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Monde

Pourquoi le prix Nobel de la paix est remis à Abiy Ahmed, Premier ministre de l'Ethiopie

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 11 Octobre 2019 à 12:55

           

C'est le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, qui s'est vu remettre le prix Nobel de la paix 2019. Retour sur son parcours impressionnant.



Pourquoi le prix Nobel de la paix est remis à Abiy Ahmed, Premier ministre de l'Ethiopie
Le prix Nobel de la paix 2019 a été attribué, vendredi 11 octobre, au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, pour son action en faveur de la réconciliation de son pays avec l’Erythrée, a annoncé le comité Nobel depuis Oslo.

Un champion du dialogue

Dès sa nomination à la tête du gouvernement éthiopien en mars 2018, Abiy Ahmed s’est tout de suite distingué en tendant la main vers son voisin érythréen avec lequel l’Ethiopie est en conflit depuis plusieurs décennies.

Se disant prêt à remettre à l’Erythrée des territoires contestés, Abiy Ahmed entame ainsi un rapprochement historique avec son voisin qui s'est rapidement accompagné, rappelle RFI, d'une série d'actes symboliques forts : visites bilatérales en grande pompe, réouverture des ambassades et de plusieurs postes-frontières, reprise du trafic aérien entre Asmara et Addis-Abeba…

Autant d’actes qui débouchent sur la signature, en juillet 2018 à Asmara, capitale de l’Erythrée, d’une déclaration de paix avec son homologue Issaias Afeworki. En à peine six mois, et à tout juste 43 ans, Abiy Ahmed met fin à 20 ans de guerre qui a fait près de 80 000 morts entre 1998 et 2000.

En outre, « en tant que Premier ministre, il a levé l'état d'urgence dans le pays, accordé l'amnistie à des milliers de prisonniers politiques, mis fin à la censure des médias, légalisé les groupes d'opposition interdits, licencié les dirigeants militaires et civils soupçonnés de corruption et accru considérablement l'influence de les femmes dans la vie politique et communautaire éthiopienne. Il s'est également engagé à renforcer la démocratie en organisant des élections libres et équitables », souligne le comité Nobel.

Une ascension porteuse d’espoir

D’abord engagé dans sa jeunesse dans la lutte armée contre le régime du dictateur Mengistu Haile Mariam, dont la fuite vers le Zimbabwe en 1991 met fin à la guerre civile éthiopienne, Abiy Ahmed a passé 20 ans de sa vie dans l’armée avant de se lancer dans la vie politique au sein du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).

Celui qui fut ancien casque bleu envoyé au Rwanda après le génocide des Tutsis dans les années 1990 est l'un des fondateurs, en 2008 de l'Agence nationale du renseignement (INSA) qu'il dirigera pendant deux ans. En 2010, il devient député du Parti oromo, membre de la coalition au pouvoir, puis en 2015 ministre des Sciences et Technologies.

Abiy Ahmed est nommé en mars 2018 au poste de Premier ministre pour apaiser les tensions ethniques dans le pays. Son métissage est un atout. Né de père Oromo musulman et de mère Amhara chrétienne orthodoxe, le quadragénaire est un protestant évangélique, issu d’une famille pauvre de l’ethnie Oromo, qui représente un tiers de la population. Il est d’ailleurs le premier homme de cette ethnie à accéder à la direction du pays, faisant naître un vent d’optimisme du côté des Oromos, traversées par un sentiment de marginalisation à la source de violences régulières dans la province d’Oromiya, qui entoure la capitale Addis-Abeba.

Récompenser des efforts qu'il faut veiller à poursuivre

Si beaucoup restent encore à faire, l’attribution du prix Nobel de la paix vient récompenser les efforts engagés par Abiy Ahmed mais aussi « reconnaître tous les acteurs œuvrant pour la paix et la réconciliation en Éthiopie et dans les régions de l'Afrique de l'Est et du Nord-Est », a fait savoir le comité.

Le prix, doté de près d’un million d’euros, sera officiellement décerné lors d’une cérémonie dans la capitale norvégienne le 10 décembre, jour de l’anniversaire de la mort d’Alfred Nobel père de la dynamite.

Abiy Ahmed succède ainsi à la militante yézidie Nadia Murad et le gynécologue congolais Denis Mukwege, tous deux récompensés en 2018 pour leur combat contre les violences sexuelles.

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