de responsabilité.

L’apport des organisations musulmanes doit se focaliser sur le « préventif » et non sur le « curatif ». En effet, celles-ci ne peuvent se substituer au rôle des pouvoirs publics : ministère de l’Intérieur, police, justice, administration pénitentiaire, etc. Il convient également de consolider le rôle protecteur de la famille. En effet, la famille constitue le socle essentiel pour la construction de la personnalité de l’enfant, à travers l’amour, l’affection, la protection, la sécurité, l’éducation, les valeurs que transmettent les parents et l’accompagnement qu’ils assurent aux enfants.

Par ailleurs, il faut également renforcer le rôle éducatif de l’école. En effet, l’école a un rôle à jouer dans cette lutte. Elle doit promouvoir l’enseignement civique des valeurs républicaines et du vivre-ensemble dès l’enfance. Cette démarche éducative pourrait s’enrichir par la mise en place d’un « enseignement laïque du fait religieux » dans les écoles et les lycées. Ceci permettra d’assurer aux enfants l’ouverture nécessaire aux autres religions et aux autres convictions. Cette démarche permettra également de semer les « germes du vivre-ensemble » dès le plus jeune âge.

Attachement au dialogue interreligieux et interconvictionnel : Le dialogue interreligieux est une nécessité pour notre unité et notre cohésion. Ce dialogue doit se traduire au sein de nos lieux de culte et de nos familles par un discours d’estime et de respect envers nos concitoyens de toutes confessions et de toutes convictions, croyants ou non croyants.

Les musulmans de France s’ouvrent en continue, dans les villes et dans les quartiers, vers l’ensemble des religions et des convictions, en s’efforçant de renforcer les conditions d’un meilleur « vivre ensemble » entre toutes les composantes de la société française. L’objectif est de créer des espaces d’échange et de convivialité qui favorisent une meilleure connaissance mutuelle et une plus grande concorde entre les citoyens de toutes confessions et de toutes convictions.

Rejet de toute forme d’amalgame : Il convient de souligner qu’à travers le monde, les musulmans sont les premières victimes du terrorisme. Par ailleurs, l’ensemble des citoyens français de confession musulmane dénonce et condamne systématiquement et vigoureusement toutes les actions terroristes qui se sont produites sur notre territoire. A l'heure où nous nous interrogeons sur les processus de radicalisation et les moyens de les enrayer, il apparaît capital de rappeler que le premier rempart contre les extrêmes réside dans l'impérieuse nécessité de justice et d’équité dans le traitement des problèmes. Il faut rappeler que les actes anti-musulmans en 2015 ont été multipliés par trois par rapport à l’année 2014.

Heureusement, ces actes ont enregistré une baisse significative de près de 58 % en 2016 par rapport à l’année 2015. La condamnation de ces actes doit passer par la recherche effective des auteurs de ces actes et leur punition sévère, ainsi que par des déplacements symboliques ou des paroles fortes à chaque fois que cela est nécessaire.

Par ailleurs, nous assistons ces dernières années à la libération de la parole politique et médiatique stigmatisant les musulmans de France. Les polémiques récurrentes, faites d’exagérations médiatiques, incriminent les musulmans de France et creusent le fossé entre eux et leurs concitoyens. A ce sujet, nous saluons l’appel des institutions religieuses et civiles de notre pays à la vigilance contre tout amalgame qui transformerait la lutte contre la radicalisation et le terrorisme en une stigmatisation des musulmans de France.

Rejet de toute forme de stigmatisation ou de discrimination : Dans cette période difficile que traverse notre pays, nous appelons les responsables politiques, et plus particulièrement les candidats à l’élection présidentielle à faire preuve de davantage de discernement et à éviter de stigmatiser les musulmans de France, leurs rites ou leurs pratiques qui s’exercent dans le strict respect des lois républicaines qui garantissent la liberté religieuse.

Certaines théories sur le rôle supposé de l’islam dans la désagrégation de la République font des citoyens de confession musulmane des boucs émissaires. Cette démarche biaisée permet à certains de se soustraire du vrai débat sur les effets de la mondialisation et sur l’échec des politiques publiques en matière d’accès à l’emploi, à la santé, au logement, à la culture et aux droits en général. Les musulmans de France appellent à la reconnaissance des aspirations de la jeunesse, qui souffre d’inégalité dans son accès à l’éducation et au travail. Les citoyens français de confession musulmane ne peuvent supporter d’être discriminés dans leur propre patrie, pays des droits de l'homme et des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Il fut un temps où les musulmans de France réclamaient le droit à la différence. Aujourd’hui, ils n’aspirent qu’à un droit à l’indifférence.

Attachement à la reconnaissance de la mémoire des musulmans de France : Les musulmans de France aspirent à la reconnaissance et au respect de la mémoire de leurs coreligionnaires tombés sur le champ d’honneur pour que la France soit libre et le demeure. Inaugurée le 15 juillet 1926, la construction de la Grande Mosquée de Paris est un signe de reconnaissance de la France envers les musulmans après la mort de nombre d’entre eux lors de la première guerre mondiale.

Aujourd’hui, il convient de renforcer ce travail de mémoire notamment en valorisant la contribution des musulmans dans la construction du récit national. En effet, la révision de certains programmes d’histoire constitue un axe pertinent de travail. Trop de jeunes ignorent leurs racines, la richesse de leur histoire – une histoire qui ne se limite pas à la colonisation ou aux faits terroristes de ces dernières décennies – et ne connaissent pas les liens forts que la France et le monde musulman, notamment maghrébin, ont entretenus au cours du siècle dernier. Des liens de collaboration, d’amitié, d’enrichissements mutuels qu’il est bon de rappeler dans le contexte actuel, afin de raviver chez nos jeunes le sentiment d’appartenance nationale au pays qui est le leur.

Au nom des musulmans de France, nous élevons des Prières :
Que la France vive heureuse et prospère.
Qu'elle soit forte et grande par l'union et la concorde.
Que le Très Miséricordieux aide et protège la France et le peuple français.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur


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