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Points de vue

Nour El Iman Kaddouri, fédératrice d’acteurs de santé

En partenariat avec Lallab

Rédigé par Emna Hind | Lundi 21 Novembre 2016

Intentions, motivation et organisation : tel pourrait être le trio gagnant de Nour El Iman Kaddouri, étudiante en médecine de 26 ans, jeune maman et membre fondatrice de l’Organisation musulmane des acteurs de santé (OMAS).



Nour El Iman Kaddouri est membre fondatrice de l’Organisation musulmane des acteurs de santé (OMAS). © Lallab
Nour El Iman Kaddouri est membre fondatrice de l’Organisation musulmane des acteurs de santé (OMAS). © Lallab
C’est entre la région parisienne et Calais que Nour El Iman passe son enfance et son adolescence, avant d’emménager à Lille pour suivre des études de médecine. Témoignage de l’importance accordée à l’éducation de leurs quatre filles, toute la famille s’y installe, afin que Nour El Iman et ses trois sœurs, aujourd’hui âgées de 23, 18 et 17 ans, puissent bénéficier du meilleur enseignement.

La première année d’études est marquée par des difficultés, mais cette épreuve provoque un déclic et la pousse « à remettre l’islam au centre de (sa) vie ». Sa foi, qu’elle considère comme un facteur de son succès, redonne du sens à ses efforts. Elle s’accroche à l’idée qu’aucune action n’est vaine lorsqu’elle est menée avec l’espoir de la récompense divine et le souhait d’apporter sa contribution à la société, à sa communauté et à son entourage.

Entre études de médecine, vie de famille et engagement associatif

Tout au long de son parcours, Nour El Iman puise aussi sa détermination dans l’exemple de ses parents. Alors actifs au sein de la mosquée de Calais, respectivement en tant que président et professeure d’arabe, ils la font grandir avec un modèle d’engagement bénévole, et l’idée que lorsqu’on le veut, « on trouve toujours le temps ». Suivant leur exemple, elle mène ses premières actions dès le collège, mais son engagement prend un souffle nouveau en 2011, lors de sa troisième année d’études. Elle participe alors aux débuts de la section lilloise de l’association Etudiants Musulmans de France (EMF), qui existe au niveau national depuis 1989.

En 2013, elle est l'un des éléments moteurs de la création de l’association lilloise Al Mahabah – Un don de soi dont elle est chargée de communication, puis secrétaire. Elle s’investit dans les collectes de fonds pour des causes humanitaires, des actions culturelles et la constitution d’une bibliothèque, jusqu’à l’arrêt des activités de l’association trois ans plus tard.

Entretemps, Nour El Iman s’est mariée et une petite surprise a pointé le bout de son nez. Sa nouvelle vie de mère et l’importance qu’elle accorde à l’éducation de son fils ne l’ont pas pour autant arrêtée dans son élan, ni même empêchée de se présenter aux examens de rattrapage une semaine seulement après la naissance d’Yssa. Aujourd’hui en sixième année, elle prépare les Epreuves Classantes Nationales (ECN), qui lui permettront de choisir sa spécialité – idéalement en gynécologie-obstétrique, sinon en psychiatrie.

Vers la création de l’Organisation musulmane des acteurs de santé

En avril 2015, alliant son engagement et son projet professionnel, elle fonde avec une poignée d’autres étudiants l’Organisation musulmane des acteurs de santé (OMAS). En juin se tient le premier Conseil d’administration et deux mois plus tard, plus de 1 200 personnes les ont rejoints, tou-te-s professionnel-le-s musulman-e-s de la santé au sens large - médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, pharmaciens...

Les objectifs de l’OMAS sont multiples, le premier étant de favoriser la réussite de jeunes musulman-e-s, grâce à un réseau d’entraide et d’accompagnement. Des actions de prévention et de solidarité sont également menées en faveur de causes humanitaires, ainsi que pour des étudiant-e-s en difficulté financière. Le pôle « Réflexion et société » a quant à lui pour but de développer une réflexion, avant tout scientifique, portée par des musulman·e·s sur différents thèmes. Enfin, l’association offre à ses membres un espace pour leurs loisirs et leur spiritualité.

Après avoir participé à la création de l'organisation, Nour El Iman en a été responsable communication, et s'investit aujourd'hui au sein de la branche lilloise, pas encore reconnue par l'organisation nationale, mais l’une des sections les plus actives avec Paris, Amiens, Tours, Clermont-Ferrand ou encore Grenoble. Chaque ville mène ses propres projets, mais la vision à long terme de l’OMAS est de « viser l'excellence dans les professions de santé tout en respectant l'éthique musulmane », d’organiser la nouvelle génération d’acteurs et d'actrices de santé et d’avoir un impact et un message à exprimer au nom de la communauté musulmane, tout en sachant que les non musulman-e-s peuvent aussi devenir adhérer de l'association. Pour Nour El Iman, l’éducation et la création d’activités génératrices de revenus sont essentielles au développement de projets diversifiés, à d’autres niveaux de la société.

Une vision à long terme pour la communauté musulmane française

L’émergence d’actrices et d'acteurs musulman-e-s engagé-e-s dans la société française caractérise la vision, tournée vers l’avenir, de Nour El Iman. Son credo : agir au lieu de se plaindre, faire bouger les choses sans attendre que d’autres le fassent d’abord. Mais la question s’avère parfois plus délicate pour les femmes. Lors de ses stages, elle porte son foulard noué en turban, et n’a d’ailleurs jamais eu de remarque de patients à ce sujet. Mais en fonction du personnel administratif de l’hôpital, elle a parfois dû trouver des compromis - charlotte, bandeau... -, voire de l’enlever complètement. Ne se voyant pas exercer sans le porter, elle envisage – comme de nombreuses femmes diplômées portant le hijab – de s’installer à l’étranger afin de concilier sa vie professionnelle et son identité de femme musulmane.

Pourtant, les principales difficultés qu’elle identifie ne viennent pas de la société française, mais de la communauté musulmane elle-même. Elle regrette les divergences internes, notamment entre ceux qui prônent un islam « discret » et ceux qui souhaitent un islam « assumé ». Alors qu’il existe une éthique de la divergence en islam, et que les communautés musulmanes des pays anglo-saxons semblent avoir su s’unir en vue de l’intérêt collectif, elle estime que celui-ci est ici trop souvent sacrifié au profit de la satisfaction de certains égos.

Autre obstacle, le manque d’éducation et l’éloignement des modèles dont regorge l’Histoire musulmane. C’est d’ailleurs dans la vie de Muhammad, de ses compagnons et des grands savants du passé que Nour El Iman puise son inspiration, se rappelant leurs sacrifices et leur recherche de l’excellence dans de nombreux domaines, bien loin de nos excuses actuelles liées au manque de temps. Elle-même a pourtant dû renoncer à certaines activités comme son blog ou Akhawate magazine qu’elle avait créé. La sélection a été difficile, mais nécessaire « pour éviter de s’éparpiller, et privilégier la qualité à la quantité ».

Entre révisions, stages, engagement associatif et vie familiale, la gestion de ses différents rôles repose sur un savant mélange d’organisation, d’anticipation et de soutien de son entourage. Dans cette équation, elle n’oublie pas de garder du temps pour elle : lecture, sorties entre amies ou en couple, voyage... Humble, elle souligne toutefois qu’elle n’est pas à l’abri des coups durs, et que son énergie et sa motivation la quittent par périodes, en particulier en raison du rythme intense des stages hospitaliers. Mais après ces moments de repos, ses objectifs et son intention d’agir pour sa foi lui permettent de rebondir, en quête d’une constante progression pour elle et les autres.





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